I. Pitres, Leçons clinKinrs sur l'hystérie. II, p. mjZ
LA SUGGESTION ET LES ACTES SUBCONSCIENTS 20î>
lo sujet semble lovivre une période de sa vie passée. Il a couslaté également <|ue les stigmates hvsléi'i(|ues présents disparaissent dans celte période de délire et que le malade, entièrement tianslormé, reprenait en entit-r un ét;il psychologique antérieur.
On peut aussi rattacher ii ces suggestions générales, les modifications de la personnalité que les magnétiseurs aimaient à produire dans leurs séances et (jue M. i'A\. Richet ' a si bien décrites. Le sujet, suivant le rêve qu'on lui suggère, se trouve transformé en prédicateur, en général d'armée, etc. Ce sont là, bien entendu, les mêmes phénomènes (jue précédemment, mais ils ont grandi et peu à peu ont tranf'oriné tout l'esprit.
Je ne décrirai pas ici les ellets physiologi(|ues (jue peuvent avoir les suggestions ; quelques-uns, comme les rubéfactions de la peau, les brûlures, les vésicatoires, sont aussi certains qu'ils sont étranges'. Leur étude amènera probablement plus tard l'intelligence des phénomènes organiques et viscéraux (jue Ton observe si souvent chez les hystériques. Dans cet ouvrage je n'ai pas à sortir de l'examen de leur état mental.
Cette revue rapide des phénomènes de suggestion nous a mon tré des faits en apparence très dilïérents les uns des autres. Ils avaient tous, cependant, le grand caractère signalé au début. Ces idées, qui s'accompagnaient d'actes, d'hallucinations, de rêves complexes, de modifications de toute la personnalité, prenaient évidemment dans l'esprit une place exagérée. Elles dépassaient, elles effaçaient les autres pensées normalement développées. Cette description a permis de constater, sinon de comprendre, la suggestibilité qui est si générale et si forte chez les hystériques.
§ 2. — Caiwctèrf.s psychologiques de la suggestion.
Les suggestions ont-elles des caractères psychologiques (|iii leur soient propres? doivent-elles être distinguées des autres phénomènes qui se passent dans l'esprit humain ? Certains auteurs lont nié complètement ; ils ont dit (|ue la suggestion était
I. Cil. Uichct, L'Iionvne et iintcllitjence, i883, p. 233. a. .\utomatisnie psychologique, p, i65.
un fait inoial queîcon(|iit' et (|iril n'y avilit aucimt' disliiiotioii à Taire. « Je définis la suggestion, dit M. Bernlicini : c'est l'acte par le(|uel une idée est introduite dans le ceiveau cl acceptée par lui'. » Tout ce qui entre dans Tespiit pai- un sens quelcon(|ue, tout ce qui est provoqué par les associations d'idées, par la lecture, par l'enseignement, tout ce qui est provoqué par le sujet lui-même, toutes les croyances, (juelle (jue soit leur origine, tout est suggestion. Tout homme raisonnable, disait à ce propt)8 M. Babinski", serait constamment sous l'inlluence d'une sug<>estion. Cette façon d'exprimer les choses n'a pas été entièrement fâcheuse ; elle consistait à mettre en relief le caractère psychologique et moral du phénomène, en laissant de côté tous les autres détails. Mais, dautre part, n'est-il pas dangereux de prendre ainsi le mot « suggestion « comme synonyme des anciens termes généraux « pensée, phénomène psychologique, conscience » ? Est-il prudent de ne tenir aucun compte des distinctions établies depuis des siècles par les philosophes entre les divers phénomènes psychologiques, sensation, image, association des idées, jugement, volonté, personnalité, etc., etc.?
Il faut constater un autre inconvénient plus grave encore de cette confusion de langage ; c'est qu'il existe un phénomène très précis, très distinct des autres faits psychologiques, ([ui a été désigné et par les anciens magnétiseurs et par les aliénistes sous le nom de « suggestion «. Ce phénomène ne doit être confondu ni avec les souvenirs, ni avec les associations d'idées ordinaires ; il a ses caractères spéciaux et surtout ses conséquences très particulières et très graves. Si le mot « suggestion » est déjà employé pour désigner une idée quelconque pénétrant n'importe comment dans l'esprit, il ne peut plus caractériser nettement ce phénomène spécial. On voit alors les confusions les plus étonnantes : on voit décrire sous le même nom la leçon d'un professeur à ses élèves et les hallucinations [)rov(K|uées chez une hystérifjue. Les caractères observés dans un des faits sont attribués à l'autre, et réciproquement. Il n'est plus possible de distinguer la maladie mentale, qui est pourtant une triste réalité, de l'état psy- ■chologicjue normal.
Si l'on réserve le mot de suggestion aux faits f|ui ont été dé-