‹ L'état mental des hystériquesChapitre 82 sur 290 · Automatisme psychologique, p · texte numérisé non relu

Automatisme psychologique, p

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sans nuances, sans iustesse. Au lit'U dr c-hanj'er incessaniinonl suivant les mille incidents de la vie, elle a une réirularité niécanique et reste toujours la même. Quand nous sommes irrités contre quel(|u'un. nous pouvons l'être de cent manières diflerentes, qui se traduisent un jour |)ai' un geste, un jour par telle ou telle parole, un autre jour par dos coups. Quand (lélcstine se met en colère, ce nest pas si comj)li([ué, elle a toujours et partout la même colère. Rougir, crier très fort, dire des injures, toujours les mêmes, frapper les gens à coups de poing et casser quelques carreaux, c'est absolument réglé. Quelquefois ce défaut d'adaptation de l'émotion aux circonstances est encore plus net et les malades ont des sentiments contradictoires inverses de ceux qu'ils devraient éprouver dans la réalité. Renée se met à pleurer quand elle devrait être heureuse; elle éprouve le besoin de dire des choses désagréables aux personnes qu elle aime le plus, ou elle se prend à caresser ceux qu'elle déteste. Il semble qu il y ait un mécanisme qui règle tout ce développement des émotions et que ce mécanisme soit troublé comme dans les phénomènes de l'allochirie ou de l'étérocinésie.

3° Chez une même malade, les émotions différentes sont très peu nombreuses. Il semble que chacune ait la sienne, toujours la même. Louise est une peureuse : toutes les impressions, quelles (ju'elles soient, amènent la peur. Célestine est une coléreuse, toute excitation, une surprise, une mauvaise nouvelle, aussi bien qu'une réprimande, provoquent une colère ou plutôt sa colère. Que l'on essaye d'émotionner Berthe de diverses manières, par une douleur, une surprise, une moquerie, etc., elle réagira toujours de la même manière, par une sorte de désespoir qui est son état émotionnel à elle. Elle pâlit, ])leure, étoull'e, gémit ces paroles : « Que je suis malheureuse ! Quel être inférieur je suis ! Pourquoi vivre encore ? je suis maudite. » Et ce sera toujours la même chose, on dirait qu'elle récite une leçon.

Et, en effet, elle récite : son émotion n'est pas une émotion actuelle, ce n'est pas une synthèse de phénomènes créée par son esprit au moment où je lui parle et en rapport avec le mot f(ue j'ai prononcé. C'est une émotion ancienne construite peu à peu a la suite de ses malheurs de famille et de ses chagrins trop réels. Cette émotion s'est systématisée, et elle est toute prête à fonctionner maintenant, ii tort et ;i travers. Il y a, en un mot, des émotions automatirpifs comme des actes automatiques, et

celles-ci, cominf toujours, sont tonscrvées cl exagérées chfz les hystériques. Jl est juste d'ajouter que cette cxagéralioa de l'émotion ancienne tient au caractère général de l'esprit des hystériques, au rétrécissement du champ de leur conscience qui les •oblige à avoir sans cesse des idées isolées, sans pensées antagonistes, sans contrepoids. « Une impression donnée, disait justement M. Laurent, venant edacer hruscjiiemenl les idées antérieurement existantes, Ihystériqué se tidii\(! dans l:i situation d'un homme qui apprend tout d'un coup, ou voit quehjue chose ii quoi il ne s'attend pas. Cette impression chasse les autres idées et, dominant l'intelligence, cause selon sa nature l'étonnement, la peur, la joie sans être contre-balancée par rien'. » Nous verrons avec plus de précision, en étudiant les suggestions, cette puissance que prend un phénomène automatique grâce à la faiblesse présente de la perception personnelle.

Après avoir remarqué ce caractère général des émotions qui subsistent chez ces malades, il faut voir sous quelles formes particulières elles se présentent le plus souvent, quelles sont les espèces d'émotions les plus fréquentes. Presque toutes les émotions simples, la joie, la gaieté, la surprise, la peur, etc., peuvent se développer, surtout chez celles qui ne sont pas assez malades pour ne plus comprendre du tout les situations nouvelles, et chacune de ces émotions envahira totalement l'esprit, avec cette exagération et cette régularité. Mais il faut reconnaître que les émotions tristes, déprimantes, sont de beaucoup les plus fréquentes. On a souvent signalé une distinction assez juste entre l'hystérie de l'homme et celle de la femme. On représente la femme hystérique comme agitée, remuante, gaie, riant aux éclats, faisant mille folies, et l'homme, au contraire, comme plus triste, plus mélancolique et inerte. Les choses se présentent le plus communément de cette manière, et il est certain que l'hystérie de l'homme, (( ce renversement des lois constitutives de la société », selon Briquet", est plus pénible, plus cruelle que celle <le la femme. Un homme souffre plus de cette inertie, de cette destruction de toute force vive, et son affaiblissement moral étonne davantage. ,

1. L. Laurent, de l'ûtat mental dos liyst(Tir[uos. \rchives clinigiics ilc Bordeaux, sept. 189a, p. ^.

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