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CHAPITRE I

Le Concordat de 1817. — Maximilien Joseph et le Comte de Montgelas.

Le cardinal Consalvi entreprenait une œuvre des plus difficiles lorsqu'il se rendait, en 1814, au Congrès de Vienne, pour défendre les intérêts du saintsiège et renouer sur de nouvelles bases ses relations avec les autres puissances. Plus qu'aucune autre l'Église germanique avait été la victime des bouleversements territoriaux amenés par les défaites de l'Au- * triche, la réalisation des principes de 1789. Les sécularisations dont elle avait été plusieurs fois menacée, pendant le cours du XVIII'"" siècle, s'étaient accomplies sur une étendue que n'auraient jamais espérée ses plus implacables adversaires. Les principautés ecclésiastiques avaient été totalement supprimées. 1719 milles carrés de territoire, plus de 5 millions d'habitants assignés à des souverains laïques, le pro-

tecteur naturel de rancien oidre de choses, reiii})ereur d'Alleiuagiie, contraint de signer sa propre déchéance. Une Église nationale, inspirée des maximes gallicanes, et susceptible d'une graduelle transformation, s'organisait sous la présidence du premier prélat du pays, Mgr de Dalberg ' ; tous les efforts des nonces Severoli et délia Genga pour prévenir un aussi funeste événement étaient demeurés stériles. « De nombreuses Églises, autrefois comblées de richesses et d'honneurs, ont perdu tout ensemble leur éclat et leurs biens, » s'écriait le pape dans son allocution du 15 novembre 1817. «Elles manquent presque toutes de prêtres, leurs serviteurs et gardiens légitimes. Le pouvoir spirituel est captif, la discipline anéantie, les monastères les plus populeux changés en déserts. »

La verge d'Aaron refleurit ; la torche déjà éteinte jeta d'ardentes flammes. 11 ne s'agissait point, en effet, pour l'ambassadeur de Pie VII de réparer les brèches d'un édifice chancelant, mais d'en faire sorti)un nouveau du chaos. Il exploita avec une si perfide habileté les terreurs des hommes d'État réactionnaires qui disposaient alors des destinées de l'flurope, déploya pendant le cours des négociations un tact si parfait, une souplesse si merveilleuse, qu'il lui suffit de trois mois pour ruiner les projets des catholiques

' Voir la note 1 à la fin du voluiiiP.

Libéraux, signer (ravantafi'ciisos conventions avec leurs ilitt'érents souvei'ains.

Le i)a])e répondit aux avances du Congrès en digne successeur d'Hildebrandt. Atin de témoigner liautenient de son aversion pour le régime constitutioiniel, d oter à ses sujets tout espoir de réforme, il annula, par un bref solennel, toutes les lois rendues dans les Ktats romains sous la domination française, et réintégra par la bulle « Sollicitudo omnium ecclesiarum » Tordre des Jésuites dans ses précédents privilèges. Atin d'établir en même temps que le saint-siége n'était i)oint tenu au respect des traités et ne renonçait jamais à la revendication de ses droits, il protesta i iintre Taliénation du comtat Venaissin au moment où lui étaient rendues ses provinces italiennes, et lança l'anathème contre les princes allemands qui s'étaient partagé les dépouilles de l'Église.

Il aurait semblé, au premier abord, que, parmi ces derniers, le roi de Bavière dût entretenir avec le Vatican les plus cordiales relations. Son peuple avait reçu du catholicisme une ineffaçable empreinte et s"était signalé dans tous les mouvements religieux par son âpre fanatisme. Chez aucun autre les couvents n'étaient aussi prospères, et le clergé n'exerçait, pour l'instruction publique, une influence aussi considérable; chez aucun autre, non plus, les mœurs n'étaient aussi rudes, les superstitions aussi grossiè-

res. Eu même temps que l'hérésie, avaieut été extirpées toute culture, toute vie spirituelle.

Mieux que les plus longs développements , un simple épisode montrera la barbarie dans laquelle était retombée la nation sous la tutelle des Révérends Pères. L'Électeur Maximilien avait, par son opiniâtreté, pendant la guerre de Trente ans, amené sur la Bavière l'invasion suédoise, le démembrement, la ruine. Loin de lui reprocher sa funeste politique, son biographe, le jésuite Adelzreiter, le félicite du zèle avec lequel il a servi la cause de l'Église ; quant aux souffrances de ses sujets, elles furent plus que compensées par les bénédictions que leur assura le règne d'un aussi pieux monarque. Pillée, incendiée, condamnée à l'impuissance, la Bavière n'en fut pas moins mise en possession des ossements des médecins et martyrs, Damien et Cosmas, qui étaient exposés ^dans une chapelle de Brème aux sarcasmes des infidèles, et que le duc, averti par une vision céleste, acquit contre une forte somme d'argent pour le trésor de sa cathédrale.

La Vierge a coutume de châtier ceux qu'elle aime. L'Autriche, après le Concordat du 18 août 1855, avait été placée par le jeune empereur François- Joseph sous sa protection spéciale. Solferino et Sadowa, la perte de la Yénétie et l'exclusion des Habsbourg de la Confédération germanique, voilà, pour ne

iiieiitiouiier (jik' les plus insignes, (inehiues-uns des témoignages de sa bienveillance.

Par une singulière anomalie, ceux des princes bavarois (pii se montrèrent le plus hostiles au luthéranisme et soutinrent le })lus énergiquenient la politique poiititicale, furent aussi ceux (pii combattirent le plus opiniâtrement les usurpations de Tépiscopat et maintinrent leurs droits suzerains avec la plus jalouse sollicitude. Le duc Guillaume IV (1515-1550), qui fut au XV!'"" siècle un des plus actifs promoteurs de la politique espagnole et introduisit en 1541 les jésuites dans ses États, entreprit, contre son propre clergé, les réformes pour lesquelles il avait en vain réclamé son concours, et le soumit, sauf pour les actes purement religieux, à la juridiction laïque'. Son petit-fils Guillaume Y (1579-1596), dont la dévotion n'était pas moins fervente, et qui abdiqua pour se retirer dans un monastère, maintint avec une égale fermeté le placet ducal et imposa, à ses chapitres diocésains, dans les articles organiques de 1583, des conditions shigulièrement rigoureuses. Maximilien P'' (1596-1651), qui fonda aux débuts de la guerre de Trente ans la ligue catholique, et resta pendant toute sa durée l'un de

' Le (lue institua entre autres des conuiiissaires jionr l'exercice des droits de patronage, la nomination aux bénéfices vacants, l'inspection régulière des cloîtres, la révision des sentences rendues par les triiiunaux ecclésiastiijues.

ses cliets les i)iiis iiiriiieiits, exif^ea de ses })rêtres, comme de ses soldats, une obéissance absolue et brisa l(uir mauvais vouloir par l'exil, la Cimfiscation de leurs revenus.

Celui de tous les UKmarques bavarois (jui se consacra avec le i)lus de zèle au relèvement spirituel, à la prospérité intérieure de son peuple, ^laximilien-Josepli (1745-1777), sMnspira dans ses réformes des idées pliilosoplii(pies de son siècle et procéda à la suppression des abus avec une logique intlexible. Le ConseihrÉtat fut, en 17()8, reconstitué sur des bases nouvelles, les membres d'ordres religieux étrangers au pays exclus de l'enseignement, la législation matrimoniale formellement réservée à l'autorité civile, les arrêts épiscopaux soumis à une minutieuse censure, la correspondance avec Uonu' interdite sous les peines les plus sévères. On croirait, en parcourant les nombreuses ordonnances de Lori, de Krettmayer, de Pierre d'Osterwald et d'autres canonistes de la même école, lire le recueil des édits de Joseph II, dictés (pi'ils sont les uns et les autres par un froid utilitarisme, une haine systématique de l'Église, ("es dispositions demeurèrent en pleine vigueur jusqu'à la chute de l'Empire germanique. Si dévoué aux jésuites que fut le successeur de Maximilien-Joseph, Charles- Théodore (1777-179!)), il ne se permit d'y apporter (pie d'insignifiantes modifications.

Le protectoiat de la France n'était point fait \Hn\v rendre au clergé son ancien crédit. La Bavière fut di' tous les États de rAlleniagne celui pour lequel il fut le plus avantageux, qui obtint, par les sécularisations ecclésiastiques, les accroissements de territoire les [)lus considérables '. Maximilien P'' suivit à l'égard de la curie romaine la politique traditionnelle de la maison de Wittelsbach ' et se conforma de bonne grâce aux ordres de Napoléon pendant la lutte du nouvel Empire avec le sacerdoce. C'était un prince tolérant, éclairé, qui accorda aux protestants le plein exercice de leur culte, rendit une réelle vie aux Universités de Wurtzbourg, de Landsliut % d'Erlangen. Par lui Frédéric Thierscli, Sclielling, Jacobi furent appelés au grand scandale du clergé pour faire de Munich un foyer de culture, unir les jeunes générations à la vie intellectuelle de l'Allemagne par de robustes liens. Son premier ministre, le comte de Montgelas', qui avait été, comme lui, formé à l'école des hommes d'État philosophes du XVIir"" siècle, s'efforça, par des mesures dictatoriales, de lancer la Bavière dans les voies du progrès. Les biens de main-morte furent confisqués au profit du trésor royal, les processions et les pèlerinages interdits, les couvents supprimés

' Voir les notes II, III et IV ;i la tin du volume. - L'Université île Landsliut fut, en 182G, transférée à ^lunich par l'ordre du roi Louis.

comme daiigereiix , renseignement en majeuie partie confié aux laïques, Tautorité épiscopale renfermée dans d'étroites limites, les ouvertures du nonce délia (lenga, pour arriver à un compromis, dédaigneusement repoussées.

Une extrême attention était apportée dans la nomination aux évêchés vacants. M. de Montgelas s'appliquait à ne les confier qu'à des ])rêtres désagréables à la cour de Rome, avantageusement connus pour leur tolérance et leurs lumières. Parmi les élus se trouva le célèbre Michel Sailer ' : ses ouvrages de morale jouissaient depuis longtemps d'une légitime réputation; il fut élevé en 1829 au siège de Ratisbonne, malgré les sourdes menées des jésuites*. Toute condescendance envers le Yatican aurait paru au disciple du prince de Kaunitz, indigne de la majesté de l'État. En fait de concordats et de constitutions, il ne tenait pour valables que ceux octrovés aux peuples par le bon plaisir des princes.

Il ne suffit point du Congrès de Vienne pour changer la situation, (^)uoique l'Église catholique eût largement profité en Bavière de Tappui de la Sainte- Alliance, qu'elle y eût reconquis jusque dans les plus hautes régions un extrême ascendant, le roi était

' Voir la note V à la fin du voliinin. M. (1p Montgelas eut la ]>]i\s large i)art à cette nomination, quoiqn'à eette éiiocine il ne fut plus ministre.

décidé à ne lui faire le sacritice d'aucun i)rivilége et croyait opportun de ménager les provinces protestantes et libérales du Palatinat et de la Franconie. Aussi les négociations qui s'engagèrent à Rome le IG août 1816 entre l'évêque von Iheffelin et Mgr Mazio, furent-elles singulièrement épineuses et menacèrentelles plusieurs fois d'une brusque rupture. Le 7 septembre 1817, Maximilien-Josepli , fatigué de ces continuels délais, chargea un nouvel ambassadeur, le comte Xavier de Rechberg, d'un ultimatum qui repoussait les plus déraisonnables exigences de la curie et assignait aux débats une limite déterminée. Au dernier moment, Pie VII, dominé par le parti des Zelanti, refusa sa signature', sous le prétexte que la nouvelle Constitution bavaroise entravait les catholiques dans la* manifestation de leurs croyances, à dire vrai, parce qu'elle établissait une complète égalité entre les membres des diverses confessions chrétiennes.

Le Concordat , qui devait concilier des prétentions aussi divergentes, offre une hdèle image de leur an-

' La convention ne fut solennellement ijromulgiiée (|ue le 26 mai

^ 11 fut détinitivement reconnu par le pape, dans son allocution du 24 octobre 1817 et inséré dans la Constitution bavaroise, le 26 mai 1818, sous le nom d'Édit sur les rapi)orts juridiques extérieurs du Royaume avec la Religion et les Sociétés ecclésiastiques (Constitution- A])pendice II, titre IV, paragraphe 9).

tagoiiisiiit' et favorise les i){us daiig-ereuses éiiiiivoques. Comme son prédécesseur de l&Ol. (lui lui avait servi de modèle, il était accompagné d'articles orgaiiiquo destinés, dans l'intention de leurs auteurs, à maintenir la suprématie de l'foat, à restreindre l'étendue de ses concessions. D'autre part, les nombreux privilèges politiques conférés au clergé, l'autorité souveraine qui lui était rendue en matière d'instruction publique, témoignaient de la force du courant rétrograde, du réveil religieux <]ui s'était opéré dans toute l'Europe après la clmte de Napoléon. Froidement accueilli, lors de sa promulgation, \)ài' tous les partis, le Concordat de 1817 n'en a pas moins triomphé d'e toutes les attaques, soit des ultramontains, soit des progressistes: aujourd'hui encore il demeure la loi fondamentale du royaume. Par l'ambiguïté de sa rédaction comme par . la connivence de la plupart des ministres qui se sont succédé à Munich depuis M. de Montgelas, il a fourni au Vatican de faciles échappatoires et ne Ta jamais arrêté dans la réalisation de ses ambitieux projets. M. de Lutz n'a pas actuellement d'autre barrière à opposer aux évêques infaillibilistes, mais il le commente avec une subtilité trop consommée pour recourir jamais à des moyens plus eflicaces.

Les diplomates bavarois s'étaient, pendant toute la durée des tractations, montrés beaucoup plus soucieux de défendre les prérogatives de leur maître (pie

(le loiulci' iiiK' Mjiiisc natioiiiile, de coiicniirir à l'éinaiicipatioii iutoUectuclk! de leur patrie. Seules (inehiiiesimes (les plus iiétastes institutions du moyen âge ne furent |)oint remises en vigueur, malgn'' la demande expresse du \'atican. ou lindtées à la sphère purement religieuse, connue les brefs pontificaux ou la juridiction (''piscopale. Le placct et Vappcl comme d'ahiis {recul sus ab (ilnisa), ces deux armes favorites des gouvernements autocratiques, furent soigneusement conserv(^s et permirent aux monarques de la maison de Wittelsbacli ces immixtions dans le domaine spirituel dont ils s'étaient de tout temps montrés si avides.

Si ces princes servirent ])arfois la cause de la tolérance et des lumières en sanctionnant les mariages mixtes ou en protégeant les protestants contre le fanatisme clérical, ils se réndirent, dans de plus nombreuses occasions, coupables d'un puéril despotisme, eu réglant jusqu'à la couleur du vêtement des chanoines, en contestant sur des mandements du carême avec l'archevêque de Munich. Ils croyaient par ces décrets faire acte de libéralisme : (piel autre remède se pouvait-il imaginer contre l'accroissement des couvents, l'insubordination des évêques?

è Les ultramontains n'eurent garde, malgré leur apparent courroux, de laisser échapper des conditions aussi favorables. Leur plus redoutable adversaire. M. de Montgelas, venait d'être contraint de donner sa

(U'inissioii (181 7j, victime moins de ses excès de pouvoir que de sa vigoureuse politique contre le clergé. Le Concordat de 1817 marque de tout point un recul considérable; il ouvre la série de ces conventions avec le saint-siége, (lui ont eu pour l'Allemagne entière de si déplorables conséquences.

Dès ses premières lignes se révélait toute l'importance de la victoire remportée par la Curie. Ji'Kglise romaine qui, malgré les instances de Pie VII, n'avait pu être proclamée la seule légitime, était tout au moins reconnue « avec- les privilèges qui lui appartenaient scion le droit divin et les prescriptions canoniques '■> (article I"). Afin qu'il ne s'élevât aucun doute sur leur étendue, ils étaient successivement énumérés (articles 13 et suivants) en des termes qui r;ii)pellent ceux des Décrétales.

La réorganisation diocésaine, vainement demandée à la diète de Ilatisboinie par le nonce délia Genga, fut accomplie, sans résistance aucune, de la part de l'autorité civile. La Bavière se trouva désormais dotée de deux archevêchés et de six évêchés ' , chiffre excessif pour un pays de quatre milli-ons d'habitants, et qui grevait son budget de lourds subsides. Leurs titulaires siégèrent à la Chambre haute et jouirent

' Les archevêchés sont Bainberg et Munich-Freysiiig. Les évêchés, Ajigshourg, Passaii, KatislKiiine, "Wiirt/.boiirg, Eielistedt, Spire. La bulle de circonscription jioi'te jioiir date le l*'' avril 1818.

bientôt (Fuiio iiiHiiencc prépoïKlérante sur une assemblée encline par sa composition à un aveugle conservatisme.

Instruits par les rudes expériences de la période napoléonienne, les prélats exigèrent des sources fixes de revenus Y^o^ia fumUaque stabilia), déclarèrent la propriété de l'Église indivisible et inaliénable, obtinrent la faculté d'acquérir de nouvelles possessions sans avoir besoin du consentement de l'État. L'administration leur en fut exclusivement réservée. Il n'est , mille part question dans la loi de ces inspecteurs laïques, si énergiquement maintenus au XVII"" siècle par les plus dévots électeurs. Aussi les biens de mainmorte ne tardèi'ent-ils pas à s'accroître avec une effrayante rapidité. Les bénéfices dont disposa le clerg.é bavarois par di'oit de libre collation, comptèrent parmi les plus riches de l'Europe.

Le placet n'investit le gouvernement que d'une puissance illusoire, et n'empêcha les hauts dignitaires ecclésiastiques ni de correspondre avec la cour de Rome, ni de tenir le clergé inférieur sous leur absolue dépendance. Les évêques, en apparence choisis par le roi, étaient confirmés par le pape, qui n'agréa que des serviteurs dociles et détruisit aisément les derniers vestiges du joséphisme.

Les couvents, si maltraités sous le ministère de M. de Montgelas, eurent une nouvelle période de splen-

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ileiir. Sos successeurs ne se contentèrent pas de rétablir la plupart de ceux qu'il avait supprimés ; ils en fondèrent d'autres pour l'enseignement, l'aumône, le soin des malades. Il s'en trouva même quelques-uns designés par les noms signitîcatifs d'« emeritoria » , de « demeritoria, » qui servirent de prison aux prêtres passibles d'un châtiment, d'après les ordonnances du Concile de Trente, et dans lesquels la juridiction ecclésiastique, quoique formellement proscrite par le Concordat, ne cessa de s'exercer en de certaines limites.

Il suffira d'ailleurs, pour donner une juste idée de la nouvelle Convention, d'en reproduire textuellement le 12™'" article : « Le roi s'engage, en considération des avantages que l'Église et l'École ont retiré jusqu'à ce jour et continueront de retirer, à l'avenir, de l'érection de couvents, atiu de donner, en outre, un éclatant témoignage de son obéissance envers le saint-siége, à ce que de nouveaux établissements, aussi bien pour les moines que pour les nonnes, soient pourvus des subsides nécessaires, atin d'instruire la jeunesse dans la religion et les sciences profanes, de soulager le clergé séculier dans l'accomplissement de ses fonctions. » . •

Le domaine intellectuel était ainsi entièrement abandomié au clergé, qui s'empara de l'instruction publique et arrêta tout Whrv développement des es-

prits. Ses séminaires, dont il clioisissait seuil les professeurs, et ([ui étaient entièrement soustraits an contrôle (le l'État, formèrent une génération de prêtres ignorants et fanati(pies, aveugles exécuteurs des ordres du Watican, hostiles à la civilisation moderne, étrangers à toute idée de famille, de patrie. Les écoles et les gymnases furent, pour toutes les branches de l'enseignement, soumis de la part de l'Église à une surveillance rigoureuse. Dans les provinces les moins riches, telles que celles de Passau et de Ratisbonne. ses membres en eurent la direction exclusive, comme l'attesta une infériorité notoire sur tous les autres districts du royaume.

Les Universités elles-mêmes reçurent un cachet monastique : depuis 1820, il ne se rencontra à Landshut. à Wurtzbourg, aucun théologien d'une réelle valeui'. Le droit de censure fut entin rendu aux évêques. Sous le prétexte de défendre la foi, la moralité (fèdei cf mornm docirinœ. invigUare), ils en profitèrent pour étouffer toute discussion, bannir toute recherche scientifique. Aussi, n'est-il point surprenant que, sous un pareil régime, les connaissances les plus élémentaires n'aient pu se répandre au sein des masses, que naguères encore le prince Hohenlohe ait appelé la Bavière le patrimoine germanique de saint Pierre.

Après le ministère de M. de Montgelas, les édits de Krettmayer et de Pierre d'Osterwald, l'influence

exercée par le joséphisiiie sur deux géuérations, on est en droit de rechercher les causes d'un aussi déplorable recul. Qu'on se souvienne du vieux proverbe : « Quelque chose ne saurait sortir du néant. » Excellente pour renverser, la négation seule est incapable de rien produire. Les philosophes du XVIII"^ siècle, malgré la justesse de plusieurs de leurs vues, leur activité, leur éloquence, ne laissèrent de leur passage aucune trace durable, parce qu'ils ne songèrent qu'à rompre avec la tradition, à détruire les erreurs, à extirper les préjugés, au lieu de les remplacer par des croj^ances plus saines, des institutions mieux appropriées aux besoins des peuples. Aucune végétation ne germa sur les ruines qu'ils avaient faites. Lorsque, cinquante années plus tard, l'Église, favorisée par l'opinion, reprit le cours de ses conquêtes, elle ne trouva dans les esprits aucune conviction ferme, aucun rempart qui s'opposât à sa marche envahissante. La parabole de l'Évangile se vérifia avec une effrayante précision. L'humanité ne s'était affranchie du malin esprit qui la tourmentait que pour retomber sous le joug de sept autres plus vigoureux, plus cruels, plus tenaces.

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