VOTE DE LA COMMISSION
« Les motifs allégués par les deux partis ont été mûrement étudiés par la Commission qui, dans une réunion spéciale, où étaient présents ses quinze membres, a émis Tavis, à l'unanimité, qu'il est préférable que l'exploitation des chemins de fer, en Italie, soit confiée à l'industrie privée.
« Arrivée au terme de son travail, la Commission d'enquête fait des vœux très ardents pour que l'État et le Parlement, sans autres délais, donnent auxchemins de fer italiens le régime détiuitif que le pays attend depuis longtemps. »
228 L ETAT MODERNE ET SES FOiNGTIONS.
leur liberté de vote. Déjà dans une nation comme la France, sur 11 millions d'électeurs, il se trouve au moins 1 million de fonctionnaires xDublics ou de gens, à un titre quelconque, subventionnés par le gouvernement. Tout accroissement de ce nombre ne peut qu'être nuisible à la liberté de la nation.
Un économiste allemand d'une rare impartialité d'esprit, Roscher, le reconnaît à l'égard des chemins de fer de TËtat, Tout en tombant dans l'erreur qu'en principe une administration d'État, pour un service aussi compliqué et aussi variable, peut être aussi compétente, aussi souple et aussi agile qu'une administration privée, tout en négligeant cette observation importante, faite plus haut par nous, que l'Etat, surtout l'Etat démocratique, à états-majors instables, sex)lace rarement, dans le choix de son personnel, au seul point de vue technique, Roscher écrit : u L'essentielle et inéluctable diflerence entre les chemins de fer d'iîtat et les chemins de fer privés consiste en ce que les premiers accroissent d'une façon monstrueuse {xingelieuer) la puissance actuelle du gouvernement: non seulement par les places dont il dispose, mais beaucoup plus encore par Tinfluence sur le commerce, à un degré d'autant plus élevé l'un et l'autre que la situation économique du peuple est plus dév^eloppée et son système de transports plus intensif (1) ». Le savant allemand expose que l'on a calculé qu'en 1876 l'administration des chemins de fer prussiens d'État absorbait entre le tiers et la moitié de la production totale du fer, entre le cinquième et le sixième de la production du charbon et qu'environ le dixième de la population de l'État dépendait d'elle.
Parlant de la reprise future de tous les chemins de fer privés par l'État français vers le milieu du xx° siècle,
(1) Roscher, Nationalôkonomik des Handels und Gewerbfleiszesy 2'® Au/lage^ page 402.
L'EXPLOITATIOiN des chemins de fer par l'état. 219 Roscher s'écrie : c< Ainsi, un gigantesque domaine auquel serait attachée une influence bien plus pénétrante que celle du domaine royal au moyen âge, et cela à une époque où presque tous les obtacles qui existaient alors à la toutopuissance de l'Etat ont disparu ».
Traitant des chemins de fer allemands qui, pour la pkis grande partie, appartiennent aux divers États germaniques, aussi bien aux petits et aux moyens États qu'à la grande Prusse, mais dont aucun, à l'exception du réseau alsacienlorrain, n'appartient àTempire à proprement parler, et examinant le projet d'un certain nombre de publicistes de transférer tous les chemins de fer du pays àTEmpire Allemand, Roscher dit : « Il appartient aux libéraux de voir si ce gigantesque accroissement de force de la puissance gouvernementale répond à leur idéal », et il conclut : « Si l'on ajoute à la centraUsation commencée de notre système de banque et de tant d'autres moyens de puissance du gouvernement prussien encore Tadministration impériale de tous les chemins de fer, alors le gouvernement impérial et prussien sera du fait comme sans limites; so ivird die Reichs-und preussische Staatsreglerung thalsâchlich so gut taie unbescJn^cinkt (1).
On doit applaudir à cette clairvoj^ance et déplorer la folie du peuple suisse qui remet à la fois à la confédération la banque d'émission et les chemins de fer. Tous les amis de la liberté politique et de la liberté privée doivent s'opposer aux invasions successives de l'État dans les domaines où le génie moderne a constitué de grandes installations permanentes (i).
(1) Roscher, op. cit^ pages iOi et 409.
(2) Mentionnons l'ouvrage : Die E isciibfthn-Poli fik Frankrcich^^ von Richard von Kaufinaun (2 tomes, Stuttgard, 189G); l'auteur, professeur à l'Université de Berlin, compare le système d'exploitation eu France et en Allemagne; il doune à presque tous les points de vue et comme conclusiou, dans l'ensemble, la supériorité au régime français, quoique aucun i)ays ne possède une administration plus capable et plus rigoureuse que l'administration prussienne. (Note de la 3® édit.}.