‹ L'Etat moderne et ses fonctions (volume 2)Chapitre 50 sur 81 · A VAPEUR · texte numérisé non relu

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L'ÉTAT MODERxXE, LE PROTEGTIOiNNISM E ET LE G[lÂUVL\ISME. 431

On le voit, si Ton considère les dernières années, les constructions ou achats à l'étranger de navires à voiles, de 1894 à 1897 par exemple, dépassent de beaucoup les constructions ou achats à l'étranger de navires à vapeur : les chiffres concernant les voiliers s'élèvent pour ces quatre années à 150 433 tonnes contre 95 559 pour les vapeurs. Nous savons que, en 1898 et 1899, ces constructions ou achats de voiliers, pour bénéficier des primes extravagantes du gouvernement, ont été aussi très importants.

Rarement, croyons-nous, on vit une semblable folie gouvernementale : TÉtat s'ingéniant par des primes à développer en France un matériel de navigation universellement considéré comme suranné et que toutes les grandes puissances commerciales et éclairées, la Grande-Bretagne et l'Allemagne notamment, abandonnent résolument. Bien plus, rÉtat s'acharne à ces subventions pour cet outillage arriéré au moment môme où il devient quasi certain que l'entreprise du canal interocéanique va s'effectuer et réussir, ce qui portera à lo grande navigation à voiles le dernier coup. Autant vaudrait modifier tout l'armement de notre armée et revenir aux piques et aux arbalètes, ou bien encore donner des primes pour remplacer dans les usines les métiers mécaniques par les métiers à bras.

Il est probable que, en étudiant de près les autres primes industrielles allouées par l'État moderne, on arriverait à des constatations aussi déplorables.

Or, ce système de primes, la plupart des États démocratiques en usent, non seulement la France ou la Hongrie, mais la République Argentine et encore plus le Brésil. La vanité y contribue autant que Terreur économique.

L'État ultradémocratique, proie des intérêts particuliers et immédiats, n'ayant, dans la mobilité de son personnel, aucun organe fortement constitué pour sauvegarder Fintérôt

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général et permanent, esl souvent hostile au progrès et aux inventions nouvelles. Découvre-t-on un produit à bon marché qui est de nature à facihter et à améUorer TaUmentation populaire, comme la margarine et la saccharine, TÉtat moderne, poussé par les corps spéciaux qu'alarme cette concurrence, prend immédiatement des mesures pour restreindre la portée de ces découvertes et les empêcher de se répandre. Aux deux cas que nous Amenons de citer on pourrait en joindre un grand nombre d'autres.

Dans un autre domaine, TÉtat moderne fait preuve d'une dangereuse facihté aux entraînements et d'un esprit agité et inquiet. La démocratie extrême est extraordinairement vaniteuse ; elle est en même temps jalouse et elle ne comprend ni n'admet aucunes convictions, aucunes croyances, aucunes mœurs différentes des siennes propres. Cette vanité collective de la démocratie fait qu'elle est ultrachauvine ; rimpériahsme qui a sévi récemment et qui dure encore en Angleterre et aux États-Unis a sa racine dans ce débordement d'amour-propre de l'Etat moderne ; sous l'impulsion d'un ancien radical, M. Chamberlain, avec le concours de la plus grande partie, sinon de la totalité, de la jjresse radicale, la Grande-Bretagne soit a Fachoda, soit à Johannesburg, ne A^eut pas seulement obtenir satisfaction sur des points déterminés ; elle trouverait cette satisfaction incomplète, si dans la forme elle ne comportait pas une humiliation manifeste tantôt pour un grand État, la France, tantôt pour un petit État, le Transvaal. Aux États-Unis, il n'en va pas autrement, et dans les deux pays ce sont les anciennes hautes couches sociales, aujourd'hui privées de la plupart de leurs moyens d'action, qui s'efforcent de lutter, mais dans des conditions peu favorables, contre ces entraînements.

La jalousie collective de la démocratie crée aussi Tanti-

sémitisme, celte reviviscence moderne de l'esprit delà ligue.

Enfin, le chauvinisme et la jalousie collective réuniespoussent la démocratie, et par conséquent TÉtat moderne qui ne sait pas lui résister, à des mesures d'exception ou d'exclusion contre les ouvriers étrangers. Ni l'ouvrier américain, ni l'ouvrier français ne veulent admettre la concurrence de rémigrant pauvre ; même pourles travaux qu'ils ne consentent pas à faire, parce qu'ils les jugent trop rudes ou trop rebutants, ils s'indignent de ce que les étrangers s'en chargent. Les législatures se mettent à légiférer contre les ouvriers étrangers.

Il y a, de ce chef, toutes sortes de germes de conflits internationaux ; ils tendront à s'aggraver, au fur et à mesure que s'accentuera le contraste entre laprolificité extrême et la stérilité systématique de peuples voisins (1).

Le pédantisme, la manie d'inculquer à la généralité des hommes les ojjinions, les manières d'être, les habitudes d'un petit groupe dominant, sont aussi un des traits qui caractérisent rÉtat moderne, très peu tolérant de sa nature ; on en trouverait des exemples dans l'administration de la confédération suisse et de certains de ses cantons ; nous ne pouvons ici que signaler ce défaut.

On voit combien ri^tat moderne est loin de répondre à l'image idéale que s'en font certains docteurs, quelle nécessité il y aurait de lui trouver et de lui imposer un frein, en tous cas de réduire les tâches qu'il assume avec une présomption croissante.

(1) Voir sur ce sujet iKjlre Traité llié trique et jyratiqae d'économie 2wlitiqiiQ, tôiïie IV, pages 507 à 624.

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