CHAPITRE m
La destraction du Joséphisme. — Le Congrès de Wurtzbourg.
Les libéraux de Francfort ne réussirent point à gagner le clergé, malgré l'étendue de leurs concessions. Il les tint pour non avenues du moment que le mariage civil eut été déclaré obligatoire, que toute influence ecclésiastique eut été bannie de l'école. L'épiscopat ne pouvait souffrir en silence une aussi grave atteinte à ses privilèges; il convoqua, le 22 octobre 1848, ses adhérents à Wurtzbourg, sur la secrète incitation de M. de Sclimedding, confident de Frédéric-Guillaume IV, et conseiller à la division catholique du ministère des cultes. Quelques semaines auparavant les députés ultramontains l'avaient, par une adresse collective, assuré de leur entière obéissance.
La Bavière, où les excès de la démagogie, grossis par une presse dévote, avaient soulevé l'indignation générale et dont le nouveau monarque ' éprouvait en matière religieuse d'extrêmes scrupules, parut une terre propice à la cour de Rome, certaine, avant
' Maximilien II.
d engagt'i- la lutte, d'une complète victoire. Les principaux orateurs du Congrès furent M. de Dollinger, favorable, par haine du radicalisme, à toute tentative de restauration, si violente qu'elle pût être, l'évêque d'Augsbourg Reicliartz, les archevêques de (Jologne et de Munich : M. de Geissel et le comte Reisach. Les résolutions adoptées par cette premièi'e conférence ont été suivies, depuis un quart de siècle, avec une exactitude inflexible. Aujourd'hui encore elles sont maintenues dans toute leur rigueur par le clergé prussien malgré les décrets du D' Falk, les votes contraires des Chambres.
Le placet fut unanimement condamné, sur la motion de l'évêque de Limbourg, après un éloquent discours de M. de Dollinger. Les prélats revendiquèrent, dans leur allocution aux lidèles, « leur droit de correspondre avec. le saint-siége, le clergé, le peuple, de publier, sans l'autorisation préalable d'un ministre, toutes les lettres, tous les mandements diocésains et pontiticaux. »
Une autre arme favorite des hommes d'État gallicans, le recours comme d'abus, fut également proscrite comme attentatoire aux libertés ecclésiastiques, sur la proposition du chanoine Lennig. « Une pareille doctrine, disait-il, était en contradiction formelle avec le droit imprescriptible de rÉglise catholique d'ordonner ses affaires propres, de les juger avec
une souveraine indépendance. Aucun de ses serviteurs ne pourrait procéder à un semblable appel avec une bonne conscience, sans rompre les engagements, pris solennellement par lui d'obédience et de révérence canoniques. »
La séparation de l'Église et de l'État, dont il avait été fait à Francfort un si adroit usage, continua d'être acceptée en tiiéorie bien qu'on en réservât l'exécution à des temps moins agités, qu'on prétendît, jusqu'à la dernière heure, à la protection du pouvoir
Il ne surgit quelques divisions que pour le « recursus ad prmdpem. » MM. de Geissel et de Reisacli n'y voyaient qu'une arbitraire et diabolique invention du XK""" siècle, mais les circonstances semblèrent assez graves à la dévote assemblée pour qu'elle crût pouvoir s'affranchir des prescriptions de la bulle « in cœna Domini. » Il aurait été inopportun, dans une période de démocratie et de suffrage universel, de protester publiquement contre des franchises dont on se promettait en secret la rapide et totale suppression.
La cour de Rome était enfin parvenue à former en Allemagne un clergé qui lui fût aveuglement soumis. Aux ecclésiastiques de la période joséphiste, instruits, généreux, tolérants, aussi attachés à leur nationalité que jaloux de leurs droits, avait succédé une race de
prrtres j^rossiers, sup(irstitieux, liironiK's dans les écoles des jésuites à une obéissance servile envers leurs supérieurs, qui ne connaissaient d'autres lois que celles de leur ordre, d'autre patrie que le Vatican. L'antique et glorieux foyer de la science catholique, l'université de Tubingue, avait été paralysée dans son rayonnement par la nomination d'un prélat fanatique au siège de Rottenbourg. Il avait été facile, dans un pays aussi détestablement administré que la Hesse, de livrer le diocèse de Limbourg h un ultramontain qui rachetât par ses complaisances envers le pouvoir l'illégalité de son origine.
L'apostasie de l'archevêque de Fribourg, Mgi- de Vicari, fut peut-être le signe le plus manifeste du changement qui s'était opéré dans les esprits. Il avait été autrefois un des plus chauds partisans de Wessemberg et s'était associé, en sa qualité de chanoine, à la protestation du Chapitre de Constance contre les intrigues du légat. Pendant tout le règne du grand-duc Louis il avait combattu l'action prépondérante de l'Autriche et s'était fait fort de dire au prince de Metternich lui-même : « De quel droit le cabinet de Vienne s oppose-t-il à mon élévation à l'épiscopat? » — Il s'était enfin conformé, dans les débuts de son pastorat', aux prudentes traditions de
' Monseigneur de Vicari était devenu titulaire du siège de Fribourg, en 18-t2. II (Hait déjà vicaire général depuis 1832.
ses prédécesseurs et n'avait pas tardé à dissiper les inquiétudes que son humeur turbulente avait d'abord inspirées au gouvernement badois. Les événements de 1848 opérèrent en lui une brusque et complète transformation. Il abjura dans le même temps que Pie IX les erreurs de sa jeunesse et mit à les combattre la fougue propre aux convertis. Il n'avait pas fallu une génération pour qu'une province, autrefois célèbre par la fermeté de son libéralisme, fut devenue l'humble vassale du saint-siége.
En même temps que l'Église bénéficiait des folies révolutionnaires et apparaissait aux honnêtes gens comme la seule gardienne de l'ordre moral, elle acquérait un chef résolu à tirei' de ses victoires leurs plus hardies conséquences. Comme les chevahers Porte-Glaives, ses ancêtres, Mgr de Ketteler se croyait appelé à l'apostolat parmi les infidèles, mais tandis que les grands maîtres de Riga et de Marienbourg avaient apporté à des populations barbares les lumières de l'Évangile, le baron Wilhelm-Emmanuel fut, au XIX'"" siècle, l'un des plus actifs fauteurs des superstitions cléricales.
Son caractère et ses relations de famille lui assignaient, au sein de TÉglise militante, une place de premier ordre. Né le 25 décembre 1811, dans la vieille cité épiscopale de Munster, élevé au collège de Brigue en Valais par les jésuites qui reconnurent
aussitôt en lui un jn'écieux sujet \)(nn- TOrdre, tour à tour ofticior de dragons et auditeur auprès de la cour de Westplialie, M. de Ketteler observait déjà c(»Tnnie laïque les maximes qui le dirigèrent pendant toute sa carrière. Il profita dt's troubles occasionnés par l'arrestation de Mgr de Droste-Viscbering pour se délier de son serment envers un monarque persécuteur. Son entrée dans le clergé ouvrit à son ambition des perspectives qui lui étaient interdites avec une organisation civile rigoureuse. Le district de Lengericli le choisit pour son représentant à l'Assemblée de Francfort, lorsqu'il n'était encore que simple curé de village à Hopster. Il jouit aussitôt sur la Droite d'une influence incontestée, réclama pour l'Église romaine l'indépendance absolue qui lui était nécessaire pour l'accomplissement de sa divine mission, obtint d'un parlement démocratique des concessions qu'il n'aurait jamais demandées sous l'ancien régime, prononça au lendemain de l'émeute (15 septembre 1848) sur les tombes du prince Lichtnowsky et du général Auerswald une pathétique harangue fort applaudie de ses collègues ultramontains. Ses manières impérieuses, son langage véhément, son activité fébrile formèrent, avec l'attitude réservée et la grave éloquence du chanoine deDôllinger, un frappant contraste.
La réaction était à peine victorieuse qu'elle le ré-
coiupeusait de son zèle on l'élevant au siège épiscopal de Mayence (15 mars 1850) bien que les voix du Chapitre se tussent déjà portées sur un ecclésiastique liessois des plus dignes, le D"" Léopold Schmidt '. Le cabinet de Darmstadt, qui redoutait toute influence libérale, ne protesta que pour sauvegarder les apparences contre l'usurpation de la Curie. M. de Dalwigk inaugura son ministère par une convention qui faisait d'un haut dignitaire catholique le véritable souverain d'un pays en majeure partie réformé.
Mgr de Ketteler appartient à la race des prélats qui disposaient autrefois des destinées de l'Europe et devant la crosse desquels se courbaient les plus puissants empires. Il n'aspire à rien moins, dans ses vastes projets, qu'au rétablissement en Allemagne de l'hégémonie des Habsbourg, à la destruction de l'œuvre de Luther. Sa haute supériorité intellectuelle, la promptitude de son coup d'œil, son indomptable énergie en tirent, dès son entrée en scène, le chef reconnu des croyants. Diplomate consommé, orateur captieux et disert, écrivain rompu à toutes les manœuvres de la polémique, il exerce dans la presse et les casinos populaires, comme à la tribune et dans les négociations politiques, un irrésistible ascendant sur ceux qui l'entourent. Toute alliance lui parait justifiée
• Voir la note XVII à la lin du volume.
pourvu qu'elle profite à la bonne cause. 11 tend la main avec une égale bienveillance au socialiste Lassalle et au ministre de l'ex-roi de Hanovre, le docteur Windtliorst. Son humeur altière n'a fait que s'accroitre avec l'âge. Jeune prêtre il choisissait M. de Dalwigk pour exécuteur de ses plans et imposait ses conseils aux monarques hantés par le spectre de la révolution; évéque expert dans la lutte, il voudrait traiter d'égal à égal avec le prince de Bismarck et travaille en secret au renversement de l'empire auquel il a été contraint de jurer une passagère obédience.
La Curie pouvait, en 1850, donner sans crainte le signal du combat. Ses plans étaient habiles, ses ressources abondantes, ses soldats habitués à une sévère discipline et certains, sous le drapeau de l'évéque de Mayence, d'une complète victoire.
Le 15 mars 1851 les prélats de la province du Rhin supérieur, réunis à Fribourg, réclamèrent de souverains absolus l'exécution des promesses que leur avaient faites les doctrinaires de 1848. Leur mémoire, rédigé dans le style hautain habituel aux représentants de l'Église infaillible, reproduisait les exigences dont Mgr de Ketteler s'était fait l'interprète à la tribune de Francfort et auxquelles le concordat autrichien devait, quelques mois après, donner une entière satisfaction.
L'évéque, désormais affranchi de tout contrôle de la part du pouvoir civil, n'était responsable de ses actes que devant la cour de Rome, correspondait librement avec elle, publiait ou faisait lire du haut des chaires de son diocèse les brefs pontificaux, ses propres allocutions, tous les documents qu'il jugeait opportuns. Il disposait également selon son bon plaisir de la fortune ecclésiastique, des prébendes des chanoines, des nominations aux cures vacantes, de tous les bénéfices qui ne relevaient pas d'un patronage spécial. Le bas clergé tombait dans une complète servitude. Le placet, l'appel au souverain, le l ecours comme d'abus, tous les autres articles encore survivants du Code joséphiste étaient abolis comme incompatibles avec la liberté d'association. L'Église exerçait, en matière religieuse, une juridiction sans limites. L'autorité laïque était tenue d'exécuter ses sentences, quelque graves que fussent les peines prononcées : l'excommunication, la flétrissure, l'interdit.
L'école, soumise à un régime draconien, perdait toute importance, toute dignité. Aucun prêtre, qu'il fût professeur de théologie, chapelain de gymnase ou instituteur primaire, ne pouvait, sans la permission de Tévêque, faire partie du corps enseignant; aucun manuel, aucun programme académique être dépourvu de sa signature. Tout maître suspect d'hérésie était révoqué sans enquête préalable. Les futurs
ecclésiastiques, au lieu de se rendre à l'Université, étudiaient au séminaire sous la direction exclusive de leurs supérieurs afin d'être soustraits, dès leur jeunesse, au contact de la vie, de la science profanes. La suppression de l'examen final privait l'État de toute influence sur des fonctionnaires dont le traitement ne cessait de figurer au budget. Enfin, les ordres religieux, délivrés de toute entrave, devaient couvrir le pays de leurs fondations, entretenir par les missions et les exercices dévots les basses classes dans leur fanatisme, constituer une armée toujours prête pour l'agitation et le désordre.
Quant aux réformes inscrites dans la Charte de 1848 : l'école laïque, le mariage civil, la séparation de l'Église et de l'État, il n'était plus besoin d'élever la voix contre elles. Spectres passagers, elles semblaient n'avoir surgi en un moment de trouble que pour fournir une arme commode à leurs adversaires.
Il convient, pour l'équitable appréciation des manifestes qui remplissent aujoui'd'liui encore les colonnes de la presse ultramontaine, de citer textuellement le paragraphe relatif au recours comme d'abus :
« La juridiction spirituelle, l'une des charges les plus importantes de l'épiscopat, a déterminé, d'après une norme rigoureuse, les peines qui atteignent les clercs infidèles dans l'accomplissement de leurs fonctions^ depuis la simple remontrance jusqu'à la confis-
cation du béiiéticc. Elles ont également tixé, pour cas dans lesquels un appel est licite, les diverses instances, depuis le tribunal diocésain jusqu'à la cour pontificale, prévenu, par conséquent, de la part de l'évêque, tout abus de pouvoir. Toute tentative de recours à un prince étranger, tout api)el comme d'abus ne peuvent donc être regardés que comme une insurrection contre l'autorité légitime de l'Église. Le saint-siége frappe de !'« exfmimunicMlo laUc sente» tlœ» tout acte semblable. Le pouvoir civil, ne fût-ce que dans son intérêt bien entendu, ne saurait lui être favorable. Il choisirait, en effet, pour obvier aux conséquences d'un acte nuisible ou tenu pour tel, un remède pire que le mal. Les évêques de la i)rovince du Rhin supérieur ont donc pleine confiance dans la sagesse de leurs monarques. Ils s'appuyent sur l'expérience des troubles qu'ont provoqués de précédentes séditions. Loin de mettre des obstacles à la juridiction ecclésiastique et de prendre sous leur protection des prêtres récalcitrants, les souverains ne refuseront pas aux évêques, le cas échéant, Taide du bras séculier garantie à tout pouvoir légitime contre des sujets rebelles. »
Les prétentions des prélats étaient d'autant plus surprenantes qu'elles ne reposaient sur aucun texte précis, sur aucune garantie légale. C'était de leur part un audacieux soi)hisme que de les présenter
coimiu' la coiisHiuciice uécessaii-c du selt'-j^oveniiiieiit. A quel titre d'ailleurs revendiquer pour soi une liberté absolue lorsqu'on se faisait en toute circonstance le complaisant avocat du despotisme? Pourquoi maintenir dans un de ses chapitres les plus ambigus, une Charte dont on répudiait les idées fondamentales avec une si pieuse indignation ?
Le régime contre lequel les ultramontains élevaient de si amers griefs avait été sanctionné, en 1821, par la bulle « Provida solersque, » au sortir des laborieuses négociations qui réglèrent, dans la province du Rhin, les rapports de l'Église et de l'État. Pie VII et Léon X avaient pu se plaindre dans leurs consistoires secrets et leurs allocutions confidentielles de l'oppression du pouvoir civil; aucun des prélats élus pendant cette période n'avait ouvertement protesté contre les articles organiques. Le serment exigé d'eux, au moment de leur installation, les gênait si peu que le principal instigateur des troubles de Baden, Mgr de Vicari, disait au commissaire ducal : «Je jure d'autant plus volontiers obéissance à la Constitution qu'elle ne renferme aucun article contraire aux dogmes et aux intérêts de l'Église catholique. » Les évêques avaient-ils été les victimes de soudaines vexations pour qu'ils rejetassent comme insupportable un fardeau qui, jusqu'alors, leur avait paru léger? N'abusaient -ils pas plutôt d'une situation difficile
pour arracher à leurs souverains d'exorbitantes concessions y
Les petits monarques du Sud recueillaient le fruit des tergiversations dans les(iuelles ils s'étaient complu depuis le Congrès de Vienne. Au lieu d'adopter une politi(pie franchement libérale, ils avaient, tantôt aigri le clergé i)ai- d'inutiles rigueurs, tantôt toléré ses plus audacieux empiétements. Leurs allures louvoyantes, leur despotisme tracassier, leur incurable déhance du progrès leur avaient depuis longtemps aliéné l'affection de la bouigeoisie. Ils avaient été emportés par la tourmente de 1848, sans que leur chute provoquât le moindre regret, sans qu'ils tentassent la plus légère résistance.
A peine avaient-ils été rétablis sur leurs trônes, par les hussards du prince de Schvvarzemberg, qu'ils étaient retombés dans leurs anciens errements. Des princes soucieux de leur dignité auraient répondu par des mesures énergiques à un manifeste qui partait de la suzeraineté de l'Église, conmie d'une base reconnue de tous, auquel un catholique ne pouvait souscrire sans abdiquer entre les mains de son confesseur, un protestant, sans forfaire à ses plus impérieux devoirs.
Les clients de l'Autriche ne songèrent qu'à renouer d'étroits rapports avec une alliée qui les avait trahis à l'heure du péril. L'Église leur apparaissait comme
la seule puissance capable de vaincre la dévolution, d'assurer l'ordre matériel, d'entretenir les âmes dans un état de servile indifférence. Toute manifestation nationale les remplissait d'une si haineuse terreur que, devant un ennemi qui recourait aux expédients ' les plus illégaux, ils ne tirent appel au patriotisme ni des citoyens, ni de la presse, ni des Chambres. Le plus modéré d'entre eux, le grand-duc de Baden, repoussa au plus fort du contlit avec l'archevêque de Fribourg, la main que lui tendaient les députés libéraux les plus éminents, ^littermaier, Mathy, Bassei mann. Les ultramontains, s'ils avaient apporté quelque mesure dans leurs demandes, auraient obtenu les plus larges concessions de la part de ministres bornés, pusillanimes, ignorants des aspirations populaires comme de la véritable politique allemande. Contraints à la lutte, les gouvernements de la province du Rhin étaient d'avance résignés, pour aboutir à un compromis, aux plus honteux sacrifices.
Leur première conférence eut lieu le 7 février 1852, à Carlsruhe. Frédéric-Guillaume IV, qui y avait été convié comme souverain de la principauté de Hohenzollern, refusa d'y prendre part afin de ne pas troubler la bonne entente qui régnait en Prusse entre les défenseurs du trône et ceux de Tautel. Son chargé d'affaires, M. de Sydow, insista vivement auprès du grand-duc sur la solidarité des intérêts conserva-
teui's, rincoiiveiiaiice de brusques réformes, la stérilité de tentatives semblables à celle de M. de Wangenlieim. La cour de Darmstadt, circonvenue dès cette époque par Mgr de Ketteler, n'envoya un délégué que pour prévenir toute action énergique.
Pareil danger n'était point à craindre de la part des plénipotentiaires de la réaction. Ils s'étaient d'abord excusés auprès des évêques du retard qu'ils avaient mis à leur répondre, les <[uestions soulevées ne pouvant être résolues que d'un commun accord. Ils avaient ensuite procédé à la minutieuse discussion d'un des points en litige.
La juridiction spirituelle, bien qu'admise en principe, devait être exercée sous le contrôle de l'État. Un commissaire civil présidait de droit le tribunal ecclésiastique, réglait la marche des débats, surveillait et revisait l'enquête, fixait les cas passibles de l'emprisonnement, de la suspension, d'une amende supérieure à 30 florins. La loi du 30 janvier 1830 qui interdisait aux catholiques de porter leurs différends devant une autorité étrangère, demeurait en pleine vigueur. Des avantages considérables étaient garantis au clergé s'il acceptait ces conditions. Le placet, entre autres, recevait dans lapi-atique des adoucissements qui lui ôtaient toute efficacité.
Les évêques avaient la conscience trop nette de leur force pour se prêter à aucune transaction. Ils
publièrent coup sur coup, le 12 avril et le 18 Juin 1853, deux mémoires dans lesquels ils maintcmaient dans leur intégrité leurs prétentions primitives, et l)rotestaient d'avance contre toutes les lois que pourraient rendre contre eux d'impies monarques. Le vicaire du Christ était désormais le seul chef, le droit canonique, la seule jurisprudence reconnus par eux.
Les membres de la Conférence crurent avoir suffisannnent sauvegardé les intérêts de leurs mandataii-es en renvoyant avec dédain ces pièces aux archives ad ada ; aucune autre mesure ne fut prise par eux contre des rebelles cent fois plus dangereux que les démagogues de 1848.