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CHAPITRE III

Lonis II. — M. de Lutz et le prince Hohenlohe-Schillingsffirst.

L'excès de prudence aggrave quelquefois une situation déjà mauvaise en elle-même. L'âne du scolastique Buridan offre l'exacte image de la Bavière à la mort de Maximilien (10 mars 1864). Grâce aux savantes tergiversations de ses conducteurs, elle avait évité tous lesécueils, mais ses forces se consumaient dans un équilibre stérile. Un orage était nécessaire pour balayer les miasmes qui, depuis 1815, s'étaient accumulés sur l'Allemagne entière. Ébranlée par le coup de foudre de Sadowa, l'atmosphère politique fut du même instant purifiée de toutes les influences cléricales et rétrogrades.

Avec l'expulsion des Habsbourg, l'ancien régime perdit toute raison d'être. Par un sûr instinct de In transformation qui venait de s'accomplir, Louis II appela, le 31 décembre 1866, à la présidence du Conseil, le prince de Hohenlohe-Schillingsfiirst ' . Sou

* Voir la note X à la fin du volume.

choix ne pouvait tomber sur un homme tl'Ktat plus éclairé, phis sympathi(iue aux partisans de l'unité nationale, d'un tact plus sûr, d'un jugement plus compréhensif. La politi(pie de bascule, les cauteleuses négociations dans lesquelles s'étaient complu ses prédécesseurs, prirent aussitôt un terme. Une ligne de conduite aussi loyale (ju'intelligente fut adoptée vis-à-vis, soit de ]^erlin, soit de Home.

Le prince possédait depuis longtemps la claire notion du rôle auquel pouvaient aspirer les petits Etats sous l'hégémonie de la Prusse. Leur maintien dépendait de l'excellence de leur gestion, des services qu'ils pourraient rendre à la cause libérale dans des circonstances difficiles. Le projet d'un Concile universel offrait à la Bavière une occasion, unique peut-être dans ses annales, d'exercer en Europe une influence décisive. Elle était en Allemagne la seule contrée dont la population appartînt en majeure partie au catholicisme, où la famille régnante eût toujours fait preuve envers l'Éffli se d'un invariable 'attachement. Son histoire, sa situation géographique, le nombre de ses habitants, tout concourait à lui assurer, dans ses relations avec la Curie, des allures plus libres, un ascendant plus considérable qu'au grand-duché de Baden ou au Wurtemberg. Elle pouvait, en s'appuyant sur l'opinion publique, en groupant l'opposition épiscopale autour d'un commun drapeau, déjouei'

los iiiti ii;iies des jésuites, empêcher la pr<tclainatioii (le riiifaillibilité pontificale. M. de Hohenlohe profita d'une situation aussi avantageuse pour dépeindre, dans une remarquable circulaire (9 avril 18G9), les dangers politiques du Syllabus, convier les puissances catholiques à une vigoureuse résistance. La faiblesse du comte Daru, le mauvais vouloir de M. de Beust, l'arrêtèrent dans l'exécution de ce patriotique dessein . Il ne put qu'obtenir des facultés de théologie bavaroises la condamnation scientifique du nouveau dogme, donner au mouvement des vieux-catlioliques sa première impulsion.

Cette ferme conduite à l'égard des ultramontains entraîna, comme sa conséquence naturelle, un rapprochement toujours plus étroit avec la confédération du Nord. Les traités militaires furent conclus, l'union douanière renouvelée, en dépit des intrigues particularistes, des mesures excellentes prises au sujet de la liberté d'établissement, delà législation matrimoniale, de la procédure civile. De fréquents voyages à Berlin amenèrent entre le prince et M. de Bismarck une entente politique toujours plus solide, des relations personnelles toujours plus cordiales. L'influence de M. de Hohenlohe sur les bords de la Spree s'accrut chaque jour davantage. La Cour et les députés libéraux le tenaient en égale estime, le prince et la princesse de Prusse l'honoraient de leur amitié, le roi

(Guillaume recherchait volontiers ses conseils. Nommé vice-président du parlement douanier par tous les partis, il développa avec une éloquente clarté ses vœux pour l'unité nationale, le rétablissement de l'Empire germanique sous la dynastie des Hohenzollern. Il porta le toast au grand chancelier dans le banquet qui tei'mhia la session. C'était trop exiger d'oreilles cléricales ; l'innocence du roi Louis devait être au plus tôt préservée de ces pernicieux discours. Dès les premiers actes de son administration, la chute du prince avait été résolue. La loi sur l'instruction primaire, rédigée par M. de Gresser, fournit à la camarilla ultramontaine une occasion propice pour satisfaire ses rancunes.

La sollicitude de Maximilien s'était bornée à l'enseignement supérieur. Comparées à celles du Wurtemberg ou du grand-duché de Bade, les écoles de la Bavière présentaient une infériorité déplorable. L'Église seule pourvoyait à la nourriture spirituelle des masses : ses élèves récitaient par cœur le catéchisme romain, mais étaient étrangers aux premiers éléments de la culture moderne. Le projet du 15 février 1805 visait à la suppression des plus choquants abus. L'École aurait gardé son caractère confessionnel, afin de ne pas rompre trop brusquement avec la tradition, de ne pas exciter le fanatisme des campagnes, mais l'inspection, au lieu d'appartenir de droit à l'évêque, aurait

été exercée par un tlélé^iié du goiivcnieiiUMit. Ij'instituteur aurait été affranchi de la tutelle cléricale poulies objets de son ressort, le choix des meilleurs manuels, des méthodes les plus appropriées à son l)ur. Après quelques années de ce bienfaisant régime, le charme qui pesait sur la Bavière aurait été vaincu : les yeux des générations nouvelles n'auraient [)lu> craint l'éclat du jour.

Les réformes de M. de Presser, par leur sagesse même, soulevèrent les clameurs des ultramontains : la sainteté du but les rendit indifférents sur la valeur des armes. Aux partisans des mœurs patriarcales, ils dépeignirent les atteintes portées à la liberté de la famille; ils effrayèrent les chauvins par la perspective du joug de la Prusse, les dévots par la menace des progrès de l'hérésie. Leur tactique fut couronnée d'un plein succès. Malgré la fermeté déployée par M. de Gresser, de brillants discours de M. Marquard-Barth et du D'' Volkh, la loi ne passa, après une orageuse discussion à la Chambre basse, qu'avec des amendements qui en altéraient le caractère libéral. Elle succomba à la Chambre haute devant la coalition des ultramontains et des orthodoxes protestants. L'évêque d'Augsbourg, dans son ardeur pour la curie, sa haine de l'éducation laïque, fut dépassé par M. de Harless.

Que celui de ses frères en la foi qui est sans péché

jiitte au président du Consistoire de Munich la première pierre. M. Guizot, dans sa longue carrière, n'eut d'autre préoccupation que de maintenir à son profit le principe d'autorité dans toutes les sphères. Ses disciples ont soutenu, jusqu'à la dernière heure, le gouvernement de l'ordre moral, mendié, pour les illégalités de la Commission synodale, l'appui du duc de Broglie, de l'évéque Dupanloup. Le chef des vieuxluthériens, M. de Gerlach, comhat'à la tribune de Berlin, avec une véhémence insensée, les projets de M. Falk. En somme, les deux partis poursuivent le même but : l'asservissement de la libre pensée. Les orthodoxes ne sont séparés de Rome que par leur manque de logique.

Les princes de la maison de Wittelsbach donnèrent, le jour du vote, un éclatant témoignage de leur dévotion. Les oncles du roi combattaient depuis longtemps la politique du premier ministre ; son frère et héritier présomptif, le prince Othon, qui, ce jour-là même, atteignait sa majorité, prit ostensiblement parti pour l'Église.

M. de Holienlohe en appela aussitôt au peuple de la décision de ses représentants. Les villes lui demeurèrent fidèles, les campagnes donnèrent une forte majorité à ses adversaires. Assuré qu'il était des sympathies de son maître, le ])rince aurait pu se maintenir au pouvoir par d'habiles compromis; il pré-

féra se retirei- (7 mars 1870) plutôt (jne de faillir à son prograiiime. La hauteur de ses vues, sou intégrité, sou élo(iuence, lui avaient valu pendant son administration l'appui des libéraux; sa loyauté pendant cette période de crise lui conquit Testinie universelle. Les événements se chargèrent du soin de le venger. Une année ne s'était pas écoulée qu'un parlement germanique se réunissait à Berlin et s'inspirait de ses principes dans la lutte de l'Allemagne contre Itomo.

'SI. de Lutz', qui succéda à Munich au prince de Hohenlohe, et dirige encore aujourd'hui les destinées .de la Bavière, revint au.x errements de Maxiuiilien II, et s'efforça de tenir une balance égale entre tous les partis. Il appartint, lors de ses débuts, à la fraction catholique avisée, et arriva rapidement aux plus hantes fonctions par son extrême facilité de travail, son indomptable persévérance.

Fils d'un pauvre maître d'école de la Franconie, d'abord simple employé du gouvernement, bientôt chef du cabinet royal, tout en ayant suivi les méandres de la hiérarchie administrative, le ministre actuel de l'instruction et des cultes peut passer pour un maître dans l'art de discerner les signes des temps et de ménager les transitions. En février 1870 il fit

' Voir la note XI à la tiu du volume.

cause coiniimne avec les iiltramontains et usa de son crédit sur Louis II pour renverser le prince de Hohenlohe: en juillet, il profita de l'enthousiasme national pour rompre avec ses anciens acolytes et exécuter les conventions militaires avec la Prusse ; en décembre, il négocia les traités de Versailles et obtint de M. de Bismarck les concessions particularistes les plus étendues; aujourd'hui il encourage les dangereux caprices de son souvei ain et s'oppose, comme membre du Conseil fédéral, aux ])lus urgentes réfoi-mes '.

La conduite de M. de Lutz à l'égard du Vatican trahit les mêmes variations et amena d'aussi fâcheux résultats. 11 ne suffisait point, pour dominer une situation aussi délicate, d'un éloquent et subtil jurisconsulte ; elle réclamait un lionmie d'État qui poursuivît un but déterminé et répondit, i)ar la vigueur de ses actes, à la magnificence de ses promesses. Un a])pel à la nation, innnédiatement après la proclamation de l'Empire ou les élections pour le Parlement germanique, aurait confirmé l'éclatant triomphe des libéraux et permis l'adoption de mesures décisives. Une efficace protection accordée aux vieux-catholiques après l'adresse du Musée (10 avril 1871) ou le

' L'unification du droit civil proposée par MM. Lasker, Miquel, etc., et deux fois votée par le Rcichstag, avait éclioué au sein du Conseil fédéral devant l'opposition de la Bavière, de la Saxe, du Wurtemberg, du Mecklembourg. Elle n'a été adoptée sur les instances (le la Prusse qu'en juin 1874.

( "oiigrès (le Munich aurait empêché l'apostasie de plusieurs évêques et hâté la victoire iiuinéri(iue d'un mouvement dont la sagesse prouve la vitalité. Tout au contraire, M. de Lutz s'obstine à gouverner avec une assemblée rétrograde, où, malgré son incontestable talent d'équilibriste, il ne possède qu'une majorité incertaine, et perd, par ses continuelles volte-face, la confiance de tous les partis. Les libéraux lui reprochent ses fallacieuses avances et ses équivoques compromis avec le clergé; les amis de M. de DoUinger une malveillance qui forme, avec ses précédentes déclarations, le plus étrange contraste; les infaillibilistes son refus de reconnaître leur dogme favori et de se soumettre aux prescriptions du Syllabus.

Il semble cependant que la Curie devrait se tenir pour satisfaite des complaisances d'un ministre, naguère célébré comme l'auxiliaire de M. de Bismarck. La loi sur les abus de la chaire dont on attendait les plus heureux résultats est demeurée letti'e morte et n'a servi qu'à multiplier les diatribes. Les évêques ont impunément persisté dans leur révolte et entretenu, par leurs perfides manifestes, une constante agitation au sein des masses. Leurs traitements, au lieu d'être confisqués comme ceux de leurs collègues de Prusse, viennent par un vote de la seconde Chambre de recevoir une forte augmentation ' , L'Université de

' Septembre 1873.

Wurtzbourg ne compte que des professeurs lUtramoiitains; quatre coryphées du parti ont été appelés coup sur coup à Munich afin de compenser la nomination de rhérétique abbé Friderich. Enfin, les vieuxcatholiques n'ont pu obtenir une seconde église dans la capitale ' , quoiqu'ils aient la majorité dans la population et soient soutenus dans leur demande par le Conseil municipal. De ses innombrables projets M. de Lutz n'a réussi que dans un seul : conserver le pouvoir au prix des plus rudes sacrifices et en écarter le prince de Hohenlohe, son rival redouté et détesté.

Louis II n'a point encore jugé opportun de mettre un terme h une situation aussi dangereuse.

On serait tenté de croire que la loi d'atavisme se produise en Bavière avec une inflexible régularité, que le jeune monarque ait hérité de l'humeur altière et mobile de son aïeul, comme son père de la douceur et de la tolérance de Maximilien- Joseph. Aucun prince contemporain ne veille sur ses prérogatives avec une aussi jalouse sollicitude, et ne possède, en dépit de son apparente mollesse, un goût aussi effréné pour le pouvoir. Il ne lui suffit point de régler, jusque

' Les vieux-catholiques ne célèbrent, jusqu'à présent, leur culte que dans une chapelle située au delà de l'Isar, Sancta Maria im Gesteig. Il règne à Munich une si vive irritation contre les ultramontains que le Conseil municipal a choisi pour la première fois pour son président un Israélite, le D'' Guggenheimer.

dans les inoiiulres détails, la mise en scène des opéras de llicliard Wagner, de maintenir à sa cour un cérémonial qui, par sa puérile solennité, aurait fait les délices de Saint-Simon. 11 prétend intervenir à son gré dans les affaires les plus graves, trancher en maître absolu toute question importante. Les décisions de ses Chambres sont pour lui non avenues aussitôt qu'elles le gênent dans ses caprices. Il ne craint pas, au mépris de tous les usages parlementaires, de prescrire leur vote à de grands seigneurs l'écalcitrants ' . Ses ministres n'exercent sur lui aucune influence. Il demeure souvent plusieurs mois sans les consulter et leur communique à l'improviste ses résolutions irrévocables. Malheureusement pour les imitateurs de Louis XIV, les rois ne peuvent plus gouverner aujourd'hui contre la volonté de leurs peuples et la prudence politique ne s'acquiert point au milieu des splendeurs solitaires de Hohenschwangau.

De naïfs publicistes se sont trop hâtés de conclure de la conduite de Louis II pendant la dernière guerre à son inviolable attachement pour la maison de HoheuzoUern. Il ne lui avait point déplu, en juin 1870, de se montrer plus sage que son Parlement, de ceindre son front de lauriers cueillis par sa vaillante armée, mais ses dispositions étaient déjà tout autres lors des

* En janvier 1871, lors de la discussion par la Chambi-e haute des traités de Versailles.

traités de Versailles. Il n'insista si vivement pour leur adoption que parce qu'ils lui conteraient des privilèges inattendus, qu'il n'aurait pu au lendemain d"une rupture espérer des conditions aussi favorables. 11 n'offrit également la couronne impériale au roi Guillaume que pour ravir cet honneur à son frère de Saxe et constater sa primauté sur les autres monarques allemands. Les ovations enthousiastes qui accueillirent partout sur son passage le prince de Prusse lors du retour triomphal des troupes à Munich (16 juin 1871) et de son dernier voyage en Souabe (septembre 1872), le blessèrent comme un muet reproche et le remplirent de jalousie contre le héros de Wœrth. Toute visite à Berlin lui répugne comme un acte de vasselage, toute entente avec M. de Bismarck sur la politique intérieure et la répression de l'ultramontanisme comme un abandon de ses droits souverains.

Une sincère reconnaissance des faits accomplis, un loyal concours apporté à l'œuvre nationale gagneraient à Louis II tous les cœurs et l'investiraient d'une autorité plus considérable que le roi de Saxe ou le grand-duc de Baden. Il préfère entraver par de mesquines intrigues les grands travaux législatifs du Reichstag, et compare avec une sourde irritation sa position isolée au milieu de son peuple aux sympathies croissantes pour le vieil empereur. M. de Ho-

henlohe qui aurait été le véritable ministre de la situation et dont tous les Bavarois éclairés ont longtemps désiré le rappel ' , lui déplaît à cause de sa ferme intelligence et de ses vastes projets de réforme. Le comte de Luxbourg, le baron de Stauffenberg, M. de Hcirmann, d'autres libéraux éminents lui inspirent par leur indépendance de caractère, leur respect pour la charte, une égale aversion.

Louis II ne songe pas davantage à se jeter dans les bras d'une Église dont il redoute l'ambition, le fanatisme. Les anatlièmes du Syllabus contre la culture moderne et la libre recherche l'ont blessé dans ses plus nobles affections, et en ont fait le chevaleresque défenseur de ses amis persécutés. Kaulbach a été protégé par lui contre les nouveaux inquisiteurs qu'avait irrités son carton de « Pierre Arhues, » Dôllinger maintenu dans sa chaire professorale et comblé des distinctions les plus flatteuses.

Les mandements insurrectionnels des évêques infaillibilistes ont rempli le jeune roi d'un violent courroux. Un prince moins superbe n'aurait pu d'ailleurs tolérer de sang-froid la conduite des ultramontains depuis le Concile, l'insolent langage de leurs chefs

' Il est peu probable que le prince Hohenlohe consentît aujourd'hui à échanger, contre la présidence du cabinet de Munich, sa haute position dans la diplomatie impériale, des perspectives plus brillantes encore.

dans les Chambres et les (,'asiiios religieux, les perfides insinuations de la presse dévote, la formidable jacquerie organisée par eux au sein des populations des campagnes. Toutes leurs tentatives pour ressaisir le pouvoir ont échoué devant la méfiance de Louis II . l'opposition des grandes villes. Le comte Bray (1871 ) dut donner sa démission pour avoir proposé contre les vieux-catholiques des mesures trop rigoureuses : M. de Gasser (1873), qui méditait une rupture de l'unité nationale, ne trouva aucun collègue pour une aussi périlleuse entreprise.

La victoire remportée par le clergé dans les dernières élections pour le Reichstag (10 janvier 1874) parait avoir ouvert les yeux du monarque. La politique de M. de Lutz, toute composée de tergiversations, d'échappatoires, de subtiles compromis, s'est révélée dans toute son impuissance. Les jésuites, grâce aux demi-mesures du ministère, l'ont emporté non-seulement sur les partisans des Hohenzolleni, mais sui" ceux des Wittelsbach. Devant l'imminence du péril, Louis II s'est tourné vers le seul protecteur efficace. Le prince de Hohenlolie, avant de prendre possession de l'ambassade de Paris, a opéré la réconciliation de son ancien maître avec la cour de Berlhi. Avec un souverain moins versatile, les honneurs dont a été comblé le prince de Bismarck pendant son séjour à Kissingen, l'entrevue de Nuremberg avec l'empereur

(luilhuiinc, seraient de sûrs indices d'une phase nouvelle dans les destinées de la Jjavière. (Quelle importance leur assigner avec un prince qui ne suit que ses caprices, médite un changement de front à l'heure même où il accable un conseiller favoi'i de ses prévenances? A meilieui- droit que sur les fenôti-es de Chanibord, (m i)ourrait inscrire sur celles de llolieuschwangau le distique de François :

Souvent moiianiiie varie, Bien fol est (lui s'y fie.

La Bavière demeure ainsi dans un état de stagnation aussi préjudiciable à ses intérêts qu'à sa bonne renommée. M. de Lutz n'a point encore réussi, malgré son habituelle fertilité d'expédients, à découvrir une solution et s'agite comme un pilote en détresse qui fuit des écueils connus sans se diriger vers la terre promise. Jamais, cependant, il n'aurait été plus besoin d'une politique franche, hardie, généreuse. Tous les voiles sont maintenant déchirés et Louis II n'a plus le choix qu'entre Berlin et Rome. La Curie a failli à sa proverbiale réputation d'habileté en révélant trop tôt ses desseins et s'est aliéné les sympathies de tous les vrais patriotes. Un ministre clérical, s'il voulait rester fidèle à son programme, ne pourrait poursuivre un autre but que la dénonciation des traités de Versailles. La Bavière ne recouvrerait une

])réteiulue indépendance (jue pour tomber sous la domination des jésuites. L'Empire germanique a relevé d'une main ferme le défi de Pie IX et persévérera dans une guerre légitime jusqu'à la complète victoire du droit moderne sur la théocratie du moyen âge. Les caprices, d'un seul État ne peuvent plus, comme au temps de la diète de Francfort, paralyser la volonté de tout un peuple. Le cabinet de Munich n'aura abouti, par une opposition stérile, qu'à l'aveu de son impuissance et recevra du Conseil fédéral les réformes dont, plus qu'aucun autre, il aurait dû prendre l'initiative.

SIXONDK PARTIE

LA PHOVINCH DU RIIIN SUPÉRIEUR

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