Weir Mitcli<;ll, Mary Reynolds
LES AMNÉSIES 83
le? notions, ni^me de l'écriture et de la parole, et nous aurons devant nous un individu cM)inj)lètement stupide. N'est-il pas étonnant que rhystcri(juf', avec un<' amnésie aussi formidable, reste intelligente ''
3" Si on laisse di* côté des cas tout |)articuliers, comme l'amnésie continue, ou peut dire (jue rhvsléri(|ue est tout aussi indifférente il son amnésie (ju'ii son anesthésie. (^)u'elle ait oublié deux ou trois mois de sa vie, cela ne parait pas la gêner beaucoup", ii il moins qu'il n'y ail des circonstances toutes spéciales pour lui faire remarquer ses oublis et pour provoquer les interrogations volontaires. Cela est tellement vrai f(u'ell(« ne s'en plaint pas et que le plus souvent même, \\ mon avis, elle l'ignore. Rose, amenée ii l'hApital, se plaignait uniquement de sa j)araplégie et ne m a pas dit un mot de cette énorme amnésie localisée de trois mois (jue j'ai été étonné de découvrir. Gomme M. Charcot ledisaitde l'anesthésie, l'amnésie aussi est un caractère (ju'il laut chercher.
!\° Enfin, nous allons retrouver dans l'amnésie les deux caractères j)rimordiaux de l'anesthésie hystérique la mobilité et la contradiction. Insistons d abord sur la mobilité. Ordinairement une amnésie grave est fine à la destruction des traces, des modifications inconnues (jue les sensations laissent dans le cerveau et qui leur permettent de se reproduire sous forme d'images. Supposons une destruction définitive et matérielle des cellules cérébrales qui ont emmagasiné des modifications et les souvenirs de ces sensations seront matériellement détruits dune façon irréparable. En est-il ainsi |)our les amnésies hystériques? Non, certainement, nous pouvons être certains que, dans toute amnésie hystéri(|ue, la conservation des souvenirs subsiste encore. Cela est prouvé par la mobilité de ces anesthésies qui prend ainsi une importance psychologique considérable.
Depuis longtemj)s on a remarqué que cet oubli si profond n'est pas perpétuel et que, de temps à autre, sous diverses influences, il disparaît momentanément. Le sujet retrouve tous les souvenirs cpi'il paraissait avoir oubliés : il les sait dans tous leurs détails, il reprend l'existence qu'il semblait avoir définitivement abandonnée et il la reprend juste au point où il l'avait laissée. Peut-être au bout de (juelque temps va-t-il perdre de nouveau ces souvenirs, mais leur résurrection momentanée a sufli pour prouver que les images étaient conservées. C'est là ce
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qu t)n désigne sous \o nom d'/ifuncsie pcriodiijue. On sait que certains de ces malades (|iii ont, :i nn momenl donné, présenté de l'amnésie générale et qui ont rceommencé leur vie à la première enfance ne conservent |ias définllivement cette nouvelle existence enfantine. Au bout d(> (|uel(|ui' ti'in|)s, au bout de dix semaines dans l'observation de M. Weir Mitchell, Mary Reynolds eut une seconde période de sommeil et se réveilla telle qu'elle était avant ses accidents, avec la mémoire complète de toute sa vie. 11 est vrai qu elle n a\ait plus inaiiitciiaut b; souvenir du second état ; mais ne soyons jnis inquiets pour ces souvenirs de l'état 2, ils ont réapparu à la suite d'une nouvelle attaque qui n'a pas tardé à survenir. Grâce à ces alternatives des deux états, nous vovons qu'en réalité, aucun souvenir n'a été perdu.
Je n'ai pas cru nécessaire d'établir une classe pour les amnésies périodi(|ues pour une excellente raison. Je ne parlais que des amnésies hystériques et ii mon avis toute amnésie hystérique est périodique. Très souvent la périodicité s'établit d'elle-même, et des attaques ou des sommeils, ou des accidents variés qui changent l'équilibre mental, viennent mettre régulièrement au jour, tantôt un souvenir, tantôt un autreV Marguerite a de grandes attaques depuis deux ans et à la suite de ces attaques elle entre dans un somnandjulisme assez complicjué. Il sulfit de savoir maintenant que c est un état spontané qui lait partie de la crise hystérique et dont elle sort par des convulsions. Elle n'a jamais su au réveil ce qui se passe pendant cette période : il semble qu'il y ait là un oubli localisé bien net. A la prochaine attaque qui viendra avant quinze jours, elle va rentrer dans le même somnambulisme et retrouvera tous les souvenirs en apparence perdus.
Le sommeil naturel, comme nous lavons déjà vu en étudiant les sensations, peut aussi nous montrer la mobilité, le caractère périodique de ces amnésies et la conservation réelle des souvenirs. On sait comment M. Charcot s'est aperçu pour la première fois de la conservation des souvenirs chez M""* D..., cette malade qui semblait cependant ne conserver aucune image dans l'esprit. Elle parlait tout haut, la nuit, et murmurait des paroles que des voisines ont pu entendre. En rêve, elle parlait du chien enragé, de la Salpêtrière, des médecins en tablier blanc, enfin de tout ce qu'elle paraissait avoir oublié. J'ai vu bien souvent une personne