‹ L'état mental des hystériquesChapitre 5 sur 290 · I. Briquet. Traité de l'hystérie, i^^ôg, p. Ô · texte numérisé non relu

I. Briquet. Traité de l'hystérie, i^^ôg, p. Ô

des malades ii létiide des problèmes jihilosophiques, je veux essayer de décrire le malade en lui-mt^me et pour lui-m^me. Les études psychologiques seront accessoires et serviront seulement à mieux laire comprendre des phénomènes maladifs dans lesquels, (c sans contestation possible, l'élément psychique joue un vMe considérable quand il n'est pas prédominant' w. Je prie le lecteur île mexcuser si je renvoie quelquefois à des travaux antérieurs dans lesquels ces questions philosophiques sont discutées d une manière plus complète qu'il n'est possible de le faire dans un ouvrage de médecine.

La méthode d'observation joue le principal rôle dans ces recherches : c'est la méthode clinique appliquée aux maladies de l'esprit. L'expérimentation vient seulement, et dans un petit nombre de cas, la conûrmer; et encore cette expérimentation n'est bien souvent qu'une observation plus précise et un peu plus préparée. Il faut se défier des expériences compliquées, qui ne sont pas faciles à faire sur l'esprit : leur appareil sulfit pour bouleverser l'état mental que l'on veut étudier. La psychologie ne nous paraît pas assez avancée pour être susceptible de beaucoup de mesures de précision. La nature générale des phénomènes, leurs mille variations, leurs conditions changeantes, ne sont pas assez connues pour que l'on se vante de mesurer un de ces faits isolé des autres. 11 est inutile et même dangereux de prendre un microscope pour faire de la grosse anatomie : on s'expose à ne pas savoir ce que l'on regarde. Je crois qu'il faut avant tout bien connaître son sujet dans sa vie, dans son éducation, dans son caractère, dans ses idées, et qu'il faut être convaincu qu'on ne le connaît jamais assez. Il faut ensuite mettre cette personne dans des circonstances simples et bien déterminées et noter exactement et sur le moment même ce qu'elle fera et ce qu'elle dira. Examiner les actes et les paroles, voilà encore le meilleur moyen de connaître les hommes, et je ne trouve ni inutile ni fastidieux d'écrire mot à mot les divagations d'une aliénée. Le lecteur ne sera donc pas étonné s'il m'arrive de décrire une action de détail, de citer une phrase prononcée ou écrite par une malade. Les paroles, les écrits des malades sont les véritables documents, les graphiques de la psychologie j)athol()gique : il faut sans doute

I. Gharcot, De l'isolement dons le trnllemenl de l'iLYslérlc, 188.Ô. Leçons sur les maladies du système nerueux, 1887, III, p. 238.

INTRODUCTION 7

les interpréter, mais il ne faut jamais los oublier ni les transformer.

Quoi(]ne la statisli(|uo n'ait pas ici une grande importance et que les observations ne soient jamais assez nombreuses, il est juste (l'avertii- le lecteur du nombie des malades examinés et des conditions dans lesquelles les observations ont été prises. Les remarques que j'expose sont fondées sur cent vingt observations d'hystériques que j'ai recueillies avec le plus de détails possible et sur une douzaine d'autres qui m'ont été commnni- (juées par mes amis avec une obligeance dont je les remercie. Les premiers cas que j'ai décrits autrefois ont été étudiés dans la ville du Havre, grâce à l'assistance de mes excellents amis, M. Gibcrt et M. PowilcAvicz. Mais la plus grande partie de ces observations est nouvelle; elle a été recueillie pendant mon séjour dans les hôpitaux de Paris, dans les services de mes éminents maîtres, M. Jules Falret, M. Guyon, M. Siredey, M. Cornil, M. Landouzy, M. Ilanot, et surtout dans le service si riche de M. le P"^ Charcot, (|ui a bien voulu m'accepter comme un de ses élèves à la Salpètrière. Quand je suis venu travailler dans le service de INL Charcot, la sympathie, l'amitié de tous que j'ai rencontrées m'ont rendu cher le service de la clinique des maladies nerveuses, et, si mes humbles travaux peuvent ajouter quelque petit détail aux belles recherches (jui y ont été faites, je suis heureux de les lui ofï'rir.

Il est impossible, sans compliquer beaucoup la rédaction de ces études, de faire allusion à tous ces malades : suivant un procédé que j'ai déjà emplové et qui m'a paru commode, je citerai toujours de préférence les mêmes personnes, qui, une lois bien connues, permettent de comprendre plus facilement les descriptions. Ces malades, bien entendu, ne sont pas pris au hasard; ils sont choisis parmi ceux qui ont été le plus longuement étudiés et qui, à différents points de vue, présentaient les symptômes les plus caractéristiques. Des com{)araisons monlient le degré de généralité de cha(|ue phénomène et sa dégradation chez les sujets qui le présentent à lélat fruste.

Les symptômes hvstériques, tout en gardant continuellement à peu près la même nature, se présentent cependant de deux manières dilTérentes : tantôt ils sont essentiels, constitutifs de la maladie; ils '>oni pernuments et durent à peu près autant que les dernières iraces de la maladie; enfin ils sont jusqu'à un certain

LKTAT MKMAL DES IH STKHIOUES

jioini iiuli/Jt-rcnls au mnhulc. qui se sent ;ilV;iil)li, mais sans pouvoir précis»'!' au juste le syinptùine dout il souIVre; — tantôt, au contraire, ils sont accidentels, surajoutés eu (|uelque sorte ii la maladie, qui ne comporte jias nécessairement ce |)hénomène particulier, passagers ou tout au j)lus jumIoiIIiiucs et j)cnihles poulie malade cpii sait précisément ce (jui le tourmente le plus. Celte dilVérence a donné naissance à la distinction classique des s//"-mates et des accidents. La séparation est (juelquefois assez facile à faire et l'on peut dire assez facilement qu'une anesthésie est un stigmate et qu'une attaque est un accident; mais souvent aussi un symptôme peut être rattaché à l'une ou à l'autre catégorie. Nous conserverons cej)endant cette distinction (|ui est commode, en divisant cette étude de l'état mental des livstéri(|ues en deux parties : i" l'analyse des stii^nnates mentaux; 2" l'examen des accidents mentaux de l'hystérie. La première section de cet ouvrage ne traitera que des stigmates et nous réserverons pour la seconde l'examen des accidents mentaux de l'hystérie.

CIIAIMTKK PRKMIKR LES ANESTHÉSIES

Les insensibilités f|iio 1 On peut très sonvont (»l)seiver chez les hystériques ne semblent pas. an premier abord, un des symptômes les plus importants de leur maladie ; d'autres j»liénomènes, en apparence plus graves, ont davantage frappé les premieis observateurs. Aussi, quoique ce caractère fût connu depuis fort longtemps, ainsi que le prouve la recherche de la marque du diable chez les sorcières, a-t-il été laissé de cùté dans beaucoup de descriptions anciennes. Svdenham (1681), Louyer-Villermay (1816), Georget (182/i), Landouzy (18/16) n'en font aucune mention. Ce n'est que depuis cinquante ans h peine que ce symptôme essentiel est signalé par l'iorry (i843), Macario (i844), Gendrin (18/I6), Henrot (1847), Skokalsky, ^- Mesnet, A. Voisin et surtout par Briquet qui, dans son beau livre (i85g), a décrit avec tant de soin la plupart des phénomènes moraux présentés par ces malades'. M. Charcot, dans ses leçons de 1872, a bien mis en relief, non seulement la réalité et la fréquence de ce caractère, mais encore son extrême importance pour le diagnostic et l'étude des hystériques".

L'anesthésie en effet est un excellent signe pour le diagnostic : il est net, facilement appréciable et très caractéristique pour le médecin ; il est pour le malade peu connu et dilficilement simulable ^. Il doit aussi, croyons-nous, jouer un grand rôle dans la théorie de cette maladie ; car il n'existe pas au même degré et sous la même forme dans les autres perturbations de l'esprit, et il peut être considéré comme le type des autres symptômes de l'hystérie. Enfin, il est précieux pour l'examen j(sychol()gi(|ue : la

I. Rc'sumc historique daprès l'ilrcs. Leçons cliniques sur l'hystérie. 1891, I, p. 5y. 3. J.-M. Charcot, Leçons sur les nialmiies du système nerveux, 5*^ édit. 1884. ji. 3oo.

Page 1