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CHAPITRE II

L'ÉTAT MODERNK, LE PROTECTlOiNNISME, ET LE CHAUVINISME.

UEtal moderne et le protecthjiiisme, page 424. — Les primes à certaines industries pa^^e 42G — Exemple frappant d'une industrie arriérée, disparaissant dans l'ensemble du monde et qui est développée par l'État français : la marine à voiles, page 42G. — Colossale absurdité du régime frcinçais à ce sujet, page 430.

L'Etat démocratirpie, proie de tous les intérêts particuliers et immédiats, n'ayant aucun organe pour sauvegarder l'intérêt général et permanent, est enclin à céder beaucoup plus aux exagérations du protectionisme que l'ancien État plus pondéré et plus rétléchi, page 431. — ,11 fait souvent la guerre aux liouveautés industrielles, page 431. — Exemples de cette guerre, page 432.

L'État moderne est ultrachauvin, page 432. — 11 tend à proscrire l'immigration étrangère, page 433.

Le pédantisme de l'État moderne, page 433.

Nous ne voulons consacrer que quelcxues très courtes réflexions à l'altitude de l'État moderne en ce qui concerne le régime industriel général, le protectionnisme et la liberté du commerce. Sur le débat entre les deux systèmes, nous renvoyons à notre grand ouvrage qui traite de l'économie f)olitique soit dans ses principe?, soit dans ses aj)plications (1).

Nous reconnaissons que, en dehors de T Angle terre, il n'y a guère de peuple qui put à l'heure actuelle, même sous la réserve de la taxation fiscale de quelques objets, adopter le Ubre échange absolu. Dans certaines circonstances, soit d'une manière permanente, par des considérations pohtiques et sociales, soit d'une façon temporaire, à certains stages

(I) Ti'aitc i/iL^rigiie et pratique cVéconomie politique. ^ volumes inoctavo.

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du développement économique, des mesures protectionnistes, ayant surtout un caraclère modéré, peuvent être recommandables. Il pourra en être ainsi tant que les diflérents peuples ne formeront pas une même nation et n'auront pas la même législation générale et fiscale.

Mais, entre des lois admettant pour quelques articles une protection limitée, ne nuisant d'ailleurs que très peu h la division du travail à la spécialisation des nations suivant leurs aptitudes propres ou celles de leur sol, et le protectionnisme quasi universel qui s'épanouit, avec des droits très élevés, aux États-Unis et en France, et qui impose à ce dernier pays, d'une étendue et d'une population limitée, la tâche contre nature de produire, sinon toutes les denrées agricoles ou toutes les matières brutes, ce qui serait impossible, du moins tous les articles industriels, ce qui prive la France du bienfait de la division du travail et l'adaiblit, il y a un écart immense.

Or, aux Etats-Unis comme en France, c'est surtout l'extrême démocratie, avec ses entraînements et son ignorance, le défaut de contrepoids de son système politique, qui est le facteur des exagérations du protectionnisme.

Les économistes du milieu de ce siècle s'imaginaient que la démocratie tendrait au libre échange ; c'est tout l'opposé ; ses préjugés l'en éloignent ; or, la démocratie extrême est surtout gouvernée par des préjugés. Elle ne voit qu'une chose, c'est que le protectionnisme arbore le drapeau de la défense du travail national, de l'ouvrier national, tandis que le libre échange apparaît comme une doctrine cosmopoUte.

L'extrême démocratie ne a oit jamais loin ; elle s'arrête toujours à la surface des choses ; les conséquences indirectes ou lointaines ou enchevêtrées des phénomèneslui échappent. De là vient que les sociétés démocratiques de l'AustraUe el

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de la Nouvelle Zélande à l'exception de la Nouvelle Galles du Sud, encore vacillante, sont hautement protectionnistes. De là vient aussi que, malgré ses intérêts manifestes dans le sens contraire, la Grande-Bretagne elle-même fait depuis peu de temps quelques concessions à cette doctrine.

En démocratie, on ne saurait trop le répéter, il n'y a aucun organe pour défendre Tintéret général et permanent; il ne se rencontre dans les divers pouvoirs publics que des représentants des convoitises particulières et immédiates.

Non content d'établir des droits élevés, souvent prohibitifs, sur un très grand nombre d'articles étrangers, de susciter ou de fortifier des monopoles à l'intérieur, comme ceux de la métallurgie et de la raffinerie en France et un nombre beaucoup plus grand aux États-Unis où ils s'installent et trônent cyniquement sous le nom de trusts y l'État moderne institue tout un système de primes pour le sucre, la soie, le chanvre, le Un, la navigation, la construction des navires; c'est là le règne de la fantaisie et de la faveur. On arrive parfois avec ces primes aux mesures les plus extravagantes.

Nous'n'en voulons d'autre preuve que ce qui se fait en France depuis une douzaine d'années pour la construction des navires. On a voté des lois donnant des primes à la navigation et d'autres à la construction des vaisseaux marchands ; au point de vue pohtique et mihtaire, peut-être même, dans une certaine mesure, au point devue économique, ces primes pourraient se justifier. Mais ce qui peint l'incommensurable légèreté de l'État moderne, c'est la répartition de ces primes: on les a combinées d'une façon si absurde qu'il est beaucoup plus avantageux de construire et de faire naviguer des voiUers que des vapeurs. Il en résulte cette absurdité que l'on arme très peu de ces derniers et beaucoup des premiers. Or, tous les grands pays commerçants et navigateurs, TAnyleterre et T Allemagne notamment, abandonnent déplus en

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plus les voiliers. La disparition de la marine à voiles anglaise et allemande n'est qu'une question de temps.

En voici la preuve pour l'Angleterre, dans deux tableaux : Tun donnant le relevé de la marine à voiles et de la marine à vapeur dans chacune des quinze dernières années, l'autre fournissant, pour la môme période, le relevé des constructions des navires de chacune des deux catégories (1).

Nombre total et tonnage des 7iavi?*es à voiles et à vapeur enregistrés comme appartenant au Royaume-Uni et employés tant dans le cabotage que dans le commerce étranger.

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