I. Jiiinl. Revue [jliUusufjhi'jiii-. i^-^y, I
■i. X., Récent expcrimonts in crystal-vision. ProceeiVuvjs of Ihe. sociely Jor psychical reaearcli, i8hSg, p. 5o8.
.3. L. Laurent, Des états seconds, uariulions pal.lioloijiijiies du cliamii de la conscience, i8ga, p. iS.'j.
On \()it par CCS icsumcs rnpiilcs (jucl rôle iiiiportnnt peuvent jouer tl:ins 1 esprit ces plit-iminènes subeouscients ; ils ne se bornent p;is à enlever nne partie des forces du sujet, ii produire des aneslh«''sies et des amnésies considérables ; ils viennent à chaipie inslîiiit se mêler aux phciioiiictics l'cstés conscients. « Il sendilc, comme disait M. Mvers à propos île certains pliéiuimènes d'écriture automati(|ue, qu'il y ait sans cesse des messafi;es d'une couche de la conscience à l'autre'. » Ces messages peuvent être (|ueIf|uefois utiles, et cette collaboration continuelle du conscient et du subconscient permet ii rhystéri(|ue de vivre et d'agir sans tr<»p soudrir de ses anesthésies, de ses amnésies, de toutes les lacunes de sa pensée. Majs, souvent aussi, ces pluMiomi'mes inconnus ([ui envahissent la conscience peuvent v porter le trouble et produire les obsessions les plus graves.
Tous les phénomènes si nombreux que nous avons passés en revue dans ce chapitre s'expliquent par une notion fondamentale : le développement de certains phénomènes psychologiques en dehors de la perception personnelle, en dehors de la personnalité. C'était précisément à cette même notion (jue nous avait conduit l'étude des suggestions directes anaivsées dans le paragraphe précédent. Soit qu elle interrompe le cours de la conscience, soit (]u l'Ile se développe ii côté et en dehors de la conscience personnelle, la suggestion a toujours le même caractère.
Un mot peut donc résumer ces deux études : la suggestion est toujours une idée isolée de la grande masse des autres pensées, elle a un développement indcpendant. « L'idée ou le groupe d'idées suggérées, disait très bien M. Charcot, se trouvent dans leur isolement à l'abri du contrôle de cette grande collection d'idées personnelles, depuis longtemps accumulées et organisées. qui constituent la conscience proprement dite, le moi. » « Chez certains sujets, il est possible de faire naître par voie de suggestion, d'intimation, un groupe cohérent d'idées associées qui s'installent dans l'esprit à la manière d'un parasite, restent isolées de tout le reste et peuvent se traduire à l'extérieur par des phénomènes moteurs correspondants -. » Nous demandons la permission de conserver cette métaphore saisissante : les suggestions, avec
1. Mvers, Prncrrdinrjs nf Oie Society for psyrliical research, i88(), p. 52^. ■>.. Charcot. MaLjdics ilii syslrine H'-rveuT. III. pp. 331'), SS^.
^10 ACCinEMS MKNTALX DIÎS HYSTÉRIQUES
leur clévolopponient autoinatiqiu* et Indépendant, sont de véritables païasites dans la pensée.
vj '\. — Les conditions de la sigoestion.
Si la suo-(Tcstion est définie de la manière que nous avons proposée, elle n'est plus un phénomène banal et constant, elle ne se présente (jue dans certains cas et sous certaines conditions qu'il est nécessaire de déterminer. T. a sug-frestion nous a paru présenter deux grands caractères : i" elle est un développement complet ; 2° elle est un développement indépendant de certaines idées. L'un et l'autre caractères exigent certaines conditions.
Il faut dabord, pour (ju'unc idée puisse se développer, que les innombrables images dont elle est composée puissent se réveiller et se disposer en série de la façon convenable. Ce n'est pas là une condition insignifiante, car elle n'est pas toujours réalisée. Certains esprits ne conservent plus les images des sensations et surtout ils ne gardent plus la systématisation de ces images, ils sont incapables de les évoquer et de les disposer en série : ils ne seront donc pas suggestibles. Le type de semblables individus sera tout d'abord le dément: il est bien clair que chez lui les images ne sont plus systématisées, et que, par conséquent, les idées ne peuvent plus être ni comprises, ni développées. Mais, sans arriver jusqu'à la démence, une quantité d'autres malades sont également incapables de grouper un si grand nombre de phénomènes psvchologiques autour d'un même centre, même quand il s'agit simplement de répéter un groupement ancien. Nous avons étudié à ce point de vue un certain nombre de délires, dans la fièvre typhoïde, dans la tuberculose avancée, dans la manie, etc. Nous avons surtout examiné ces petits états délirants qui surviennent au cours de l'hystérie, de la neurasthénie ou de la folie du doute. Les malades sont totalement impuissants à suivre pendant quelques instants la même idée ; ils pensent par images isolées ou se bornent à des associations très simples par consonance, par contiguïté entre quelques images très voisines. Les idées qui leur sont inspirées ne font naître que quelques Images verbales, (juehjues rêves, quelques mouvements en petit nombre, et c'est tout. L'incohérence se rétablit immédiate-
nient, (^ue lOii coinparo un scmidabic état d'esprit avec celui d'une hvstéiique qui, pendant une demi-heure, développera le même rêve, et autour d'une même pensée, celle « d'un voyage dans la lune », accumulera des milliers et des milliers d'images, qui sera capable de conserver une idée suggérée pendant des mois entiers, et on verra (jue les aliénés ne sont pas tous suggestibles autant (ju'on la prétendu.
Le même fait peut encoie mieux se vérifier si Ion considère les états d'esprits intermédiaires. Certains hystériques sont peu suggestibles, parce qu'ils sont troj) malades, et parce que leur pensée ne peut pas conserver longtemps la même orientation, fût-elle tout à fait automatique. A certaines malades comme Rose, Marie ou Marguerite, je puis donner une suggestion ((ui s'exécutera seulement dans trois mois ; le souvenir sera conservé a leur insu et l'acte réalisé. Cette expérience est absolument impossible avec Berthe ; elle développe admirablement des suggestions très simples et momentanées, mais elle est incapable de donner aune idée un développement si prolongé et si considérable. Dans une heure, une attacjue, où même la moindre émotion va tout bouleverser, tout « démolir », comme elle dit, et les suggestions que je lui aurais faites auront absolument disparu. On a beaucoup espéré de la thérapeuti(|uc de l'aliénation par la suggestion ; je crains que ce procédé ne puisse s'appliquer qu'à des cas très spéciaux. La suggestion demande pour se développer un esprit relativement sain : c'est une idée déjà exprimée par M. Bernheim', et je suis heureux de me trouver d'accord avec lui. La première condition de la suggestion est une certaine force d'esprit, et certains malades ne sont pas suggestibles parce qu'ils sont pour ainsi dire au-dessous de la suggestion, comme certains malades infectés sont incapables de faire de la fièvre.
Mais faut-il immédiatement passer à l'autre opinion extrême et soutenir que la suggestibilité est compatible avec une santé normale de l'esprit, et qu'elle se rencontre continuellement chez les personnes les plus saines? C'est une opinion (jui nous paraît également inacceptable. Malgré les affirmations de certains auteurs, je dois avouer que je n'ai pas réussi à provo(|uer des suggestions chez des personnes moralement bien portantes. 11 est inutile de discuter à lintini sur le sens du mot « santé » et de pré-