I. Binct et IVré. Mufjni'tUine (inimal. i^N-, p
•->. L'ancstlicsie systématisée et la dissociation des phénomènes psychologiques.
Revue philosophique. i8^<-, I. p. ^57. .{utomatismc psychologique, p. 276.
Ja.nf.t. — Ilvstérif. i4
iiU ACCIDENTS MENTAl\ DES HYSTÉRIQI ES
trinent puisqu'elle le \'oif entrer. Mais il y a eu ee[)(Mi(laiil un certain efl'et de la suggestion et il est bien cuiieu\ : elle ne Ir reconnaît pas et le prend pour un personnage ({u'elle n'a jamais vu. Qu'est-ce que le défaut de reconnaissance? Kvideniincnt, la sensation actuelle n'est pas réunie aux innombrables souvenirs, aux sentiments, etc., que cette personne possédait réellement à propos de M. Gibert. Quand la suggestion va plus loin et supprime même la vision consciente, le phénomène reste cependant du même orenre ; seulement le défaut de svnthèse est encore iilus accentué. Non seulement la sensation nouvelle n'est pas réunie à certains souvenirs déterminés, mais elle n'est rattachée à aucune des sensations qui constituent à ce moment la personnalité du sujet. C'est pour cela que le sujet dit avec raison : « Moi, Je ne vois pas. Je ne me souviens pas,yV ne puis remuer. »
Il v a donc deux grands caractères psychologi(]ues de la suggestion négative : i" conser{>ation des pJiénoinènes subconscients et automatiques; 2" diminution ou suppression de la synthèse qui constitue la perception personnelle.
Nous allons retrouver les mêmes caractères avec plus de netteté encore en étudiant les autres espèces de suggestion :
1° Développement des phénomènes élémentaires. Dans un petit nombre de suggestions extrêmement simples, par exemple, quand on se contente de maintenir en l'air le bras du sujet, on peut dire que l'on ne provoque dans l'esprit qu'un seul phénomène psychologique. 11 aura déjà un caiactère particulier, c'est la tendance à se prolonger, à subsister aussi longtemps (|ue possible en maintenant toujours cette même position du bras à laquelle il correspond'. Mais, dans l'immense majorité des cas, une suggestion est un phénomène complexe et son premier caractère c'est quelle consiste dans le développement automatique de toutes les images contenues dans une idée.
Toute idée bien comprise, bien claire, est en réalité dans notre esprit un ensemble, un système d'images difi'ércntes, ayant chacune des propriétés spéciales et diversement coordonnées. Prenons par exemple cette pensée très simple qui s'exprime par ces mots : « faire le tour de la chambre ». Cette pensée renferme des images visuelles ou musculaires, suivant les cas, du mouvement des jambes, des images visuelles de l'aspect de la chambre
j. AiUoinatisme psychul(ifjli]uc, |)p. 55 el s<j.
î.u nioinctit on lufi |);iil. puis d autros iina<res motrices, et d'autres images visuelles d Un nouvel aspect de la salle, et ainsi une longue suite de représentations vai'iées juscju'à une dernière (|ui reproduira le premier aspect de la salle. La pensée d'un bouquet de roses ou la pensée d'un chat renferme de même de nombreux éléments groupés les uns autour des autres dans une dépendance très étroite. Nous n'avons qu'il signaler dans ces idées la notion de la couleur des fleurs, la couleur et la forme du chat, puis de nombreuses images d'odorat, de tact, d'ouïe, etc., en un mot, comme je le disais, ces idées sont de véritables svstèmes d'images. Le plus souvent, ces systèmes se reproduisent dans notre esprit d'une façon tout à fait partielle et abrégée; par exemple, l'image sonore ou kinesthésique du mot « fleur » ou du mot « chat » se reproduira seule, ou à peu près seule et sulFira poui- représentei' tout le système complexe dont elle n'est qu'un petit élément.
Dans les cas de suggestion (jue nous cherchons ii anaivser, nous voyons, au contraire, que des svstèmes de ce genre, s'ils commencent une fois à se développer dans l'esprit, ne restent pas incomplets. Tous les détails constituants, images visuelles, images tactiles, images kinesthésiques réapparaissent ;i leur place de manière à reconstituer le système dans son ensemble.
Toutes les suggestions, depuis la plus simple juscju'à la plus compliquée, sont du même genre. Si on ferme le poing à une malade extrêmement suggestible, elle va se mettre en colère ; si on lui joint les mains, elle va se mettre à genoux et prier. C'est (jue ces deux sensations, celle du poing fermé et celle des mains jointes, sont des éléments de grands systèmes de pensées, qui ont été construits autrefois. Ces systèmes constituaient la tendance ii la colère et la tendance religieuse et, aujourd'hui, il suffît de faire naître l'un des éléments pour (jue tt)us les autres réapparaissent sous forme d'images, el rétablissent la tendance primitive avec ses expressions et ses mouvements. Prononçons devant une hystéri(jue ce mot : « un bouquet de roses », la sensation de son qu'elle perçoit ne va pas rester seule dans son esprit. Elle n'est (jue le premier terme d'une série d'images ([ui ont déjà été associées ensemble pour constituer cette perception. Le sujet voit les roses, leur forme, leur couleur, il sent leur odeur, il croit les toucher, il se pique aux épines, etc. Faut-il sétonner (|u il ait la croyance à la réalité de ce bouquet, (ju'il croie à son
m ACCIDKMS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES
objectivité? M;iis rette crt)vaiu'e dépciul en ^raiulo piirlic, choz tous les homines, tle la complexité des ima<j;es (|ui loiil partie d'une pensée. « Nos représentations ordinaires, disait M. Souriau, nous paraissent internes parce (|u elles sont heauconp moins complexes (|ue les perceptions externes'. » 1. Iialliieiiiation, la crovance à la réalité objective, comme le mouvement extérieur dépend de ce développement des images contenues dans une idée. A plus forte raison en est il de môme pour les sugfrestions générales, il s agit là d'un système complet de pensée (|ui, en se réalisant, transforme momentanément tout l'esprit.
L'importance exagérée que nous avions constatée dans les idées suggérées peut maintenant se comprendre : la durée, la répétition de ces idées, leur transformation en actes et en hallucinations sont des conséquences du mèjne phénomène : Un srstcnie d'images anciennes oiganisé est aujourd'hui repioduit, il tend à vivre, c'est-à-dire à durer et à se développer complètement.
•2° Diminution de la synthèse personnelle. T.es suggestions présentent un second caractère complémentaire du premier et tout aussi important. Ce développement de tous les termes contenus dans une idée n'est pas seulement complet, il est encore automatique; il n'est que la répétition des pensées anciennes, et il s'effectue sans que le sujet en ait la perception personnelle. Si l'on examine des cas de suy-uestion bien nets, et c'est évidemment ceux-là ([u il faut examiner en premier lieu, on est frappé de leur régularité mécani(|ue. Si l'on répète à j)lusiours reprises, même à de longs intervalles, la même suggestion, on constate (jue les actes, les paroles, les attitudes du sujet sont toujours exactement les mêmes. Le sujet fait le même nombre de pas, ne modifie en rien ses allures, même si les circonstances extérieures ont beaucoup changé. Si aujourd'hui je m'adresse à Léonie (jui a près de cin([uante ans, et si je lui suggère quelle est une princesse, elle va jouer de l'éventail, étaler « sa belle robe de velours noir », « s'adresser à M. le mar(juis de Lauzun », etc. Or ce sont là minutieusement les mêmes paroles quelle prononçait il y a trente ans, quand M. le D' Perrier (de Caen) lui donnait la même suggestion. Les images se déroulent dans son esprit exactement les mêmes, sans aucune originalité, ni aucune invention présente.
I. Souriau, Sensations et perceptions, fievii)' [jhUnsuphiijiie. iM?<3, II, p. i'y5.
Si I (Ml considère îles sii|j;j:^esti()iis nouvelles e\éciil('-es [tniir la première lois par le sujet, ou retrouve encoie le inèuic caractère. Le sujet reproduit ii propos de cette suggestion une id«'e ancienne, ac({uise antérieurement, et il la reproduit telle (|u il l'a acquise sans v ajouter actuellement aucune modilication. Si nous faisons ii deux personnes didérentes, à Léonie et à Lucie la môme suggestion, si nous leur faisons croire (ju elles sont changées en prêtre, nous \ovoiis qu'elles ne eomposeiil |t;ii leui- rôle, mais (ju'ellcs le récitent. (Miaeuiie laisse voir dans son attitude comment elle a conçu le piètre autrefois : l'une est séi-ieuse, grave, elle parle d un ton oiutiieux cl bénit les assistants; l'autre grimace et veut entraîner des pénitentes au confessionnal d'une façon fort peu orthodoxe. Ce n'est pas une composition nouvelle, c'est le développement mécanique d'une idée ancienne.
I, automatisme se manifeste encore mieux si on examine la laçon dont le sujet a conscience de l'acte suggéré. On voit qu'il s'en rend très mal compte, qu'il ne le comprend pas et qu'il ne le rattache pas h sa personnalité. Le premier fait (|ui ait été remarqué c'est (|ue la plupart des suggestions sont complètement oubliées aussitôt après leur exécution'. Isabelle a été chercher son bouquet de roses, Berthe a joué avec son petit chien Finaud que je lui ai suggéré de voir dans ses bras, Marguerite s'est crue transportée à sa pension. Au bout de quelques minutes, ces rêves ont cessé spontanément ou bien ont été interrompus par moi; les sujets ont eu quelquefois une légère secousse comme s'ils se réveillaient et ont repris leur existence normale. Eh bien, à ce moment, on ne peut obtenir d'eux aucun renseignement sur ce qui vient de se passer; ils ne se souviennent de rien, et, si on insiste, ils refusent absolument de croire qu ils ont éprouvé les hallucinations précédentes. Sans doute nous connaissons bien la nature de cette amnésie, nous savons que le souvenir peut être rappelé momentanément par une autre suggestion ou par un grand effort d'attention, nous savons f[ue ce souvenir peut se manifester par toutes sortes d'actes subconscients. Mais il n'en est pas moins incontestable que le sujet n'a pas spontanément la perception personnelle de ce souvenir, cpi il n'a pas rattaché la suggestion h sa propre personnalité.
Mais examinons ces suggestions au moment même où elles