‹ L'état mental des hystériquesChapitre 51 sur 290 · I. Aboulie cl idi-cs fixes, toc. cil., p. .'5()o · texte numérisé non relu

I. Aboulie cl idi-cs fixes, toc. cil., p. .'5()o

a. Séglas, Les troubles du lamiage chez les aliénés, i8i)'2, p. 28.

lii LES STIGMATES MENTAUX.

tandis que la répétition de cette même synthèse, (|ii;iiul rlle a été déji» faite, est facile.

Les actes automatiques sont les actes pour lesquels il sulllt de répéter une ancienne synthèse d images déjà liées ensemble, en un mot, les actes déjii youlus autrefois, car la volonté, nous le comprenons ici par sa suppression, est la formation do ces synthèses nouvelles. Un acte n est volontaire que par sa nouveauté.

La même remarque s'appli([ue évidemment ii lintelligence des idées, et les faits que nous avons analysés donnent l'explication expérimentale d'une remarque «générale souvent faite sur le caractère des ab(»ulifjues. « Ils ont la plus vivf anti|)athic pour les idées neuves, ils ne veulent rien apprendre de nouveau'. » Ici encore, ce n'est pas tant la com|)lexilé que la nouveauté de la synthèse (|ui supprime la perception, (^uand cette synthèse a été une fois faite par un procédé quelconcjue, elle se répète automatiquement. Les éléments n'ont plus besoin d'être liés, ils le sont déjii ; il ne s'agit j)lus d'une synthèse mais dune association d'idées et les abouliques, comme on le sait, les exécutent fort bien sans hésitation et sans doute.

Ces premières remarques soulèvent (jueUjues dillicultés qu'il faut essayer de résoudre. Si on propose ii une al>ouli(jue d'aller chercher un objet qu elle n a jamais pris, elle ne reste pas immobile absolument; elle se lève, étend le bras, etc., parvient ii faire, en un mot, une partie des mouvements utiles. C'est que cet acte n est pas absolument et entièrement nouveau. Il se compose d'une collection d actes anciens ([u elle peut faire facilement.

On peut s'étonner aussi que ces malades non seulement commencent dilTicilenient les actes, mais cpi'ils aient également de la peine ii les continuer et qu ils se montrent si peu persévérants. Il V a des cas spéciaux oii l'acte peut être continué en restant toujours le même et alors les malades ne le continuent que trop bien. Mais en général un acte ne dure qu'en se modifiant incessamment, en s'adaptant aux circonstances j)erpétuellement nouvelles. Il faut le |dus souvent un elfort de création répété poui' continuer un acte comme |>our le commencer.

Pourquoi donc, dira-t-on encore, dans certains jours de grave maladie, comme Marcelle en a trop souvent, s'arrête-t-elle com-

I. FUivmoiicl i-l Aniaiiil, Quclqur^s cas d'ahoulio, \nn. inr<l. p.svr/i., i^\\'>., IF, -'|.

plèteiiHMit et perd-elle nièinc les actes les plus h:ii)iUiels ? Elle ne sait j)liis nie parler. <ni()i(|u'elle m'ait pai'lé cent lois. Klle ne sait plus s'habiller, se lever de sa chaise, etc. .le répondiai par une alfirmation peut-être paradoxale, à laquelle les psychologues n'ont pas lait une attention sullisante, mais que la clini(jue des maladies mentales met ici bien en évidence. C'est qu'il n'v a pas d'acte abs<)lumeiit ancien qui ne renferme une petite partie de nouveauté. Se lever aujourd'hui de sa chaise, ce n'est pas tout ii l'ait la même chose que se lever hier : le temps, la température, les circonstances extérieures, l'état du corps et de l'esprit ne sont plus exactement les mômes. Parler même ii une personne très connue, c est toujours une action nouvelle par (jucl(|ues points. La personne ii (|ul Ton paile, son costume, sa physionomie, le sujet du discours, tout cela change. On ne se baigne pas deux fois dans les mêmes eaux, disait le vieux sage, l'univers change incessamment et (juelle que soit l'identité apparente des oirconslances dans lesc|uels nous sommes placés il y a toujours un changement, soit en tlehors. soit en dedans de nous-mêmes, (jui tiemande une adaptation nouvelle, un ellort nouveau. Puisque l'avenir n est jamais la répétition exacte du passé, un acte conscient n'est jamais un acte complètement automatique. Il faut toujours s'efi'orcer, inventer, vouloir un peu même pour répéter l'acte le plus habituel. Et (juand la volonté de Marcelle descend à un degré vraiment trop bas. je ne suis pas étonné de lui voir perdre même les actes habituels.

On peut considérer comme le troisième caractère de lahoiilie la conservation des actes subconscients et la perte de la perception personnelle des actes.

Quelle (jue soit la vérité des remarques précédentes, elles ne sulHsent pas pour interpréter complètement l'aboulie. Dans plusieurs circonstances, on voit le malade exécuter des actes très tacilement et cependant ces actes nous semblent être nouveaux, au moins aussi nouveaux que certains autres précédemment reconnus impossibles. Le meilleur exemple de ces cas embarrassants peut être fourni par des exj)ériences de suggestion. Si je demande ii une de ces personnes doucement et avec politesse de faire un acte, de prendre sur la table un coupe-papier, par e\emj)le, elle répond: « Je veux bien » et essaye, mais l'acte ne se fait pas. Si, au contraire, pendant qu'elle cause à une autre personne, je lui suggère tout bas de faire cet acte, elle l'accom-

plit immédiatement. Je lui dis aussi de cesser son ouvrage, de le reprendre, de se lever, de marcher, de ]>rendre un objet, etc.» elle acc(unplif tous ces mouvements sans le savoir, mais, remar- (juons-le. surtout sans hésiter. On sait (|ue Beitiie ne peut plus s'endormir volontairement ; par une suggestion donnée à propos, on peut lui procurer immédiatement le sommeil le plus calme et le plus prolongé. J'avais autrefois dispt)sé une expérience qui rendait cette opposition très sensible : j'avais suggéré à Marcelle, pendant un état somnamhulique, qu'à un signal donné, un coup sur la table, elh> piendralt mon chapeau et le mettrait sur une patère. Cette suggestion laite et, en apparence oubliée après le réveil, je lui demandais doucement: « Mademoiselle, vous devriez bien enlever ce chapeau qui me gène pour écrire et le mettre sur une patère. — Je ne demande pas mieux, » dit-elle. Et la voici qui essaye de se lever, se secoue, étend les bras, a des mouvements incoordonnés, se rassied, recommence. Je l'ai laissée travailler ainsi vingt minutes sans qu'elle ait pu accomplir cet acte si simple. Puis j'ai frappé un coup sur la table. Aussitôt, elle se lève brusquement, prend le chapeau, l'accroche et revient s'asseoir. L'acte avait été fait par suggestion en un instant, il n'avait pu être fait par la volonté en vingt minutes.

Comment expliquer cette diflerence ? Les deux actes, malgré l'apparence, ne doivent pas être absolument semblables au point de vue psychologique. D'abord, l'acte volontaire est évidemment beaucoup plus complexe. Quand Marcelle veut prendre le chapeau volontairement, elle sait que c'est un chapeau, qu'il est à moi, qu'elle le prend pour me rendre service, dans telle ou telle circonstance, etc. Si elle prend le même objet par suggestion, l'acte est fait brusquement et sans réflexion, elle ne sait môme pas ce qu'elle a dans la main quand je l'arrête au passage, elle ne sait pourquoi elle prend cet objet. En un mot, la synthèse de toutes les circonstances extérieures variables qui constituaient, comme on l'a vu, le côté nouveau de l'action, n'existe que dans l'acte accompli volontairement; cette synthèse n'existe pas ou existe beaucoup moins dans l'acte suggéré qui devient plus simple, plus identique aux actions anciennes du même genre et, par conséquent, plus facile.

Mais il y a une remarque bien plus importante h faire et qu'il est maintenant facile de comprendre, grâce aux études qui ont été faites sur l'anesthésie et sur l'amnésie hystérique. Arrêtons

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Marcelle au milieu de l'exécution d'un acte suggéré et demandons-lui ce qu'elle est en train de faire, elle répond d'un air ahuri : « Moi, je n'ai rien lait. — Mais vous venez de prendre ce chapeau. — Non, ce n'est pas moi. » Et elle répète toujours cette formule (juand on l'interroge sur un acte de ce genre. En réalité, l'action suggérée qui s'exécute si bien est, chez toutes ces malades, une action suhconsciente, isolée, non rattachée à la personnalité du sujet.

Je crois que lobserN atioii des malades va nous peiincttre de généraliser cette remarcjue. On \^'l•]•■^ que ce (jui disparaît chez les abouliques, c'est la possibilité d'agir avec conscience, de rattacher leurs actes à leur personnalité présente. Un jeune homme, étudiant en médecine, dont j'ai raconté quelques distractions, dînait un jour chez un do ses chefs, éminent chirurgien ; pendant tout le repas il parle beaucoup de choses et d'autres, et, à la fin seulement, il s'aperçoit que son hôte le regardait constamment d'une manière singulière et avec un demi-sourire : « Je me demandais, raconte-t-il, ce que M. X... avait à me regarder ainsi. Je cherchais à m'examiner ; rien dans ma personne ne me parut déplacé ; je songeais à ma conversation, tout ce que je disais était raisonnable. Comme M. X... souriait toujours, je me suis décidé à écouter ma dernière phrase... Depuis une heure je letutovais. » Cette façon de parler sans s'écouter soi-même, d'agir sans se sentir agir, sans en avoir la conscience personnelle était accidentelle chez ce jeune homme : elle est constante chez quelques malades.

Maria travaille beaucoup et régulièrement pour gagner quelques sous, cela est surprenant pour une hystérique ; dès qu'on l'examine, on constate qu'elle ne sait jamais ce qu'elle fait. Son esprit est ailleurs ou nulle part, mais ses mains cousent sans qu'elle en ait conscience. Le fait est surtout remarquable chez Bertbe, (jui est assez intelligente pour avoir constaté elle-même la façon bizarre dont elle travaille et pour s'en plaindre. « C'esl incompréhensible ce qui se passe, me racontait-elle dès son entrée à l'hôpital ; depuis quelque temps je travaille diôlement, ce n'est plus moi qui travaille, ce sont mes mains. Elles n'exécutent pas trop mal, mais sans que j'y sois pour rien. Quand c'est fini, je ne reconnais pas du tout mon ouvrage, je constate que c'est bien, mais je me sens tout à fait incapable d'avoir fait cela... Si on me disait : Ce n'est pas toi qui l'as lait, je répondrais : C'est

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vrai, ce nest pas moi... Quand je veu\ chanter, iniposslblc, et, d'autres fois, j'écoule ma bouche t|ui chante très bien cette chanson... Ce n"est certainement pas moi (|ui marche, je suis comme un baUon (|ni rebonilit tout seul... (^)uaiid je veux écrire, je ne trouve rien du tout à dire, ma tète est vide, il faut (jue je laisse ma main écrire ce (|u'elle v()udra et alors elle remplit ([uatre pages, tant pis si c'est absurde... (^)uand je comj)te, j'écris le résultat, mais je sais bien que je ne l'ai pas trouvé... Je ne comprends |)lus rien à mes idées, elles tombent toutes seules; on diiait t|u'e"''s sont écrites sur un grand rouleau (jui se déroule devant moi. Je ne suis plus rien qu'un polichinelle dont quelquun t'ont la ficelle, tout s'élaii^ne de moi, je ne suis plus là que pour représenter. »

Ce qu'il V a de plus curieux, c'est (ju'clle fait ainsi de fortjidies choses; qu'elle c(>nfectionne un costume ou (ju'ellc écrive une lettre, elle déploie quelquefois un réel talent, mais tout cela est exécuté de cette façon bizarre. Elle semble fixée sur son travail, mais elle ne paraît pas en avoir conscience ; quand elle relève la tête, elle est ahurie comme si elle sortait d'un songe et ne se souvient pas de ce ([u'elle vient de faire. Sa manière d'agir rappelle un peu celle (jue l'on prête aux hommes de génie qui obéissent à l'inspiration sans avoir conscience d'elïectuer euxmêmes leur o'uvre. Moreau de Tours naurait pas repoussé cette comparaison de l'homme de génie et de Thystéritiue. Pour prendre une comparaison plus humble, elle agit comme nous faisons de temps en temps quand nous laissons notre main écrire toute seule l'orthographe d un mot (|ne nous ne retrouvons plus. Mais ce (jui, chez nous, est accidentel, est perpétuel chez elle; quoiqu'elle ait encore de l'activité, elle n'a plus la conscience personnelle de cette activité et, pai' conséf|uent, elle n'agit plus volontairement'.

M. Séglas a rapporté au congrès des aliénistcs de Blois' un exemple du même genre, un jeune homme de 19 ans, hystérique, présentait le môme état d'activité automati(jue pendant les (luelfjues jours f|ui |)récédaient l'attarjue: « Il me semble, écrit alors le malade, qu'il y a alors en moi deux personnes,

I. Ojnférence sur la suggeslibilitf' dos livsl('ri(|iics. \rchiurs ilf iicurol., iiov. i^[)>-- 1. Congrès dos aiiônislcs. Troisième session (l?lois). [rchivrs <li: iiciiroldiiic. i^<i|''. . II, p. 3'ii.

lune qui ;>gil. marche, pailc. mais comme si c était une autre ; l'autre personne (jui reji^ardc a<^ir et faire... » (Test un malade chez qui l'aboulie augmente avant l'attaque, comme on l'a vu chez Marguerite, mais c est toujours le même état (jue I on peut appeler diminution de la perception personnelle des actes avec conservation de l'activité automati(|ue.

Cette façon il agir, (juand fUc est |)0ssil)le, diminue les effets de l'aboulie, puisque, en réalité, les actes s()nt toujours exécutés dune manière snUlsante. D'autres malades, au contraire, ne veulent pas ou ne peuvent pas s abandonner à cette ac*"^ ité automatique ; ils cherchent ii laiie les actes consciemmen jt volontairement, alors ils ne font plus rien. Ils empêchent i "^me, en essayant de les faire volontairement, des actes qui s'exécuteraient très bien automati(|uement. « Les mouvements familiers, ceux que la réj)élition avait rendus antomali<|ues, sont atteints à leur tour ; ils redeviennent conscients et volontaiies, ils perdent avec le bénéfice de l'habitude leur caractère acquis de facilité et de rapidité'. » Le même trouble de la perception personnelle des actes se manifeste extérieurement suivant les cas par une impuissance plus ou moins grande.

Comment rattacher ce nouveau symptôme de l'aboulie avec tousses caractères, aux stigmates précédemment décrits? Une petite observation de détail va peut-être nous fournir la transition nécessaire. Une hystérique, au bal de la Salpêtrière, me disait : « .le ne puis pas voir les costumes, je n'en ai pas encore vu un seul. — Eh pourquoi donc ? — Parce qu'on me fait danser ; dès que je veux regarder, je cesse de danser, et dès que je veux danser, je ne peux plus regarder. Quand je veux danser, je ne vois plus lien du tout, je n'ai [)lus qu'une seule idée en tète, danser. » D'ailleurs, j'avais déjà vu chez elle le même caractère, j'avais été obligé de lui interdire de causer en déjeunant, parce qu'elle ne pouvait plus manger. Quand elle veut manger, il faut qu'elle ne pense absolument qu'à cela et à rien d'autre.

Il y a donc un rétrécissement de l'esprit pour les actes, comme pour les sensations et les images, la diminution de la puissance de synthèse intervient pour modifier les actions comme pour transformer la sensibilité et la mémoire. Les actes nouveaux,

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