‹ L'état moderne et ses fonctions (volume 4)Chapitre 26 sur 55 · INTERVENTION DANS LE RÉGIME DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

INTERVENTION DANS LE RÉGIME DU TRAVAIL

l'Etat est le représentant naturel et unique de la perpétuité

; de la nation; il doit veiller à ce que la race ne s'abâtar-

disse pas, même par ses imprudences volontaires ou par ses

excès réfléchis. L'Etat doit assurer la vigueur et la santé des générations futures.

Ce raisonnement contient une parcelle de vérité ; mais quel abus on en peut faire ! Si l'on voulait l'appliquer dans tous les domaines, il faudrait réglementer minutieusement tous les actes de l'homme, même ceux qui intéressent le plus la dignité et la liberté intime; on aboutirait à une organisation à la Lycurgue.

Le sophisme consiste à interpréter tous ces termes de sécurité, commodité, faibles, protection, dans le sens le plus large, dans leur acception figurée, au lieu de les prendre dans leur sens étroit et leur acception positive.

Comme en outre, pour chaque génération ou même pour les divers partis qui se succèdent au pouvoir, ces différents vocables dépourvus de toute signification précise, n'ont plus qu'un sens flottant et variable, il en résulte que la machine parlementaire est assujettie à un effroyable travail pour faire et défaire les lois.

Le vice-président de la Société britannique de législation, M. Janson, d'après Herbert Spencer, a constaté que depuis le statut de Merton (20, Henri HI), c'est-à-dire depuis l'an 1236, jusqu'en 1872, le parlement anglais avait voté 18,160 mesures législatives, dont les quatre cinquièmes avaient été abrogées entièrement ou en partie.

Mais le mécanisme législatif de la Grande-Bretagne était fort lent dans les siècles écoulés; il a participé, dans la seconde moilié de ce siècle, de l'accroissement de rapidité dont ont bénéficié toutes les machines quelles qu'elles soient. Dans les trois années 4870, 1871 et 1872, Herbert Spencer calcule que, sans compter les lois absolu-

ment nouvelles, le législateur britannique a amendé ou abrogé complètement 3,532 lois antérieures.

D'un autre côté, le comte de Wemyss, président de la Liberty and Property Defence League, donne dans un de ses opuscules, la liste de 243 mesures législatives, acts on bills, ayant un Caractère socialiste, qui ont été votées par le parlement anglais de 1870 à 1887 (1).

Grisé par ce mouvement législatif perpétuel, un homme public anglais s'écrie que « la doctrine du laisser-faire est aussi morte que le culte d'Osiris. »

Cette excessive fécondité et celte frivole inconstance des législatures modernes font douter qu'elles soient en possession de la vérité. Ces centaines de lois, souvent assez récentes, que l'on abroge chaque année, suggèrent à l'observateur la remarque que le législateur actuel ou futur n'est ou ne sera pas plus exempt d'erreur.

On n'en continue pas moins, en tout pays, à vouloir réglementer à outrance le régime du travail et, dans des plans gigantesques, on se plait à rêver que l'on pourra mettre un jour toutes les nations d'accord pour l'établissement d’un régime international de protection des travailleurs.

(1) Socialism at St-Stephen's, by tbe earl of Wemyss,

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