‹ L'état mystiqueChapitre 13 sur 99 · ENSEIGNEMENT DES PÈRES · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT DES PÈRES

Centurie xxix) témoigne non moins clairement des lumièressupérieures que le Seigneur accorde à l'âme fidèi« et généreuse,, et qui la font parvenir à la contemplation :

« Si tu t'appliques à entretenir dans le seerel de ton cœur dessentiments d'humilité, de sagesse, gardant le souvenir de la mort, offrant à Jésus tes plaintes et tes supplications, si tu marches avec vigilance et pureté par la voie étroite, mais douée et délicieuse de l'intelligence, muni de ces armes, tu parviendras aux saintes contemplations des saints, et de profonds mystèr('s te seront mis en lumière par le Christ, en qui sont cachés tousles trésors de science et de sagesse, en qui habite corporellement la plénitude de la D-ivinité. Tu sentiras que Jésus a envoyé dans ton âme l'Esprit-Saint par qui l'esprit de l'homme est éclairé.

« Comme le charbon produit la flamme, beaucoup mieux Dieu, habitant dans un cœur parle baptême, s'il trouve l'atmosphère de notre âme purifié des souffles du mal, bien préservé sous la garde de la raiscvn, allumera notre intelligence pour qu'elle puisse vaquer à la contemplation, comme le feu enflamm» la cire. (2^ Centurie, ïfi 3.)

« La garde du cœur mérite d'être appelée productri'ce de lumières (ici quatre mots qui tous signifient illuminatrice) ; elle surpasse tout ce qui est sensible, elle dépasse un grand nombre de vertus. Aussi en raison des lumières qu'elle donne méritct-elle les qualifications les plus honorables. Ceux qui aspirent à CCS lumières précieusrs peuvent par Jésus-Christ, de pécheurs qu'ils étaient, d'êtres inutiles, souillés, ignorants, insensés, devenir justes, utiles, purs, saints, pleins "de sagesse; ils peuvent devenir contemplatifs, et être transpercés du rayon de l'infinie lumdèpe. l's demeurent et vivent dans cette lumière parce qu'ils ont goûté combien le Seigneur est doux. . . En vérité, oui, en vérité, ceux-là seuls offrent de vraies prières et de dignes hommages à Dieu, avec lequel ils se plaisent à s'entretenir parce qu'ils l'aiment. » {Ibid., u° 69.)

§ 2. — Saint Basile, Saint Grégoire de Nysse, Saint Maxime

21. Saint Basile, dans la préface de son livre sur les constitutions monastique^s, nous montre cfuel est le terme auquel doivent conduire la vie solitaire et ^a vie cénobitique. « Celui qui désire-

être libre des biens du monde, , , consacre sa vie à Dieu, fait profession de chasteté et, pour y demeurer fidèle, soutient contre les passions les plus violentes de généreux combiits. IJ s'enflamme alors d'amour pour Dieu, il désire participer au moins dans quelque mesure à l'impassibilité, à la pureté toute spirituelle, au calme et à la tranquillité, à la mansuétude de son Bien-Aimé et goûter les joies et les délices que ces dispositions produisent; et comme toutes les passions terrestres et sensuelles sont pour l'âme une cause de trouble, il en repousse loin de lui avec empressement toutes les pensées. Alors l'œil de l'âme étant devenu pur et sans ombre, il contemple les choses divines, grâce à la lumière d^en haut qui le remplit abondamment sans le rassasier. Quand cet état est devenu, par l'exercice, l'état habituel de son âme, il s'unit à Dieu dont il a acquis autant qu'il est possible la ressemblance,- et auquel il est devenu cher entre tous. Après avoir soutenu de pénibles combats et avoir réussi à dégager son esprit, malgré l'union étroite de celui-ci avec la matière, du mélange des passions sensibles, il devient capable de s'entretenir avec Dieu. Il est donc juste et convenable que celui qui, par les efforts dont je viens de parler, est arrivé à cet état, ne se laisse pas entraîner de nouveau par les convoitises de la chair, qu'il ne permette pas aux vapeurs des viles passions de troubler et de couvrir d'un voile épais le regard de son âme, et de lui faire perdre ainsi la spirituelle et divine contemplation. »

C'est la doctrine constante des Maîtres qu'expose ici saint Basile : qu'on lutte vaillamment contre la nature, que l'on pratique le véritable détachement, on acquerra ainsi la pureté •de l'âme, et alors sera communiquée une lumière céleste qui sera le principe de la contemplation et du véritable amour de ■de Dieu i.

Écoutons le même saint Docteur expliquant le premier verset du Psaume xxxii Exsultate justi in Domino : « Réjouissezvous, justes, dans le Seigneur, réjouissez-vous, non de la prospérité de vos affaires domestiques, de l'état heureux de votre santé, ou de l'abondance de vos récoltes, mais de ce que vous avez un Dieu qui est si beau, si bon et si sage. Que cette joie-là

' Cf. Vie d'Union. Table analytique, IV. Moyens à employer pour sa disposer à recevoir de Dieu, etc. ^

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VOUS suffise . . , L'Écriture exhorte donc les justes à comprendrequel honneur c'est pour eux d'être les serviteurs d'un tel Maître, à en éprouver une joie inénarrable, et à s'abandonner aux saintstransports de l'amour. Si quelque lumière tombant sur votre cœur vous donne de Dieu une connaissance soudaine, et éclaire votre âme de façon à lui communiquer Vamour de Dieu et le mépris du monde et de toutes les choses terrestres, vous avez là une image faible et passagère de l'état des justes qui goûtent en Dieu une joie toujours égale. »

A propos de ce verset du Psaume xliv, Speciosus forma prœ filiis hominum, vous êtes beau plus que tous les enfants des hommes, saint Basile fait les réflexions suivantes :

« Il est évident que le prophète (David) ayant contemiplé la beauté éclatante du Seigneur, et étant tout environné de la splendeur qui en rejaillit, s'est senti le cœur blessé et rempli d'un amour ardent pour cette beauté toute spirituelle. Quand cette beauté se révèle à Vâme humaine, tout ce qu'elle aimait auparavant lui paraît vil et méprisable. »

« Si l'on veut parvenir à la contemplation de Dieu, dit saint Grégoire de Nysse, il faut purifier son intelligence de tout cequi est sensible et matériel, rejeter loin de son esprit tout ce qui vient par les sens; il faut que l'âme renonce à avoir commerce avec le corps, son conjoint; alors seulement elle pourra approcher de la montagne.

« Cette montagne escarpée, d'un accès si difficile, dont le vulgaire ne connaît que la partie inférieure, qu'est-ce autre chose que la Théologie ou la science de Dieu ^ ? »

« Quand l'âme se recueille, dit saint Maxime, et qu'elle s'adonne à la divine contemplation, elle laisse au-dessous d'elle les formes sensibles, les conceptions de l'esprit, et même, j'ose le dire, ses propres actes, pour recevoir le rayon de la science céleste. » {Cent, v, 69.)

* Nous avons montré dans un autre ouvrage comment le mot Théologie avait été employé par les Pères pour désigner cette connaissance supérieure de Dieu due aux lumières de la grâce. Vie d'Union, n»» 53, 54, 57, 58, 74, 141, etc.

I 3, — Saint Augustin, Saint Grégoire le Grand

22. Dans son livre De Doctrina Christiana (1. II, c. 7) saint .Augustin énumère les degrés par lesquels l'âme monte jusqu'à la sagesse.

Avant tout il faut par la cr ainte de Dieu se tourner vers Lui pour co-inaîLre sa volonté et savoir ce qu'il défend et commande. Cette crainte doit nous rappeler la pensée de la mort. Puis il faut que la piété nous rende doux et prêts à recevoir les leçons d,' l'Écri'ure. Ensuite doit venir la science : on doit étudier l'Écriture, où l'on apprend qu,'il faut aimer Dieu pour Luimême et le procliain pour Dieu; aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et le prochain comme soi-même. On apprend aussi par rÉcrit«re qu'étant retenu par l'attache aux choses temporelles on est encore loin de ce grand amour de Dieu et xlu prochain que l'Écriture prescrit. Alors grâce à la crainte qui fait redouter le jugement de Dieu, grâce à la piété qui nous porte à hien recevoir les enseignements de l'Écriture, on ne peut pas ne pas pleurer sur soi. De là des prières ardentes pour obtenir le secours de Dieu, et l'âme entre dans le quatrième degré, qui est celui de la force, cù l'on a faim et soif de la justice et où l'on se détache de l'affection aux jouissances empoisonnées des choses passagères et l'on s'éprend d'amour pour les éternelles, pour le Dieu unique et trine.

En voyant cette Trinité sainte qui brille d'une si vive lumière, et en comprenant qu'on ne peut, vu la faiblesse humaine, soutenir une telle, gloire, dans le cinquième degré, q.ui est le conseil •de la miséricorde, on s'applique à purifier son âme, encore agitée et troublée par les souillures qui .lui viennent de ses basses passions.

On s'applique alors à pratiquer avec- ardeur l'amour du prochain et quand on est arrivé à l'amour des ennemis, on entre dans le sixième degré, où l'œil de l'âme est purifié et rendu capable de contempler Dieu, autant qu'il peut l'être par ceux qui s'efforcent selon leur pouvoir de mourir au siècle. Car autant ils meurent au monde, autant ils contemplent Dieu, et autant ils i'Lvcnt encore au monde, autant ils sont empêchés de contempler Ditni. Bien que cette lumière qui leur-est montrée soit déjà jplus certaine et non seulement plus supportable, mais aussi

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