I. l'xTnlieim. IlYjtnoltsinr
LKS ABOULIES lu<>
auditives f[u«' les iinaf>os visuelles et celles-ci mieux qur les iiiKigcs du sens inusculaiies. L'étude de' ces aboulies localisées n'est pas encore assez avancée.
Les aboulies générales (|ui portent siinnltam'-rnent sur toutes les actions et toutes les jx'tisées sont de beaucoup les plus importantes; elles se piésentent sous deux aspects presque toujours réunis, mais que la description peut séparer : les ahoulies motrices et les ahoulies inlcUcctiieUes. Pour comprendre une maladie, disait souvent M. Charcot, il faut l'étudier sous sa forme la plus nette, la plus typique. J'ai pu étudifi' chez M. h'alret une hystérique dont le symptôme prédominant était une aboulie énorme ; je suis loin de prétendre que toutes les malades soient construites sur ce modèle, mais je crois qu'il est utile de reproduire cette description avant d'étudier les cas atténués et moins nets.
Le fait le plus apparent que l'on constate avant tout chez cette personne, et le premier symptôme dont elle se j)laint, si (»m i'ii:terroge, est une dilliculté sin<^ulière des mouvements. Elle reste en général immobile sur sa chaise, faisant machinalement un petit travail de crochet et elle leluse presque toujours de se déranger ou de faire un mouvement quelconque. Quand on lui propose de faire un mouvement des bras, en particulier d'étendre la main pour prendre sur la table un objet qu'on lui montre, elle refuse d'un air chagrin et boudeur. Si on insiste beaucouj) et longtemps, elle se soulève lentement et avance très légèrement la main, puis elle s'arrête, immobile, dit: « Mais je ne peux pas », et retire son bras. Puis elle létend de nouveau un peu, reste en susj)ens, fait des mouvements inutiles, incohérents, et enfin, par un mouvement brusque, prend l'objet, souvent elle le remet plusieurs (ois sur la table avant de pouvoir décidément le garder dans la main. Ces hésitations pour prendre un [jorteplume ou un verre peuvent durer un quart d'heure ou une demiheure. Le plus souvent, d'ailleurs, Marcelle ne persévère pas si longtemps et après fjuelques essais infructueux, elle retire la main et ne bouge plus; puis, d'un air de mauvaise humeur, elle déclare (ju elle ne peut pas et ne veut même pas essaver. C est de cette dernière façon que les choses se passent quand elle est seule. Elle ne pourrait arriver ii se déshabiller pour se coucher si on ne l'aidait; elle hésite pour toucher sa robe, réussit avec beaucoup de peine à l'enlever un peu, mais au lieu de continuer
elle la remet et recommence indéfiniiueiit. je la trouvai un jour les mains vicies, sans son crochet habituel (|ui était sur une table à un mètre d'elle, n Je m'ennuie tant, me dit-elle, parce que je n'ai pas mon crochet, donnez-le-moi. » Un autre jour, je la trouve renfermée dans une salle et je lui reproche de n'être pas sortie profiter d un beau jour de soleil : « J'ai essayé, me dit-elle, mais je n'ai pas pu sortir, alors je suis restée sur ma chaise. » Cette hésitation, comme on le voit par ce dernier exemple, atteint aussi les mouvements des jambes. Enfin, à de certains moments, elle reste sans répondre et ne peut môme ouvrir la bouche; le lendemain, elle raconte qu'elle a voulu parler mais n'a pu y parvenir. En un mot, tous les mouvements volontaires des bras, des jambes, môme ceux de la langue et des lèvres présentent la môme hésitation et la môme impuissance.
Cette hésitatitm et cette impuissance, qui ne s'expliquent par aucune paralysie, ne peuvent pas ici ôtre rattachées à une idée fixe, telle que serait, par exemple, la pensée que les objets sont répugnants ou dangereux. Insistons sur les raisons qui, dans ce cas, comme dans les autres, permettent de faire le diagnostic entre l'aboulie motrice et un véritable délire du toucher.
Je surprends plusieurs fois Marcelle dans ses plus forts moments d'hésitation et je lui demande si elle éprouve un réel sentiment de dégoût. Elle avoue qu'elle ne l'éprouve pas et, quand on insiste à ce moment môme, elle convient qu'en réalité elle ne sait pas du tout d'où vient son hésitation. Ensuite le délire du contact est ordinairement limité (du moins quand il est primitif) à quelques objets qui ont frappé l'imagination de la malade, les boutons de porte ou les objets en cuivre, les épingles, un meuble, etc. Or Marcelle elle-môrae se plaint à moi qu'on l'accuse il tort d'avoir peur des boutons de porte. Son hésitation n'existe pas plus pour les portes, elle est générale et s'applique à tous les objets indistinctement.
Une petite expérience peut encore trancher la question. Les auteurs qui ont parlé du délire du contact ne me semblent pas distinguer assez dans leurs observations deux sortes de contacts, le contact actif et le contact jiassif. 11 faut, il me semble, dans le délire de ce nom, constater l'altération de ces deux sortes de touchers, il faut que le malade non seulement ne puisse toucher lui-même l'objet, mais encore en redoute le contact, si on l'ap-
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proche de lui. Oi' Miircelle ne m'a jamais |)ani présenter la mointlre crainte du contact passif. Elle n'arrive pasii me toucher la main et elle hésite indéfiniment; mais elle ne bouge pas et ne se montre pas fâchée si je lui prends moi-m^-me la main. Elle ne peut toucher elle-mc^me un |)a|)ier, mais elle ne recule pas et ne se |)lainl pas si je lui mets le pa|)icr sur les mains; souvent môme, elle demande (pion lui donne les objets. Le contact ne lui est donc pas odieux et il n'y a pas de dégoût réel. Ce qui est troublé, c'est le contact actif, le lait d'accomplir un mouvement pour atteindre l'objet. Mais, dans ce phénomène, l'élément principal est le mouvement Ini-mi^me et non le contiict (|ui ici n'est pas en jeu.
Ce qui rend l'observation encore plus nette, c'est (pic l'on peut constater la même diliiculté dans l(>s mouvement seuls isolés de tout contact. Marcelle hésite |)our se lever, |)our marcher, pour parler, comme pour prendre un objet. On provoque les mêmes efforts, les mômes hésitations en lui demandant simplement de lever le bras en l'air. Nous sommes donc bien en présence d'un trouble psychologique qui porte sur la faculté motrice, sur les phénomènes présidant aux mouvements.
Telle est la forme de l'aboulie motrice, quand elle est complète ; le plus souvent, elle n'existe pas à ce degré. Les actes volontaires deviennent seulement pénibles, lents, de courte durée et entrecoupés d'arrêts innombrables. Les malades mettent un temps infini pour s habiller, pour manger, pour coudre quelque chose ou écrire la lettre la plus simple. Elles éprouvent surtout une peine énorme à |H'endre une décision et à commencer un nouveau travail et, bien souvent, cette résolution si difficile ne leur sert ii rien ; car un des caractères les plus faciles à constater, c'est (pi'elles n'achèvent jamais ce (ju'elles commencent. La résolution ne dure pas; au |)remier obstacle, au plus petit incident, elles sont distraites, se donnent tout entières à une nouvelle pensée et abandonnent complètement la première. « J'avais pourtant une belle résolution, dit Berthe, si on lui fait des reproches, mais que voulez-vous, elle a été démolie, parce que <pielqu'un est entré. » Pour arriver ii faire (piehjue chose, ces personnes sont obligées de diviser et de subdiviser des actes qui nous paraissent simples ; on lei-a un premier elfort aujourd hui pour chercher une aiguille ; demain on en fera un second pour chercher du fil et peut-être commencera-t-on à coudre après-de-
aiuin. Elles IracticmiUMit leurs actes', et n'ai rivent pas eepemlant à exécuter une action un peu complexe.
L'aboulie intellect twllc : 11 est impossible d'étudier les névroses et les maladies mentales sans s'être bien rendu compte de ce caractère important. La volonté n'a pas uniquement une action motrice: elle joue un rôle essentiel ilans l'intelligence, et je suis même disposé à croire avec Wondt" et avec Basllan ' que celte fonction intellectuelle est la première, et que les actes en sont seulement la manifestation extérieure. Quand on la considère ii ce point de vue, la volonté prend le nom d'attention et son résultat principal est de nous faire comprendre en les synthétisant {comprehendere') les phénomènes psychologiques inférieurs, sensations et images, de nous donner l'intelligence des choses. Celte forme de la v«donté est troublée comme l'autre chez les abouli ques et les deux altérations sont ordinairement simultanées.
La dilTiculté de l'attention a déjii été signalée dans les plus anciennes observations sur l'aboulie, celle de Leuret en i83^i, celle de Billod en i843, et dans toutes les autres plus récentes. Un médecin d'Amsterdam, nommé Guye% ayant observé les modifications analogues de l'attention au cours de certaines afl'ections nasales, leur donna le nom d'aprosexie (à, Ttpi^r/i-.v, s'attacher il, être attentif), le mot a paru juste et a été appliqué même aux troubles de l'attention dans les névroses. J'étudierai d'abord, suivant la règle, la forme la plus complète de l'aprosexle, puis je décrirai les formes atténuées qui sont ici particulièrement intéressantes.
« Il m'arriva un jour, dit sainte Thérèse ', que, voulant lire la vie d'un saint,... j'en lus quatre ou cinq fois de suite quelques lignes sans pouvoir jamais rien y comprendre, quoiqu'elles fussent en langxie vulgaire, ce qui me fit jeter le livre; et la même chose m'est arrivée diverses fois... » Les hystériques d'aujourd'hui ne manquent pas de suivre sur ce point, comme sur bien d'autres, l'exemple de leur illustre patronne. C'est, en effet, en
I. I\avmoi)il et Ariiaiid, Sur certains cas d'ahoiilic Aniuth-s médico-j)syrholo(ji- IJIICS, i8t)2. II. p. 7<j.
■1. Wuixlt, Psychologie physiolfxju/ae, Irarl., iXSt», II, p. VV'i.
'.i. Bastian, Les processus nerveux flans l'attention et la volilion, Heuiic i>hilosnphique, iSfj'i,!, p. 3.').'i.
fi. D'après Rivière, op. cit., p. 2i.