‹ L'Etat moderne et l'église catholique en AllemagneChapitre 2 sur 23 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le 8 juillet 1870 les Pères du Concile, réunis pour la dernière fois dans la nef de Saint-Pierre, recevaient la bénédiction du souverain pontife après avoir proclamé son infaillibilité, jeté un audacieux déli aux peuples, aux princes. Non point, comme on Fa souvent affirmé que, par ce dogme, l'Église romaine rompît brusquement avec ses traditions et s'engageât dans des voies entièrement nouvelles: elle ne faisait, au contraire, que tirer des Encycliques de Grégoire XVI et et de Pie IX leurs plus extrêmes conséquences, mettre le couronnement à un édifice séculaire ; mais elle n'avait jamais encore formulé ses prétentions dans un aussi impérieux langage, jamais encore elle n'avait

témoigné avec une aussi brutale franchise de son dé-

daiii pour les lois, les idées luodeiues. Les cliiiijitres III et IV de la Bulle Pastor œternus qui traitent des rapports du pape avec les évêques, du clergé avec \v pouvoir civil ne semblent point avoir été écrits par un canoniste du XIX'"" siècle, mais par un contemporain de Grégoire VII ou d'Innocent l\.

Les jésuites de la Civiltà (Uitltolka, instigateurs de ce manifeste, avaient compté pour sou acceptation sur la faiblesse, l'indifférence générales, et s'étaient flattés de remporter un aussi facile triom])lie que lor> de l'Immaculée Conception ou du Syllabus; mais avant même qu'il eût été officiellement i)romulgué, il avait soulevé de gi'aves objections de la i)art des théologiens les plus éminents et donné le signal d'une scission redoutable. L'infaillibilité de Pie IX ne rencontra en aucun pays une opposition aussi vive, aussi persistante qu'en Allemagne, où le vieil antagonisme contre l'esprit latin s'était maintenu dans toute sa force, oii protestants et catholiques libéraux étaient unis par une haine commune contre le « })rétre d'au delà le> monts. »

Du jour où le pape, par un décret solennel, se fut mis au-dessus de tous les traités et de toutes les lois, que les fidèles furent tenus, sous peine d'aiiatiu'nK'. d'obéir aveuglément à ses ordres, à quelque sphère qu'ils appartinssent, tous les véritables patriotes oublièrent leurs ditt'éreuds confessionnels i»onr défeiidri

leurs droits iiicuacôs et protéger riiuité !neriniiiii(iiu' renaissante. Des honuiies d'ï^tat qui n'avaicnit attaclié jusqu'alors qu'une nu''dioere importance aux controverses théologiques, (pii avaient même montré vis-àvis de rUltramontanisme unv faiblesse regrettable, résistèrent désormais à ses empiétements avec toutes les armes que leur fournissaient les chartes nationales, et déployèrent dans la lutte une constance, uni' fermeté inespérées. Des publicistes qui n'avaient pas reculé devant l'apologie du Concoi'dat autrichien ' et s'étaient fait remar(|uer en toute circonstance par leur haine instinctive de l'hérésie, ne purent demeurer les muets témoins des falsifications suscitées par le nouveau dogme et ai)portèrent à la cause libérale le concours de leur honorabilité, de leurs lumières. Il se trouva même dans le bas clergé quelques prêtres assez courageux pour protester hautement contre d'insupportables abus et braver l'excommunication épiscopale \ Comme au temjjs de Luther, la question

' Entre autres, lo i)liis illustre juriseonsulte iln vieux-catlmlicisnie, le jirésiilent de tous ses congrès annuels, le ])'' I-'rédéric de Schulte, autrefois ])rotesseur de droit eeelésiasti(iue à rUiiiversitc de Prague, titulaire depuis 1872 de la même chaire à [5onn, membre du Keichstas' et de la Cliamlire des députés prussiens pour le district de Duisliourg dans la province rhénane.

- Les curés Renftle de ^Icring. près (rAui;sliour,!>', et Tanyermann, d'Unna, dans la province rhénane, le (hapelain Woltmann. de l>rannslh'r,u. dans la Prusse (u'ientale.

religieuse prime aujourd'hui toutes les autres, et absorbe les forces spirituelles de tout un peuple.

Peut-être ne sera-t-il point inopportun, pour éclairer d'une pleine lumière d'aussi ti'agiques débats, de consulter les annales d'une précédente période, de soumettre à un impartial examen ces conventions qui scellèrent au commencement du siècle avec un aussi redoutable éclat la victoire de la Curie, ouvrirent pour les pays qui en furent les victimes, une ère de servitude intellectuelle, d'att'aissement moral. Le lecteur le plus hostile ne pourra se défendre d'une involontaire admiration pour cette diplomatie i-omaine, si féconde en ressources, si habile dans le choix de ses agents, si tenace dans la poursuite de son but. Il comprendra également, à la vue de tant de coupables ou maladroits compromis, le dégoût qu'inspirait aux Allemands la politique de leurs petits princes, leur enthousiasme pour les énergiques procédés de ^I. de Bismarck.

première: partie

LA BAVIKRK

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