‹ L'état mental des hystériquesChapitre 93 sur 290 · I. licaunis. Le somnambulisme provoque. 1887, p · texte numérisé non relu

I. licaunis. Le somnambulisme provoque. 1887, p

iil ACCIDENTS MENTAUX. DF-S HYSTÉRIQUES

s'exécutent, nous venons à un plus haut clt'>;ié encore la mi^nie absence de perception personnelle. Berthe caresse son petit chien Finaud quelle croit sur ses genoux ; elle paraît avoir le même état de conscience iju à l'ordinaire, elle parle à son chien el semble avoir une certaine activité de pensée. Mais ce n'est là qu'une illusion: si on l'examine on remarque d'abord ([u'clle n'a p.lus un état de sensibilité normale, au lieu d'être seulement anesthésique du cùté gauche, elle est devenue anesthésique totale. Ses yeux semblent ne point voir ; car elle ne distingue aucun objet placé devant elle ; ses oreilles semblent ne point entendre, car les personnes (jui lui parlent ne parviennent pas à obtenir de réponse. J'arrive un peu moi-même, et non sans dilficulté, h me faire écouter, peut-être parce que, ayant donné la suggestion, je fais jusqu'à un certain point partie de son rêve. Mais j'obtiens des réponses bizarres, incohérentes : Berthe ne peut plus me dire son nom, ni son âge, ni son costume : elle ne sait plus où elle est, elle ne se souvient de rien. En un mot, l'ensemble des sensations et des souvenirs qui constituait sa personnalité semble disparu ou plutôt il semble qu'il n'y ait plus là de personnalité. Il n'v a plus dans cet esprit qu'une seule chose, l'idée envahissante du petit, chien Finaud qui se développe complètement et isolément. Je ne serai pas surpris si tout à l'heure Berthe n'a aucun souvenir de ce rêve, puisque en réalité elle n'y a pas assisté. Ces caractères sont peut-être un peu plus nets chez Berthe, mais ils existent chez la plupart des hystériques : la suggestion n'est rattachée à la personnalité ni par le souvenir quand elle est terminée, ni par la perception consciente pendant ({u'elle s'exécute.

Ces deux caractères, la répétition du passé et l'absence de perception personnelle, peuvent être considérés comme les signes de l'automatisme opposé a l'activité volontaire. Sans doute, la volonté est très dilTicile à définir et soulève toutes sortes de problèmes philosophiques, mais elle peut pratiquement être reconnue à ces deux traits qui ont déjà été étudiés à propos de l'aboulie. Un acte volontaire est un acte, au moins en quelque partie, nouveau, (jui, pour s'adapter à des circonstances nouvelles, réunit, synthétise certains éléments psychologiques n'ayant pas encore été groupés exactement de cette manière. C'est, en second lieu, un acte conscient et personnel ; il est de toutes manières rattaché à la notion que nous avons de notre personnalité : « C'est

LA SUGGESTION ET LES ACTES SUBCONSCIENTS . 21.j

moi, disons-nous. (|ui avant de l'exécuterai prévu cet acte; c'est moi (jui, au moment de Taecomplir, sens que je lais cette action: c'est encore moi fjui plus tard en garde le souvenir. Je le rattache de toutes manières à mon caractère, à mes sentiments et à mes idées, je le considère désormais comme faisant partie intégrante de ma personnalité. » Un phénomène automaticjue a les tleux caractères inverses: il est essentiellement constitué par une association d'images qui se reproduisent régulièrement les unes :t la suite des autres dans un certain ordre déterminé. Mais cet ordre n'est pas nouveau, cette juxtaposition réguhère n'est que le résultat île la svnthèse exécutée autrefois. (|ui a coordonné une fois pour toutes ces éléments et leur a donné cette tendance à s'évoquer les uns aux autres. En outre, ce phénomène n'est pas conscient de la même manière que l'acte volontaire; nous ne disons pas à son propos: « Je, moi, M. un tel, je fais le mouvement de marcher, de manger, d'écrire. » Il ne provoque que des phénomènes de conscience isolés et ne rentre pas dans cette perception d'ensemble qu'on appelle la personnalité.

Dans la vie normale, ces deux catégories de phénomènes se mélangent constamment, aucun acte n'est entièrement volontaire, sans doute, mais aucun n'est entièrement et jusqu'au bout automaticjue. Nous avons des souvenirs, des habitudes qui sont la reproduction d'actes passés, mais ces phénomènes ne se développent pas en liberté ni d'une façon complète. Sans cesse la conscience personnelle et actuelle surveille, arrête ou modifie l'activité automati(|UP et ancienne et la met en rapport avec les circonstances nouvelles. Les hommes ont sur ce point des forces de pensée bien différentes : beaucoup sont, comme les vieillards qui vivent par le passé plus que par le présent; beaucoup no «avent pas lutter contre les idées qui les ont frappés et les acceptent avec une facilité très grande, mais tant qu'ils ne sont pas aliénés, ils gardent un certain pouvoir de perception personnelle pour les choses présentes; ils cherchent à mettre un certain accord entre les idées acceptées trop vite et la perception de la réalité. Notre santé morale dépend de la limitation de ces deux activités psvciiologiques l'une par l'autre, de cet équilibre entre la force automatique du passé et l'effort conscient et volontaire du présent.

Ce qui caractérise le rêve, le délire, c'est que cet équilibre est entièrement rompu. Beaucoup de psychologues avaient été frap-

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pés lie ce caractère : u Les rêves, ilisait Macaru). oui iiiu' j^iaiule analoi^ie avec les tlistractions qui sont pour ainsi ilire les r«>ves de l'état de veille. Les uns et les autres découlent d une série d'idées (|ui naissent, surprissent d'uno manière nnU-o/iif/ue sans (juc l'âme V prête une attention délibérée, tle la cuniusion et le désordre que 1 (»n découvre dans ces deux états passifs de resj)ril'. » Nous pensons qu'il en est de même pour la su*;<>esti()n.

Ce qui caractérise la suggestion, c'est que cet é(|uilibie est entièrement rompu. 11 ne faut pas considérer comme des suggestions certains cas d Obéissance volontaire, de complaisance du sujet. Quand nous disons à un malade souffrant, pauvre, humble devant nous : « Allons, mon ami, pensez ii guérir, pensez que vous êtes jTuéri, tenez les veux fermés, laites semblant de dormir. » Ce malade fera tout ce que nous voudrons, et il aura raison, mais c est une complaisance volontaire tout à lait raisonnable, tout à fait d'accord avec les désirs, la personnalité et la situation présente du malade. Cette docilité, cette confiance est un phénomène psychologique intéressant, sans doute, qui peut certainement être utilisé au point de vue thérapeutit|ue, mais ce n'est pas le même fait que ce qui a été décrit dans ce chapitre sous le nom de suggestion. Dans d'autres cas, il peut y avoir un début de suggestion véritable, mêlé à de la complaisance volontaire du sujet qui cherche à jouer un rôle, à satisfaire son médecin. Il faut constater ces cas complexes, mais il ne faut pas tonder sur eux la description du phénomène. Qu'il s'agisse d'un phénomène moral ou d'un fait physique, il faut toujours commencer par analyser les cas les plus nets. Nous considérons comme les cas typiques de la sui^gestion ces développements complets et automatiques d'une idée qui se font en dehors de la volonté et de la perception personnelle du sujet.

§ 3. — Les actes subconscients.

Pour interpréter la suggestion, nous avons admis qu'elle présentait u?i caractère psychologique principal, son isolement des autres phénomènes psvchologiques, son développement en dehors de la perception personnelle. Ce caractère a pu être constaté

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