‹ L'état mental des hystériquesChapitre 40 sur 290 · I.FS AMNÉSIES · texte numérisé non relu

I.FS AMNÉSIES

dirigeant leur attention, faire disparaître momentanément leurs amnésies, comme leurs anesthésies. Mais il leur faut pour cela un très grand ellorl d'attention, dont ils sont rarement capables; le plus souvent, ils ont uni' attention laihle (|iii sert seulement i» leur faire constater leurs propres oublis. Heconnaissons donc que I amnésie hystérique est elle ;ins'^i nue forme de l;i fiislrjiction.

Mais nous ne pouvons pas nous arrêter la, car cette amnésie se présente comme une distraction bien étrange dont il faut chercher la raison et la nature. Ainsi que cela a été démontré dans le chapitre précédent, il ne sutllt pas (|ii une sensation is»»lée, simple, soit jiroduile dans I esprit pour (ju ClIe soit par cela même appréciée par le sujet. Il faut, pour la conscience complète d'une sensation qui s'exprime par le « je sens », qu une nouvelle opération s'ajoute ii la première. Il faut qu'une sorte de synthèse réunisse les sensations produites et les rattache ii la masse des idées antérieures qui constitue la personnalité. Eh bien, il doit en être de même |)om" les images : il ne siilfit pas, pour (pie nous ayons conscience d'un scuivenir. que telle ou telle image soit reproduite par le jeu automatique de l'association des idées, il laut encore que la perception personnelle saisisse cette image et la rattache aux autres souvenirs, aux sensations nettes ou confuses, extérieures ou intérieures, dont l'ensemble constitue notre personnalité. Que Ion appelle cette opération comme on voudra, (pie l'on forge pour elle le mot do pe/so/u/i/tcddo/i, ou (pie l'on se contente des termes vulgaires (pie j'ai toujours emplovés, perception personnelle des souvenirs ou assimilation psychologique des images, il laiit toujours constater son existence et lui donner une place dans la psychologie de la mémoire, comme dans celle des sensations.

Cette opération est si simple et si facile chez nous que l'on ne soupçonne même pas son rôle. Mais elle peut être altérée et supprimée, tandis rpie les autres phénomènes du souvenir, conservation et reproduction des images, subsistent intésralement. Son absence suHira pour produire chez les malades un trouble de la mémoire qui sera, pour eux, une véritable amnésie. Et je pense que, dans la plupart des cas, l'amnésie hystérique n'est pas autre chose qu'une amnésie de ce genre, une simple amnésie d'assimilation.

Examinons, en cU'et, comme nous le pouvons maintenant, les

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conditions dans lesquelles cette amnésie mobile et contradictoire se manifeste ou semble disparaître. Prenons surtout comme exemple le cas de M""" D..., qui est 1 un des plus nets. Dans quelles circonstances le souvenir est-il absent chez elle ? Quand on linterroge directement en l'appelant par soji nom, ou bien quand elle s'interroge elle-même. Kn un mot, le souvenir semble dispaiaitie toutes 1rs lois que sa persoiinalitt' est en jeu, toutes les lois où il faudrait se dire : « .le me souviens. » Au contraire, le souvenir semble présent dans plusieurs autres circonstances, dans les rêves, le sommeil hypnotique, les actes irréfléchis, l'écriture et la parole obtenus pendant que la malade est distraite par une autre opération consciente. Ici encore, il v a un caractère commun : le souvenir se présente quand la conscience claire et personnelle est absente, quand le souvenir est isolé, sans rapport avec la vie complète de la malade.

Ce caractère est bien visible dans son somnambulisme; en effet, cet état est chez M""" D... tout particulier. Ce n'est pas, comme chez d'autres malades, une seconde l'orme d'existence psychologique avec des souvenirs qui lui soient propres et la formation d une seconde personnalité. Xon, c'est chez M*"" D... la forme tout à fait inférieure du somnambulisme, celle qui semble se confondre avec un sommeil profond dans lequel elle n'a aucune réflexion, aucune spontanéité, je dirai presque aucune personnalité. Et quand on essave, même pendant le somnambulisme, de constituer une personnalité, de relier par le souvenir les divers somnambulismes provoqués, on voit que la mémoire disparait de nouveau. Le souvenir, même pendant le somnambulisme, n'existe qu'il une condition : Il faut que la malade ne se rende compte de rien et réponde automatiquement aux questions par association mécanique des idées, sans lédéchir, sans avoir la perception peisonnelle de ce qu'elle fait. Sans floute le mécanisme du retour des souvenirs pendant le somnambulisme n'est pas toujours celui-là; mais je cite cet exemple pour montrer que les souvenirs persistent et se manifestent d'une façon automatique sans perception personnelle.

Le même caractère est encore plus net à mon avis si on examine les souvenirs qui se manifestent par l'écriture ou par la parole automatiques. Ces deux expériences intéressantes sont très difliciles à reproduire et elles échouent souvent. Pourquoi? Dès que le sujet fait attention à son écriture, dès qu'il sent ou

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entend sa propre parole, tout s'arrête et il n'est plus possible d'obtenir la manifestation du souvenir. L'attention consciente, loin de faciliter l'écriture autonialiijue, comme cela aniverait chez un sitnulalt'iir, la siij)|)i imc ;ibs()luin<-nl. Le souvenir, en un mol, ne se manileste qu a 1 insu de la j)crsonne, il disparait quand la personne cherche a parler ou u écrire en son piopre nom.

Je crains, en expi'imant cette façon de concevoir l'amnésie hvstérique, de paraître tomber dans un excès fâcheux. Comment, dira-t-on, l'oubli des hystériques, celui qui suit les somnambulismes, celui qui suit les crises, celui qui est continu chez la malade de M. Charcot, n'est que cela, une sorte de distraction de la personnalité; mais alors ce n'est rien et l'on peut dire que cet oubli n'existe pas, (]u il m csI (|u une complaisance du sujet. Non, certainement non, cet oubli est très réel, très pénible [)our le malade; c'est une petite lésion psychologique et ce n'en est pas moins une infirmité. Les oublis de Berthe qui survenaient ii chaque instant de la journée et que je reproduis à volonté et si facilement en apparence, l'ont fait renvoyer du magasin où elle travaillait et l'ont léduite ;i la misère. Les oublis de M'"" D... ont forcé à la traiisj»orter à Paris, à la placer pendant des mois à la Sal[)ètrière, loin de son mari et de ses enfants qui sont privés d elle. Une lésion, pour être morale, n'en est pas moins réelle et quelquefois très grave, et l'on |)eut être toute sa vie enfermé dans un asile pour un tiouble de la notion de personnalité.

Les amnésies hvslériques comme les anesthésies |)euvent être représentées comme des troubles de ce genre. Les éléments du souvenir, la conservation et la re]»roduction des images sont intacts, mais il v a un défaut de synthèse actuelle des éléments psychologiques, défaut qui supprime plus ou moins complètement l'assimilation des souvenirs à la personnalité.

§ /j. — Quelques fohmes particulières d'amnésie.

Les essais d'interprétation que je viens de faire n'ont [)orté que sur le phénomène de I amnésie en général, sur sa nature et les conditions de sa production. Mais en réalité, I amnésie ne se présente pas de cette manière vague, elle porte sur tel ou tel fait bien précis, bien distinct des autres. Pourquoi l'amnésie

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|)rend-ell«^ cos aspects particuliers ? pourquoi est-elle tantôt systématisée, tantôt localisée à telle ou telle |»ériocle de la vie. tantôt générale? Je nhésite pas à avouer que je n'en sais rien et que je n'ai pas trouvé d explication pouvant s appliquer à tous les cas. Il faudra encore beaucoup d études pour que l'on puisse interpréter les détails de ces phénomènes. Cependant jai observé un certain nnuilirc de faits |)articuliers qui ne se relient pas entre eu\ et ne lournissent pas de loi générale, mais qui peuvent être siornalés comme des observations préliminaires, des pierres d'attente |)our les constructions futures. Les amnésies et leurs localisations me paraissent dépendre i|uel(piefois : i" de l'état du sujet au moment où il acquiert le souvenir; 2" de l'état du sujet au moment où il cherche à reproduire le souvenir; 3" de la nature et du développement des phénomènes oubliés; 4" des modifications de la sensibilité.

1" Un souvenir [)eut être insuffisant, jrarce qu'il a été mal acquis, mal organisé depuis le début de sa formation. Quand un malade traverse une période pendant laquelle il est particulièrement faible et svnthétise très mal non seulement ses images, mais même ses sensations actuelles, il est incapable à ce moment de ionder des souvenirs pour l'avenir. Plus tard, même s'il se porte mieux, il ne retrouvera pas les souvenirs de cette période malheureuse, tandis qu'il retrouvera des souvenirs d'une période voisine où les svnthèses se sont mieux efl'ectuées. Une malade, Marcelle, avait d'ordinaire très peu de force psychoh»crique, soit pour accomplir des actes volontaires, soit pour percevoir consciemment les phénomènes extérieurs; mais, de temps en temps, par exemple à la suite d un sommeil prolongé, elle avait des « instants clairs » pendant lesquels les perceptions extérieures des objets et même la perception intérieure de sa j)rojjre personnalité paraissaient transformées et beaucoup plus fortes. Ces deux états laissaient des souvenirs très difl'érents. Autant elle oubliait complètement les souvenirs des périodes « sombres », autant elle se rappelait indéfiniment les souvenirs des « instants clairs )>. Un exemjjle rendra notre remaïque plus nette. « Pendant un de ces instants clairs au réveil du somnambulisme, Marcelle remarque sur la table des morceaux de métal, fragments d'un appareil électrique démonté. Avec cette curiosité bizarre qu'elle avait dans ces moments et rien que dans ces moment-là, elle s'inquiète de ces morceaux de cuivre et n'est

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