ENSEIGNEMENT DES PÈRES
plus agréable, cependant Dieu est toujours vu en énigme et dans un miroir, parce que tant que nous sommes en cette vie nous marchons par la foi et non par la vue. Dans ce sixième degré on purifie si bien l'œil du cœur que l'on préfère la vérité au prochain et à soi-même, on a le cœur si droit, si pur, que l'on ne se détourne pas de la vérité ni pour plaire aux hommes, ni pour éviter aucune sorte de peine.
Alors on monte à la sagesse, qui est le septième degré, et on «n jouit dans la paix et la tranquillité.
Cette sagesse, qui est le degré suprême, saint Augustin la définit ailleurs : « La science, dit-il, consiste dans la fuite du mal; et la ftagesse dans la connaissance et l'amour de V Éternel, de l'Immuable, qui n'est autre que Dieu. {Enarr. in ps. cxxxv, P. L., XXXVII, c. 1760.)
23. Il serait trop long de citer tous les passages de saint Grégoire dans lesquels ce grand Pape, qui fut parmi les Pères de l'Église latine l'interprète le plus sûr et le plus, complet de la doctrine mystique, parle des lumières accordées aux contemplatifs. Qu'un seul passage suffise : « Celui qui vit de la vie intérieure, celui-là reçoit la lumière de la contemplation; ceux qui, au contraire, se préoccupent à l'excès des choses extérieures, ceux-là ne savent pas quel écoulement de l'éternelle lumière se répand dans l'âme par les fentes de la contemplation ^ Ce n'est point en effet par des images et des formes sensibles que l'on peut obtenir la lumière invisible. Celui qui aspire à recevoir cette lumière contemplative doit veiller avec un soin extrême à garder son cœur dans l'humilité, à ne jamais se prévaloir de la grâce qui est versée dans son âme. Il doit bien comprendre pourquoi les esprits des contemplatifs sont figurés ici par des fenêtres obli.ques ^ : c'est que par une fenêtre oblique la lumière pénètre, mais le voleur ne peut entrer; de même les vrais contemplatifs se maintenant toujours dans des sentiments de
1 Cette lumière qu'obtiennent les contemplatifs, vient de dire le saint Docteur, est bien peu de chose (comparée à la plénitude de lumière qui éclaire les élus), mais ce peu suffit pour dilater leur cœur et augmenter en eux la ferveur et Vamour.
* Le saint Docteur commente ici ce passage d'Ézéchiel : Et fenestras obliquas in thalamis, Ez. XL, 16.
profonde humilité, la lumière de la contemplation a accès dans leurs esprits, mais non l'orgueil. » {In Ezech., 1. II, Hom. 5, n» 18.)