CHAPITRE II
Louis I. — Maximilien II.
Une puissance qui ne varie jamais dans ses desseins supporte aisément une défaite passagère. La cour de Rome n'a jamais i-egardé une partie comme perdue, parce que, dans des circonstances difficiles, elle s'est résignée à des concessions temporaires. Elle sait, par une longue expérience, que les situations se modifient, que les hommes politiques disparaissent; grâce à sa persévérante habileté elle est toujours parvenue à son but. Le roi Max s'était tiatté, dans un premier moment dïvresse, d'avoir remporté une victoire signalée, parce qu'il avait maintenu, vis-à-vis de la Curie, son droit de placet, formé un épiscopat exclusivement bavarois, contourné avec succès deux écueils contraires mais qui lui paraissaient également redoutables : l'Église nationale allemande, la suzeraineté religieuse de l'Autriche. Son ambassadeur, le comte Rechberg, se vantait jusque dans les salons des monsignori, d'avoir subrepticement introduit dans le texte du Concordat les articles organiques. Consalvi n'eut garde de troubler leur joie naïve ; il lui suffit
(ruii mot i)()iir apaiser les scrupules de Pie VII. imposer silence aux Zclani'i. « Ncms tenons le principe, » leur (lit-il, avec son fin sourire, «laissez-le porter en paix tous ses fruits. »
La Bavière, malgré toutes les réserves de ses plénipotentiaires, n'en était pas moins liée au saint-siége par un pacte indissoluble. Les funestes ccmséquences n'en furent pas très-sensibles sous le règne d'un prince aussi éclairé, aussi tolérant que ]\Iaximilien-Josepli : elles ne se révélèrent dans toute leur plénitude (lue depuis l'avènement de son successeur.
Le roi ].ouis (13 octobre 1825 — 20 mars 1848) avait depuis ses pèlerinages en Italie conservé un trop vif souvenir des splendeui's du catholicisme pour ne pas en favoriser la domination, ne pas se constituer en Allemagne son ardent défenseur. Comme pour tous les adeptes de l'école romantique, son idéal était le moyen âge, son but une factice restauration du passé, ses maîtres favoris les coryphées d'une archaïque dévotion : Hess, Schraudolph, Cornélius. Overbeck. Munich, malgré la profusion de ses monuments, ne devint pas sous son règne l'Athènes du Nord, mais la capitale de l'ultramontanisme.
Louis I", lorsqu'il n'était encore que prince de Bavière, avait, à l'exemple de son énmle et beau-frère Frédéric-Guillaume IV, prodigué aux partisans des idées nouvelles les témoignages de sa sympathie. Ses
inclinations libérales ne siirvéciii ent pas aux mouvements de 1830. A peine avaient-ils éclaté que le roi se rejetait brusquement en arrière et concluait une étroite alliance avec une Église qui se vantait (Fincuhiuer aux i)euples une obéissance aveugle envers leurs souverains légitimes. Les malédictions, la révolte de ses sujets mirent une tin violente à un règne (pii avait connnencé sous les plus brillants auspices, au milieu de l'allégresse générale.
Dans sa politicpie extérieure, le nouveau roi rechercha la laveur de TAutriche, et se montra Tun des membres les plus fougueux de la Sainte-Alliance ; à l'intérieur il se comporta en voluptueux despote et ruina le pays pour satisfaire ses caprices. Les ministres furent nommés et congédiés selon son bon plaisir, la seconde Chambre dissoute à la moindre velléité de résistance, la constitution violée sous les plits futiles prétextes. La Chambre haute approuvait les folles dépenses du souverain et repoussait systématiquement toute demande de réforme. La (]our suprême avait, par Tiniquité de ses arrêts, mérité le surnom de sanglante. Toute vie était suspendue, la presse indépendante réduite au mutisme, les membres les plus courageux de l'opposition forcés à l'exil ou condamnés sans procédure régulière à plusieurs années de forteresse ' . Les débats théologiques auraient été
' Voir la notn VI à la lîii du voliniip.
insolites dans un pays dont les représentants ne pouvaient sans danger critiquer la gestion. Les dogmes n'avaient pas un moindre droit que les chapitres du budget à la protection gouvernementale.
Le roi était si jaloux de son pouvoir qu'il ne ménageait pas même le clergé et ne se faisait aucun scrupule, soit d'interdire la publication de l'Encyclique « Sunima Jugiter,» soit de blâmer l'évêque d'Augsbourg pour une excomnumication illégale (24 octobre 1834). Ils avaient cependant trop d'intérêts communs pour que leurs griefs fussent jamais de longue durée. Un autocrate ne peut se passer de l'appui de l'Église . et celle-ci use toujours d'une extrême indulgence pour les princes qui entravent la libre pensée et rachètent par d'abondantes largesses leurs passagères infidélités.
Depuis les mouvements insurrectionnels de 1830, les ultramontains demeurèrent les maîtres incontestés de la situation. Leurs plus brillants écrivains, leurs plus doctes jurisconsultes Arndts et Philipps. Gôrrès et Windischmann dirigèrent l'opinion et remplirent les chaires de l'Université de Munich. De la ville même d'où aurait dû jaillir la lumière, se répandirent sur tout le pays les superstitions, les ténèbres.
L'organe officiel du parti, les Feuilles historicopolitiques. » fut créé en ces sombres jours (1838).
sur riuvitatiou directe du monarciue. Destinées, d'après leur progrannne, à se mouvoir dans le domaine de la science pure, elles n'en abordèrent pas moins les plus brûlants problèmes et imjjosèrent à tous les fidèles leur solution sous menace d'anatliènie. L'exaltation du moyen âge, le dénigrement de la Pi'usse et du protestantisme fournirent à leurs so})liismes,àleur verve injurieuse un thème inépuisable. L'étude de l'histoire ne peut, en effet, être entrei)rise avec de loyales intentions par les adeptes de Rome. C'est pour mieux l'anéantir qu'ils lui adressent leurs liommages mensongers, qu'ils la couvrent de leurs perfides embrassements. Plus encore que l'ensemble des articles publiés dans leurs colonnes, le nom des rédacteurs des Feuilles Jiistorko-polïtuiues décèle l'esprit qui les inspira. Le premier en date fut Joseph de G(')rrès; aujourd'hui sous la direction du D' Jorg. elles n'ont point démérité de leur illustre fondateur.
Bientôt la camarilla rétrograde ne supporta plus aucun obstacle. Le premier ministre, le prince Œttingen-Wallerstein ', qui, tout en servant leurs pro- , jets, apportait dans leur réalisation une prudente habileté, fit place, en 1837, à un agent plus docile, le baron d'Abel ' . Une autorité infaillible présida à tous les actes de l'administration en la personne du cardinal-archevêque de Munich, Mgr de Reisach.
' Voir les notes VII et VIII à la fin du vcilume.
Lii I^avière offrit pendant cette jx'n-iode le parfait modèle d'nn État théocratique : les couvents se multil)lièrent dans une redoutable proportion (il s'en bâtit (juarante-deux dans la seule année 1831), le calendrier s'enrichit de nouvelles fêtes, les cérémonies sacrées et les distributions d'indulgences s'accomplirent avec le concours empressé de la Couronne, les protestants furent, au mépris de la ("onstitution, en butte à de perpétuelles tracasseries.
Quelques exemples, choisis entre beaucoup d'autres, témoigneront du fanatisme qui régnait dans les régions officielles. En 1830, un édit du ministre de la justice (iéclara non valables les baptêmes d'enfants catholiques dont les parrains seraient entachés d'hérésie, puisqu'ils ne pourraient leur enseigner la vraie doctrine. En 1837, les jésuites furent rappelés par le baron d'Abel et fondèrent, à Altœtting ' , un séminaire où furent, désormais, élevés la plupart des ecclésiastiques bavarois. Cette dernière permission, il est vrai, avait dû être arrachée au monarque, de haute lutte, au mépris de ses secrètes inclinations. Si dévot qu'il fût, le roi Louis avait toujours refusé
^ Petite ville de la Haute-Bavière, célèbre par la richesse de son église et les tombeaux des anciens ducs. Les jésuites durent prendre le nom de Pères ligoriens ; il leur fut interdit de se tixer dans la capitale, afin de ne pas braver trop ouvertement l'opinion publique.
(le i)reiHlr(! un (lisc ii)le de J.oyola pour confesseur, et nouri'issait, à ré}>'ar(l de l'ambitieuse société, d'incurables défiances. « Autant vaudrait m'entourer d'une sarde prétorienne, » avait-il coutume de répondre à leurs nobles patrons. « Les Révérends Pères ont tous les défauts de la soldatesque des Césars. Ils sont éjïoïstes, ne se préoccupent que de leurs intérêts particuliers, poursuivent l'exécution de leurs desseins avec une ténacité inflexible. »
De tous ces arrêts le plus vexatoire, celui qui souleva les plus légitimes murmures, fut relatif à l'adol'ation de l'hostie. En 1838, il i)rit fantaisie au ministre de la guerre de remettre en vigueur une ordonnance du XVII'"'' siècle, dejniis longtemps tombée en désuétude, de contraindre les soldats réformés à s'agenouiller devant le saint sacrement. Ce barbare caprice reçut l'agrément du roi qui y persévéra pendant sept années, jusqu'au 12 décembre 1845, en dépit des instantes réclamations des Consistoires de Munich et de Baireuth, des votes hostiles de la seconde Chambre. Le clergé ranima avec un zèle si perlide les haines confessionnelles qu'elles égarèrent jusqu'aux meilleurs esprits, et que M. de Dfillinger intervint dans les débats par un pami)hlet des plus amers.
Il fallut le courroux d'une danseuse pour renverser des ministres dont tous les patriotes éclairés avaient
iiîiitileiiient (lenuuuk' le renvoi, qui entraiiiaieiit la Bavière à sa ruine. iNIaladroits courtisans, ils tombèrent en disf2,ràce i)Our avoir refusé une dotation, un titre de comtesse à Lola Montés.
Les émeutes de 1848, mirent fin à ce détestable régime. Le l'oi Louis, qui persistait à ne pas s'incliner devant le verdict national, et ne pouvait «s'accommodcr d'une ère nouvelle » (ce sont les propres expressions dont il se servit dans le mémoire où il expose les motifs de sa résolution), quitta subitement Munich après avoir abdiqué en faveur de son fils Maximilien.
A un despotisme effréné succéda une politique de temporisation qui, sans rompre violemment avec le passé, remédia aux plus graves abus. Les articles organiques du Concordat furent remis en vigueur, la puissance du clergé ramenée à de plus équitables limites. Tenus au respect de la Constitution, les évèr ques ne décidèrent plus en dernier ressort de toute mesure importante. Les reclieiches scientifiques, désormais affranchies de fastidieuses entraves, prirent un brillant essor. L'Université de Munich, où avaient été appelés BluntschH, Cliesebrecht, Moritz Carrière, Henri de Sybel, devint, pour TAUemagne entière, un phare dont l'éclat ne fut plus obscurci })a]- aucune vapeur cléricale. Les jésuites, s"il faut en croire un adversaire bien renseigné. j\L de DoUinger. perdirent
l'Oiisidérnblouioiit de leur crédit ; depuis la chute de M. d'Abel, ils n'auraient plus même été tolérés sous leur véritable nom.
La cour de Rome, quoicpiMl ne fût procédé contre elle à aucun acte hostile, ne dissimulait pas son irritation. La crainte de nouveau.x bouleversements avait, depuis 1848, opéré entre tous les intérêts conservateurs une si étroite alliance, les monarques protestants s'étaient, par amour du repos, résignés à de si exorbitantes concessions en faveur du saintsiége, que tout retour à la légalité, en pays catholique, semblait à ce dernier insupportable, qu'il s'insurgeait contre un Concordat ardemment désiré par lui trente années auparavant.
Maximilien IL lui-même, exerça par son impartialité et ses lumières l'influence la plus heureuse. Plus sérieux que son père dans ses goûts, plus constant dans ses projets, plus modéré dans ses appréciations, il voulut sincèrement le bonheur de ses sujets et s'inspira pour toute sa conduite d"une parole qu'il avait prononcée dans une heure de crise : « Je veux conserver la paix avec mon peuple.» Il s'efforça, pendant tout son règne, avec plus d'honnêteté que de succès, de concilier deux principes contradictoires. De même qu'il se flattait de remplir ses devoirs de monarque constitutionnel, tout en usant de ses prérogatives de Wittelsbach. il aurait voulu demeurer en
bonne intelligence avec Rome, tout en combattant les prétentions ultramontaines. Son conseiller favori en matière ecclésiastique était le chanoine de Diillinger, son idéal, la résurrection d'une Église nationale aussi instruite, aussi tolérante que celle du XYIII"" siècle.
Quelle netteté de plan, quelle hardiesse d'exécution n'aurait-il pas fallu pour mener à bien une aussi difticile entreprise? Maxirailien, malgré la rectitude naturelle de son jugement, se laissait trop souvent égarer par sa foi implicite en des théories pi'éconçues. Disciple enthousiaste de Schelling, il prétendait disposer des réalités avec la même aisance que sou maître des abstractions pures. « L'Église libre dans l'État libre, » cette creuse formule qui séduisit tant de nobles esprits avant même que Cavour l'éclairùt d"un rayon de son génie, le fascina pour le malheur de son peuple.
La Cour de Rome n'eut garde de le troubler dans ses rêves, quoique indépendance spirituelle demeurât pour elle synonyme de domination absolue. Les rusés diplomates qui président à ses résolutions savent, par expérience, que la partie n'est jamais pour eux plu> belle qu avec des antagonistes libéraux en principe, mais imbus de préjugés doctrinaires.
La sollicitude de Maximilien ne s'étendit jamais au delà des régions supérieures de la science. Dan^
le vaste cliauii) de l\'nseif>neiueiit primaire et secondaire il ne combattit aucun abus, n'opposa aux usurpations du clergé aucune barrière. Tout au plus, en de rares occasions, eut-il le courage de le rappeler au respect de la loi, en 1864, par exemple, lorsque l'évêque de Spire, de son autorité privée, créa un séminaire théologique pour les prêtres de son diocèse. Les autres prescriptions dé la Charte restèrent ii l'état de lettre morte. Aucun contrôle ne fut exercé, comme en Wurtemberg, sur les établissements où s'élevaient les futurs ecclésiastiques.
Somme toute, les immunités de l'Église ne re(;nrent, sous le règne de Maximilien, aucune atteinte. Autant que sous celui de ses prédécesseurs, les évéques continuèrent de distribuer au peuple sa nourriture spirituelle, de prononcer en dernier ressort sur la moralité et la capacité de ses pédagogues, de soumettre les manuels employés dans les écoles à une sévère censure. Afin même de soustraire plus efficacement leurs néophytes à la contagion des études profanes, ils les parquèrent dans des gymnases spéciaux qui, par le bon marché autant que par la pression exercée sur les familles pieuses, lirent une redoutable concurrence à ceux de l'État et dans lesquels se perpétuèrent, dans toute leur virghiité, les traditions scolastiques.
Le roi était trop ébloui du lustre jeté par l'Uni-
versité de Munich pour porter son attention sur de semblables bagatelles ; perdu dans la contemplation du faîte de Téditice, il ne s'apercevait pas (pie les fondements en reposaient sur le sable, (lue de toute part il menaçait ruine. En matière d'instruction c'est par le bas et non par le haut, sur la population des campagnes et non sur les classes éclairées, qu'en notre siècle démocrati(iue il convient de pi'océder à de vigoureuses réformes.
Quelques personnes seront peut-être surprises de ce qu'avec son savoir et sa haute position académi- (|ue, M. de Dollinger ait exercé sur le jeune clergé une aussi faible influence. Aucun germe, fut-il le plus noble, n'est capable de fleurir sur un terrain couvert de cailloux et de ronces. Les leçons de l'illustre chanoine, malgré leur solidité et leur charme, ne sauraient triompher de puissants intérêts matériels, de préjugés soigneusement entretenus depuis l'enfance, d'une discipline rigoureuse.
Les jésuites, d'ailleurs, ont toujours rangé la fi"équentation des universités nationales au nombre des péchés mortels. Dans le but de pétrir leurs sujets les plus distingués comme une cire molle, d'étouffer en eux tout instinct patriotique, toute velléité d'hidépendance, de les remplir pour la politique de l'ordre d'un aveugle enthousiasme, ils les envoyent à Rome, sous la tutelle immédiate du général. Au
iiionient où ils quittent le Collesiinn Gennauicuiii, leurs disciples s'engagent, au pied des autels, à détruire l'hérésie par un serment aussi redoutable que celui d'Annibal; puis ils franchissent une seconde fois les Alpes, ardents missionnaires, pleins de contiance en leurs propres forces, animés d'une sombre haine contre l'État moderne, la science, la liberté. Ils ne se rencontrent pas seulement sous la soutane du prêtre. Pour atteindre leur but, ils revêtent, avec une égale aisance, l'uniforme de l'ofticier, le frac du diplomate, la robe du magistrat, se glissent dans les palais et les assemblées populaires, possèdent en tout lieu de sûrs aftidés de tout rang, de toute condition. Hier, en Bavière, ils s'appelaient le D"" de Gorrès, le baron d'Abel, le cardinal de Reisach; aujourd'hui, dans le nouvel Empire, ils se nomment l'avocat Reichensperger et le Windhorst, le comte de Ballestrem et le baron de Savigny. La Société de Jésus est éternelle comme le mal. Que ses adversaires, lorsqu'ils la croient à jamais terrassée, redoublent de vigilance !
Les espérances du cardinal Consalvi à l'endroit du concordat de 1817, avaient reçu des événements une prompte contirmation. Le pape, du moment qu'il était investi d'un droit de sanction, nommait en réalité les évêques. Maximilien, dans son désir d'assurer à l'Église une pleine indépendance, se dépouilla pour elle
de ses dernières prérogatives. A la mort de chaque prélat joséphiste, les ultramontaius reconquéraient un diocèse ; la Bavière tout entière se trouva bientôt prise dans les mailles de leur inextricable réseau.
Ratisbonne fut Tune des premières places dont ils entreprirent le siège : il leur importait de la purifier du souvenir de son docte et vertueux évêque. Jamais ils ne donnèrent de leur puissance un plus irrécusable témoignage que le jour où ils remplacèrent Michel Sailer par le jésuite Senestrey, Le nouvel élu leur prouva sa gratitude en leur élevant un magnifique collège tout à côté de sa résidence. Les maximes révolutionnaires des Rosseus, des Suarez, des Mariana avaient fait sur lui une profonde impression. Il fut l'un des plus actifs organisateurs des pèlerinages ])0litiques, des casinos populaires, de la presse dévote, de toute cette redoutable jacquerie dont les ordres l'emportent, auprès des masses, sur ceux du roi luimême. Un discours qu'il prononça dans une assemblée de paysans à Schwandorf déchira tous les voiles. « Si un roi, » s'écria-t-il, « ne gouverne plus selon les plans de Dieu, » traduisez, dans la bouche d'un jésuite selon les caprices du pape, « je serai le premier à réclamer sa destitution. » Devant un aussi audacieux défi , le gouvernement ne pouvait persister dans son attitude impassible. Le prélat rebelle fut traduit devant les tribunaux, mais, pour obtenir son acquitte-
nient , il lui suffit de déclarer (juc sa fidélité ne pouvait être mise en doute.
Il semblait tout au moins <iue le siège de Munich dût être réservé à un prélat connu pour sa tolérance, la largeur de ses vues. La cour de Rome ne l'entendit pas ainsi. Afin d'entretenir avec les théologiens libéraux de perpétuelles hostilités, elle confia ce poste à l'ancien abbé de Metten, Gregorius Scherr. Paresseux, ignorant, fanatique, un pareil évêque ne pouvait se soutenir que i)ar l'appui du nonce. « On ne saurait trop se défier des érudits, » avait-il coutume de répéter à ses familiers. Dollinger, Haneberg. Frohscliammer, les plus illustres professeurs de l'Université eurent tour à tour à souffrir de sa malveillance.
Cette funeste triade fut complétée par l'accession du curé Denlein au siège d'Augsbourg. Avec son prétendu désir d'impai"tialité, Maximilien n'avait réussi qu'à livrer les plus importants diocèses de son royaume à des obscurantistes, à de fervents apôtres de l'infaillibilité papale.
Sa conduite vis-à-vis de l'unité allemande fut entachée des mêmes équivoques. Ses inclinations particularistes, son désir de jouer un rôle dans la politique européenne en firent l'allié naturel de l'Autriche, le détournèrent de toute ample réforme. Sa terreur de l'inconnu, sa confiance dans une bureaucratie rétro-
jîl'ade rengagèrent avec Topposition libérale dans de mesquins et perpétuels conflits. Il aurait été puéril d'espérer pour la Bavière une féconde régénération aussi longtemps que la présidence du cabinet restait dévolue à des politiques routiniers et opiniâtres : à M. de Schrenkh, au comte de Regensberg, au baron von der Pfordten ' .
' Voir la note IX à la tin du volume.