I. Macario, Du HOinmeil dis ri'ues, iHô'^, p. 'Myi
LA SUGGESTION ET LUS ACTliS SUBCONSCIENTS 217
dans toules les suggestions, mais il se montre d'uiic manière on- (Mni' plus évidente dans certaines suggestions particulières. Les actes j)rovo(|ués jiar ces procédés sont si nettement isolés, séparés de la personnalité. (|u ils méritent le nonw/c/c.s- siilnonsru'iils. Leuiétude, très importante en elle même jjour comprendri' les accidents de riivstérie, peut ôtre considère aussi comme une vérilication des analyses précédentes.
Les actes subconscients peuvent être provo(|ués expérimentalement dans trois circonstances diflercntes : i" (piand on provO(jue des mouvements dans les momhrc?< ancsf/irsiffucs ; 2" (|uand on produit les sniii^cs/io/is jxir dislitulio/i ; .'>" (juand (»n se sert de la sit^iiesdon ponthypnoliquc. Il sullit de résumer brièvement la description de ces trois phénomènes avant d'examinei' les caiactères communs (pii se retrouvent dans toutes les variétés d'actes subconscients.
i" Nous avons déji» décrit, sous le nom de cataiepsics partieUes des mouvements, des actes qui étaient exécutés à l'insu du sujet par des membres anestlu'siqucs^ Ces actes semblaient nettement en rapport avec des sensations et des pensées, mais le sujet n'avait pas la conscience, la perception personnelle de ces idées, ni le sentiment d accomplir une action ; ces phénomènes peuvent être considérés comme des actes subconscients par aneslhcsie. Il suITit de rappeler leur existence avant de passer ;i la description d'autres actions du même genre, mais bien plus complexes.
u" Suggestions par distraction-. — Les suggestions précédemment étudiées étaient faites directement : nous nous mettions en face du sujet, nous le forcions à nous regarder, à nous écouter, à faire attention à nos paroles. Sans dt)ute, au bout d'un certain temps, le sujet cessait de comprendre, de se rendre compte des choses qu'on lui commandait et de sa situation actuelle, mais au début, pendant quelques instants, il pouvait comprendre tout cela. Les suggestions dont il s'agit, maintenant, sont faites d'une manière en quelque sorte indirecte, sans que le sujet ait jamais, même au début, la notion de ce qu'on lui suggère. Je m'écarte du sujet et le laisse causer avec une autre personne ou reprendre son travail. En rexaminant de loin, je remarque bientôt qu'il
I. Les st'ujmales mentaux des hystériques, f^' édit., p. i8('», 3« éd., p. i5o. a. Voir pour lY'tudc délaillcc de ces suggestions : les actes inconscients. Revue philosophique, 1S88, JI. p '.^Ç) et [utoinatistne psyrhnlo'jique. i88{(. p. î'.]- .
m'a coinplèt»Miient oiihlié et qu'il se donne tout entior à sa nouvelle occupation. Déjà, à plusieurs reprises, on a reniar(|ué comme les hvstéri([ues se fixent vite et complètement sur une nouvelle idée en oubliant toutes les autres, c'est une conséquence bien connue du rétrécissement de leur champ de conscience. A ce moment, je m'approche du sujet et, en évitant d'attirer son attention sur moi, je lui parle et lui fais des commandements. Il est bon, surtout au début de semblables suggestions, de se placer derrière le sujet, de parler à demi-voix et de suggérer des actes très simples que l'on compliquera peu à peu.
De tels commandements sont exécutés par le sujet sans que sa conversation soit interrompue, sans qu'il s'aperçoive ni de son action, ni de son obéissance.
3" Les sii^ij;eslions posthypnotiques . — Quand un sujet est dans un état soninambulique quelconque, pourvu qu'il soit différent <ie la veille, on peut lui donner un commandement qui ne doit s'exécuter que plus tard à un moment où le sujet, sorti du somnambulisme, sera de nouveau dans l'état de veille ordinaire : c'est là ce que Ton peut appeler une suggestion posthypnotique. Elle présente un caractère très curieux, c'est que le sujet, au ré- "veil, a oublié le somnambulisme et tous les commandements qu'on lui a faits. Comment une pareille suggestion, en apparence oubliée, pourra-t-elle être exécutée?
Elle est exécutée, cependant, et à l'heure dite et avec tous les détails qui avaient été indiqués pendant l'état soninambulique. Quclquelois, le sujet semble retomber, au moment de l'exécution, dans un nouveau somnambulisme et oublie l'acte qu'il vient de faire, aussitôt qu'il l'a terminé ; mais d'autres font les actes qui leur ont été commandés d'une façon toute particulière et très intéressante.
Lucie, Berthe, Isabelle et beaucoup d'autres conservent après le somnambulisme l'apparence la j)lus iialurelle ; elles parlent et agissent en se rendant bien compte de tous les actes (ju'ellcs font spontanément ; mais, au travers de tous ces actes naturels», elles accomplissent, comme par distraction, les actes commandés pendant le sommeil. Xon seulement elles oublient ces actes après les avoir faits, mais elles les ignorent, elles ne paraissent pas s'en rendre compte, même si on les interroge au moment où elles les accomplissent. Tout ce qui a rapport à la suggestion posthypnotique semble ne plus faire partie de leur conscience.
Tous ces actes subconscients obtenus grâce à l'anesthésie ou à la distraction ou résultant dune suggestion j)osthv[)noti(|ue sont donc du mt^nie genre, on peut les réunir pour chercher quels sont leurs caractères coninuins.
Le premier caractère à mettre en évidence dans toutes ces actions, c est (ju elles ne sont j)as de simples réflexes mécani(jues, ce sont des actes intellii^cnts ^\v\\ ne peuvent être compris que si on admet à leur propos, dans l'esprit du sujet, des sensations, des souvenirs et même des réflexions assez compli(|uées. Les simples attitudes catalepticjues du bras anesthésicjue dépendaient, comme nous 1 avons montré, de lexistence et de la persistance de certaines sensations musculaires très délicates ; l'adaptation des mouvements à la nature d un objet mis dans la main, 1 obéissance à des suggestions verbales ne peuvent se comprendre, s'il n'y a pas de sensations tactiles, de sensations auditives. Ces mouvements manifestent également des souvenirs : je place en l'air le bras anesthési(jue d'Isabelle dans une position particulière, puis je l'abaisse, sans qu'elle se soit aperçue de rien ; (juelques moments plus tard, par le procédé de la distraction, je lui suggère de remettre son l)ras gauche dans la même position que tout h l'heure, le bras se relève et reprend exactement la même attitude. Je puis, comme on l'a vu déjà, diriger la main anesthésique de Marguerite de manière à lui faire écrire un mot; plus tard, la main reprendra le crayon et écrira de nouveau le même mot. Les suggestions posthypnotiques, qui sont exécutées assez longtemps après le réveil, ne pourraient pas non plus se produire s il n'v avait pas dans lesprit du sujet un souvenir très précis du commandement donné pendant le somnambulisme.
Le caractère intellisrent de ces actes subconscients devient en-
core plus évident quand, par un procédé quelconque, on donne au sujet des suggestions compliquées qui demandent, pour être exécutées, des réflexions et même des calculs. « Lucie étant en état de somnambulisme, je lui dis du ton de la suggestion : « Quand j'aurai frappé douze coups dans mes mains, vous vous « rendormirez ». Puis, je lui parle d autre chose, et cinq ou six minutes après, je la réveille complètement. L'«)ubli de tout ce qui s'était passé pendant l'état hvpnoti(|ue et de ma suggestion €n particulier, était complet. Cet oubli, chose importante ici, m'était garanti, d'abord par l'état de sommeil précédent qui était un véritable somnambulisme avec tous les signes caractéristiques.
iiO ACCIDENTS MENTAl \ DES HYSTERIQUES
pur 1 acconl ilc tous ctni\ qui se sont occupés île ces <|uestions et ijui ont tous constaté l'oubli de semblables su<>t;estloiis, enfiit par la suite de toutes les expériences précédentes laites sur ce sujet où j'avais toujours constaté cette inconscience. D'autres personnes entourèrent Lucie et lui parlèrent de did'érentes choses ; cependant, retiré à quelques pas, je frappais dans mes mains^ cinq coups assez espacés et assez faibles. Remarquant alors que le sujet ne faisait aucune attention à moi o\ parlait vivement, je m'a|)prochai et je lui dis : « Avez vous entendu ce que je viens de faire? — Quoi donc? je ne faisais pas attention. — Et cela? (Je frappe dans mes mains.) — Vous venez de frapper dans vofr mains. — Combien de fois? — Une seule. » Je me retire et continue à frapper un coup plus faible de tenips en temps; Lucie,^ distraite, ne m'écoute plus et semble m'avoir complètement oublié. Quand j ai ainsi frappé six coups ({ui, avec les précédents, faisaient douze, Lucie s'arrête immédiatement, ferme les yeux et tombe en airière endormie'. »
J'ai recopié cette ancienne observation, car on peut la considérer comme le type d'un grand nombre d'expériences que j'ai décrites et qui mettent en évidence l'existence de réflexions et de calculs même dans les actes subconscients. Laissons de côté ces expériences et montrons seulement l'acte le plus compliqué qui les résume toutes : la suggestion de l'écriture subconsciente.
Prenons un cas dans lequel soient réunies les conditions les^ plus favorables pour la production des actes subconscients : Margueiite est anesthésique du côté droit et ne s'aperçoit aucunement, quand elle ne regarde pas, des mouvements de sa main droite. Elle est très facile à distraire complètement et quand je la fais causer avec quelcju'un ou quand je la fais lire tout haut (juelques pages, elle m'oublie si bien que je puis parler tout haut auprès d'elle sans qu'elle s'en aperçoive; enfin, il est facile de l'hvpnotiser et de lui donner des suggestions posthypnotiques,, qui seront exécutées sous forme d'actes subconscients. Eh bien, je lui ai mis un cravon dans la main droite, et pendant ([u'elle est distraite je lui suggèie d'écrire quehjues mots, l'allé exécute cet acte d'une façon subconsciente, ainsi ([ue tous les autres. Mais l'écriture automati((ue ainsi obtenue va nous permettre de
I. Les actes iiicoiiscifiils et le drrloub'emenl fie la persoiiiinliU', Hcoiic iihilusnphU/iir. r^HC,, M, p. :i>;'i.
LA SUGGESTION liT LES ACTES SUMCONSCIENTS iJl
vonstatci" ces sensations, cos souvenirs, ces réflexions dont nous ;i\i<)ns jus(|u'ii présent supposé l'existence, dette éciituie nous <lira 1rs mouvements imprimes au bras insensihlr, elle répétera >ous lu dictée les mots (jue nous prononçons et (jue le sujet prétend ne pas entendre, elle répondra même ii nos (juestions et nous révélera mille pensées intimes (|ue le sujet ne voulait pas nous confier ou même (|u"il ignorait complètement. On verra plus tard, ii piopos de riiémi-somnainhulisme. le développement énornie (|ue peut prendre cette écriture. Il sulfit de constater maintenant 1 intelligence (|u'elle manifeste. Les actes subconscients possèdent donc tous le premier caractère déjà reconnu dans les suggestions; ce sont des phénomènes [)Svchologi(|ues, <Jes phénomènes d'intelligence.
Si nous poussons plus loin leur analvse, nous allons voii- certains traits nouveaux ou. du moins, l'exagération de certains caractères déjà présentés par les suggestions oïdinaires. Le début <le la suggestion tlirecte était caractérisé, comme on la vu, par nn certain élonnemcnt du nialade, par une certaine résistance <|ui pouvait (|uelquefois se prolonger assez longtemps. Les suggestions dont nous venons de parler suppriment, le plus souvent d'une manière complète, toute résistance. Il n'v a qu'un petit nonibre d'exceptions qui seront étudiées à propos de l'hémisomnambulisme. D'ordinaire, ces actes sont exécutés très vite, sans hésitation ; si on laissait Lucie faire attention à l'exécution des actes suggérés, elle luttait contre la suggestion, avançait un peu. puis reculait et ces hésitations duraient fort longtemps : il su Misait de lui parler un peu d'autre chose, aussitôt elle était, distraite et exécutait à son insu et très rapidement l'acte suggéré'. Marguerite refuse de me raconter la querelle qu'elle vient d'avoir avec sa mère * elle résistera longtemps aux suggestions les plus violentes si elles sont directes, mais elle va écrire immédiatement ce fjue je lui demande, si je n'insiste pas et si je la laisse se distraire. « Beaucoup d'auteurs avaient remarqué, nous dit M. Pitres, que les suggestions par insinuation réussissent souvent mieux (|ue les suggestions impératives ". » Ils avaient j)robablement employé, sans bien s'en rendre compte, la suggestion par distraction.
I. .Xutomalisnie psychologique, p. Vj('). •j. l'ilrcs. op. cit.. II, p. 91.
2ie ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES ,
Il eu résulte cjue eertains sujets (|ui sont peu i»u même point suurgestibles par les procédés onlinaires, le sont complètement si on emploie ces méthodes indirectes. Renée n'obéit pas aux suggestions «jue je lui donne quand elle est devant moi, elle se surveille trop, mais quand elle nest plus avec moi, quand elle cause avec d'autres personnes, elle exécute à tort et à travers, comme des tics, -les mouvements (jue j'avais essayé de lui faire faire le matin. Vn de mes anciens sujets, Léonie, ne présente pas, comme d'autres malades, une véritable suggestibilité à l'état de veille. Si je m'adresse directement à elle et lui commande un mouvement, elle s'étonne, discute et n'obéit pas. Mais cjuand elle parle à d'autres personnes, je puis réussir à parler bas derrière elle sans qu'elle se retourne. Elle ne m'entend plus et n'essaye plus de résister; c'est alors que toutes les suggestions s'exécutent et (jue l on modifie son ('S|)rit comme Ion veut. Ou il me soit permis de rappeler aussi, à ce propos, l'histoire d un jualade lort curieux c|uc j'ai étudié cette année chez M. Charcot et dont on retrouvera un peu plus loin lObservation à propos des délires. Daill est devenu la proie de plusieurs démons ; il les voit, il les entend, il les sent parler en lui, il est forcé par eux de blasphémer, de courir çà et là, de se déchirer, de se tuer. J'ai essayé, mais en vain, de prendre f|uelque influence sur son déljre, de lui suggérer des mouvements bien simples et de l hypnotiser. Tout a été inutile ; non seulement il n'obéit pas, mais il se mo(|ue de moi et m'agonise d'injures. Je changv? alors de tactique : je le laisse raconter à d'autres ses malheurs et délirer comme il lui plaît. Quand il me semble qu'il m'a bien oublié, je command<' tout bas quelques gestes qui sont parfaitement exécutés à son insu ; je le fais agir et même écrire à ma guise, je l'hypnotise ainsi sans qu'il s'en doute et je parviens à -changer et à supprimer toutes ses idées fixes. Il semble vraiment, si l'on peut écrite une semblable métaph(»ie, que l'esprit de ces gens-là est une ville forte défendue pai- une bien faible garnison. Mais si les gardes sont peu nombreux, il sont fort agiles et ils arrivent à vous faire face, quel que soit le côté par lecjuel vous voulez entrer. Laissez un adversaire devant la ville pour occuper la garnison, et c|uand on vous a oublié, lournez d'un autre côté, vous entrerez sans coup férir.
Cette absence de résistance, de volonté personnelle dans les actes subconscients s'explique par une raison bien simple, c'est
(|UP le sujet les if^nore. La disti-action a produit, c'est la refile chez les hystéri((ues, de véritables aiiesthésies. Le bras droit de Maria ou de Justine (jui d'ordinaire est sensible et n€ reste pas en l'air (|uand je le soulève, reste suspendu maintenant; f|uand le sujet est distrait, il se comporte comme un bras anesth('si(|ue. Pendant (jue le sujet cause avec d'autres personnes, il n'entend plus mes paroles, il a |)(mii' iimi mir anesthésie systématiipie de l'ouïe; Léonie, pendant tju'elle cause, ne voit pas ([u'elle tient ses mains devant sa bouche, dans la posture d'un joueur de llùte, c'est une anesthésie systématitjue de la vue .le priai un jour Lucie de faire tous ses efforts pour me résister; elle ne parut pas très bien comprendre, car elle ne se souvenait pas de son obéissance. Elle m'assure en riant qu'elle ne ferait certainement pas l'acte que j'allais dire. Je commande quelque chose pendant un instant de sommeil et mon commandement est aussitôt exécuté au réveil; mais elle continue à rire en disant toujours : « Essayez donc de me commander, je ne ferai rien du tout ». En un mot, elles n'ont pas dans leur conscience la moindre n<»tion de ces actes subconscients.
Cette nouvelle alFirmation n'est-elle pas en opposition avec la première? Comment le même acte peut-il être à la lois intelli- «Tfent et non conscient? Comment peut-il renfermer des sensations, des souvenirs, des réflexions quand nous admettons d'autre part que le sujet ne pense absolument rien à propos de cet acte? Cette contradiction apparente n'est pas le lésultat d'une théorie, elle est l'expression des faits ; il faudrait l'admettre même si on ne pouvait pas l'expliquer. Mais cette remarque n'est pas maintenant nouvelle, elle rentre dans un problème plus général qui a déjà été étudié à propos de l'anesthésie, de l'amnésie, de tous les stigmates hvstériques. Nous avons été obligé d'admettre qu'il y a deux catégories de phénomènes psychologiques et deux façons d'entendre le mot conscience; les phénomènes psychologiques élémentaires TT'T" (fig. 8) dans le schéma déjà étudié, phénomènes réels, jouant leur rôle psychologique, conscients peut-être en eux-mêmes et d'une façon très rudimentaire, mais isolés les uns des autres et les phénomènes psychologiques supérieurs, la perception personnelle PP qui consiste essentiollement à synthétiser CCS faits élémentaires et à les rattacher à la notion antérieure de la personnalité. Cette dernière opération, cette perception personnelle est réduite chez l'hystérique, cette malade ne
eii ACCIDENTS MENTAUX DES IIYSTIÎRIQUES
peut plus svnthctiser t|iruii petit nombre de faits élémentaires VV'AA par exemple, (^ue vont devenir ces autres faits TT'M — qui existent cepentlant ? Qu'ils restent souvent isolés, à l'état de poussière mentale sans jouer un rôle important, c est incontestable. Mais les faits précédemment décrits nous forcent à admettre que, dans certains cas, ces phénomènes peuvent aussi se grouper entre eux et former en P une synthèse partielle plus ou moins cohérente qui réunira TM'A". Cette synthèse partielle représente ce (|ue nous avons décrit sous le nom d'acte subconscient.
Avant il«' tirer les conclusions de cette étude, il faut signaler un certain nombre de laits comj>lexes dont la connaissance est
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Fi... 8.
indispensable pour comprendre la suggestion et son effet sur les esprits faibles. Nous n'avons étudié jusqu'ici que des cas simples dans lesquels la séparation entre les. phénomènes conscients et les phénomènes subconscients était parfaitement nette. Il n'en est pas toujours ainsi, on peut très souvent constater des actions et des réactions réciproques de ces deux groupes de phénomènes l'un sur l'autre. Une pareille dépendance semble au premier abord pfii intelligible : comment ces deux phénomènes T' et V par exemple, peuvent-ils dépendre l'un de l'autre, s'associer l'un avec l'autre, puisque nous avons constaté qu'ils étaient isolés, qu'ils appartenaient à deux groupes de pensées différents ? C'est (|ii'il V a ici encore une distinction à faire, toutes les réunions, tous les groupements de phénomènes psychologiques ne sont pas du même ordre. « L'association automati(|ue des idées est une chose, et la svnthèse qui forme la perception personnelle à chaque moment de la vie et l'idée même du moi en est une autre. Celle-ci peut être détruite, tandis que celle-là subsiste. Cette supposition d'ailleurs s'accorde assez bien avec tout ce que nous avons dit de ces deux opérations. L'association des idées est la manifestation d'une synthèse élémentaire f|iii a déjà été cffec-
tuée autrefois et ((iii a rattaché les phénomènes les uns aux autres une fois pour toutes. La perception personnelle est la manifestation dune aclivilé syMtliéti(|ue actuelle qui, par un efTort coiitiMtiel lépété à chaque instant, lanicnc :i I unit»- du moi tous les phénomènes qui se produisent, (jU(dle (ju en soit l'origine. Le mahide peut être devenu incapable de pei'cevoir telle sensation auditive ou telle sensation tactile, et cependant par un automatisme d'origine ancienne qui n'a pas été détruit, cette sensation non perçue peut amener d'autres images, des images visuelles si l'on veut, faisant partie de celles que le sujet perçoit encore'. »
Si lexplication psvchologique est dillicile, le fait n'en est pas moins incontestable; et il se |)résente de deux manières difTérentes : tantôt ce sont les phénomènes conscients perçus normalement par le sujet cjui amènent à leur suite d'autres phénomènes subconscients, manifestés seulement par des mouvements, ([ue le sujet ignore ; tantôt au contraire, ce sont les phénomènes subconscients, quelle que soit leur origine, qui existent les premiers et qui provoquent de temps en temps dans la pensée consciente des émotions, des images variées surgissant d'une manière inattendue.
C.onsidéions quelques exemples du premier cas : certaines hystériques ne peuvent penser à une action sans l'exécuter, mais cette exécution a lieu chez quelques-unes d'une manière bien singulière, elle n'est pas consciente et a lieu à l'insu du sujet. Il semble qu'une |)artie de la pensée, les images auditives ou visuelles qui la constituaient aient été perçues par le sujet, mais que l'autre partie, les images kinesthésiques et motrices éveillées par les premières soient restées subconscientes. Dans ce cas, la malade est toute surprise de constater les ellets de son action conforme h sa pensée sans doute, mais non à sa volonté. De là ces expressions si souvent signalées : « Ce n'est pas moi qui marche, ce sont mes jambes qui marchent toutes seules... Quand je pense à quelque objet, il y a comme une personne qui me mène par la main pour le chercher, j'v vais sans savoir pourquoi, je me demande qui est cette personne... On me vole ma pensée, on écrit ce que je pense... »
Le plus souvent, le sujet ne constate pas ces maniiestations
- I. Auloinatisme paycholofjique , p. 'i'Mx.
Janet. — Hvstérie. i5
•îiQ ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES
motrices de sa pensée. Il les ifjnore et croit avoir pensé simplement pour lui-même ; ce sont les spectateurs qui les remarquent et qui s'en servent pour lire à son insu la pensée du malade. C'est ce fait qui joue le rôle principal dans iliderents procédés de divination, la baguette divinatoire, le pendule explorateur, le cumberlandisrae ou le « willing game » des Anglais. 11 sullit d'un exemple : je propose à Marguerite de deviner, sans qu'elle dise un mot, le nom auquel elle pense le plus. On peut avec elle se servir de divers procédés, en voici un fort simple : je lui tiens la main droite anesthésicjue en récitant doucement l'alphabet. Elle me serre violemment la main (juand je prononce les lettres de ce nom ; elle n'en est pas moins toute stupéfaite de la façon dont je devine sa pensée. Chez Renée, les mouvements subconscients sont encore plus violents ; elle a des c()nvulsions de tout le corps au moment où Ton prononce la lettre ou le chiffre auquel elle pense, et cependant ne comprend pas davantage comment on la devine. Des procédés de ce genre sont fort nombreux et ont été souvent décrits ; il n'est pas inutile de les connaître, ils nous permettent souvent de frapper l'imagination des malades et de piendre rapidement sur eux un grand empire dont on peut tirer j)ai li pour leur guérison.
Quelquefois, les phénomènes subconscients qui se joignent aux pensées conscientes sont plus complexes : si je mets un crayon dans la main anesthésique de Marguerite, elle écrit le mot auquel elle pense. Cependant elle n'avait pas la pensée de l'écrire, il va ici plus qu'une exécution, il y a un développement de sa pensée consciente. C'est une véritable colhiboialion des deux groupes de pensées (|ui sont séparés au point de vue de la perception personnelle, mais qui sont encore très étroitement associés.
La dépendance de ces deux groupes de phénomènes peut être inverse et produire des effets plus curieux encore et plus graves. Les phénomènes subconscients qui se développent à l'insu du sujet, peuvent amener de temps en temps certains faits psychologiques qui, eux, seront perçus par le sujet et feront irruption dans sa conscience.
Ce phénomène peut se produire d'abord d'une façon bien simple, le sujet voit ses propres mouvements automatiques, il lit sa propre écriture subconsciente et ainsi il prend connaissance d'un fait dont l'origine est en dehors de sa conscience. « Les résultats de l'acte ou tout simplement les mouvements des mem-
bres ont été vus par le sujet. Il n'a pas senli l'acte en lui-même, car, encore inainlenaiit, il ne sait de quoi il s'aj^il, mais il en a aperçu les manileslations extérieures comme il aurait fait pour l'acte d'une personne «'tran^èie. 11 a accepté alors cet acte ou bien il l'a supprimé jtar une résistance éner<^iqu('. Il en est ainsi dans bien des suggestions exécutées soi-disant avec conscience : le sujet continue avec Ixjune volonté un acte (ju il na pas c<»mmencé lui-même, il en prend même la responsabilité et il invente des raisons pour l'explitjuer ; mais l'acte n'en était pas moins un phénomène subconscient soumis aux lois de la désagrégation psychologique'. »
L'acte subconscient peut influer sur la conscience avant même son exécution, il peut provoquer des impulsions vagues que le malade appelle des « envies » et dont il ne comprend pas l'origine. Lucie, à qui j'ai donné une suggestion qu'elle ignore, s'arrête en disant: « C'est drôle comme j'ai envie de faire cela et c'est pourtant si bête-. «Ces sujets sentent un acte qui s'ébauche et ils l'interprètent comme un sentiment vague de désir.
Faisons encore un pas de plus, les idées subconscientes, avant toute manifestation, peuvent provoquer par association des images, de véritables hallucinations qui envahiront subitement la conscience. « Pendant que Léonie ne m'écoute [)as, je lui dis tout bas que la personne à qui elle parle a une redingote du plus beau vert. Léonie semble n'avoir rien entendu et cause encore avec cette personne, pois elle s'interrompt et éclate de rire : «Oh! mon Dieu, comment vous êtes-vous habillé ainsi, et dire que je « ne m en étais pas encore aperçue. » Je lui dis de même tout bas qu'elle a un bonbon dans la bouche ; elle semble bien n'avoir rien entendu et, si je l'interroge, elle ne sait ce ((ue j'ai dit, mais la voici cependant qui fait des grimaces et qui s'écrie : « Ah ! qui <i est-ce qui m'a donc mis cela dans la bouche ? » Le commandement n'est pas entendu par le sujet, l'origine de l'hallucination est inconsciente, mais l'hallucination elle-même est consciente et entre tout d'un coup dans l'esprit du sujet '. »
On a déjà vu, en étudiant l'anesthésie, bien des faits de ce ... , *
«;enre ; j'ai suggéré à Berthe (ju'elle veri-a un papillon (|uand je
I. Autdiiiallsinc i/sycholoijiijuc. p. 'i3.'i. a. Aiitomatkmc pitycholoijique . p. ^27.