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Enfin à la fin du même xvii^ siècle, un Jésuite bien

' Cum vita spirilualis duplex sil, activa et contemplativa — il dit ailleurs (cap. Il) acliva et passiva — ad activam duo priores status (incipientiutii et proficientium) pertinent; tertius (perfectorum) ad conlemplativam. [Via compendii ad Deum, ch. viii, n" 6.)

128 LA VOIE liMTIVi;

connu, le P. Jean Grasset (1618-1692), expose dans une bell<page cette doctrine vraiment traditionnelle^.

« L'âme arrive à Vunion divine et aux noces de l'Agneau par trois de ses opérations, par la méditation, par l'affection et par la contemplation. La méditation instruit l'esprit, l'affection échauffe le cœur, la contemplation unit l'âme à Dieu. La méditation la purge de ses vices et de ses erreurs, l'affection l'enflamme et lui fait pratiquer de bonnes œuvres, la contemplation l'élève et la fait entrer dans le cabinet de l'Époux. La méditation est pour ceux qui commencent, l'affection est pour ceux qui avancent, la contemplation est pour les parfaits. Dans la méditation l'esprit cherche, dans l'affection le cœur désire, dans la contemplation l'âme trouve ce qu'elle cherchait et jouit de ce qu'elle désirait. L'esprit travaille dans la méditaiion, le cœur soupire dans l'affection, l'un et l'autre se reposent dans la contemplation. Ainsi Vunion divine est une jouissance de Dieu, que l'âme a cherchée par la méditation, qu'elle a attirée par l'affection, et qu'elle a trouvée par la contemplation. »

135. Tant que l'on comprit comme nous l'avons expliquée la nature de l'état mystique et contemplatif, cette doctrine fut universellement acceptée, et les écrivains qui l'exposent jusqu'au xvii^ siècle ne soutiennent aucune discussion, ne soupçonnent aucun contradicteur. On les eût bien étonnés, si on eût parlé de distinguer deux voies unitives tout à fait différentes l'une de l'autre, on les eût plus élonnés encore en assurant que la voie unitive sans les grâces mystiques était la voie commune et ordinaire, et la voie unitive avec la contemplation, la voie extraordinaire et exceptionnelle.

§ 3. — Conception nouvelle de Vétat mystique et dédoublement de la voie unitive

136. Vers cette époque la notion de l'état mystique se modifia profondément. Nous avons dit plus haut (noil4) comment, dès la fin du xvi^ siècle, une déviation déplorable avait commencé à se produire dans l'enseignement de la doctrine mystique; mais

• Consiiléralions aiir les principales actions du chrétien, xiV^ consid.

à la fin du xvii^ siècle l'altération de la vraie doctrine était encore plus marquée. D'après la conception que Bpssuet se faisait de l'état mystique, c'était un état vraiment miraculeux, Dieu réduisant l'âme à l'impuissance absolue d'user du raisonnement; aussi assurait-il que l'état mystique, dans lequel, d'après lui, « il n'y. a ni ne peut y avoir de mérite », n'ajoutait rien à la perfection de celui qui le reçoit. Et, pour le prouver, il alléguait un passage de sainte Thérèse qui afïïrme ce principe, non pas de l'état mystique, mais des apparitions de Notre- Seigneur ! ! {Instr. sur les états d'oraison.)

137. Honoré de Sainte-Marie proftsse la même doctrine. « Voilà ce qu'on appelle contemplation infuse, passive, surnaturelle ou oraison extraordinaire; car tout cela revient au même, lorsque par la suppression de tout acte du discours et de propre effort, qui est selon notre manière ordinaire d'agir, on est mû par un secours extraordinaire du Saint-Esprit d'une façon merveilleuse. » (3^ part. Dissert. 3, art. 1.) Partant de cette notion il est amené à des conclusions analogues, il distingue deux voies d'union fort différentes l'une de l'autre : la voie commune et la voie mystique, et il établit en thèse que la perfection consiste essentiellement dans l'union de la voie ordinaire, qui est pour lui la voie non mystique. {Ibid., Dissert. 6, art. 2, § 2.)

Mais quand il s'agit d'appuyer par des textes cette doctrine, cet auteur, pourtant si érudit, n'allègue que quelques passages auxquels il donne une interprétation manifeîiement erronée. Saint Bernard déclare que beaucoup voudraient jouir ici-bas d'un repos absolu, exempt de toutes peines et labeurs, mais ils n'obtiennent qu'après avoir quitté ce monde cette paix complète 1. Honoré de Sainte-Marie entend par ce repos absolu l'état mystique (! !), il en conclut que, d'après saint Bernard, beaucoup d'âmes très parfaites n'arrivent jamais ici-bas à l'union mystique ! !

Saint Grégoire dit que la contemplation est^ccordée aussi bien aux personnes de haute dignité qu'aux gens d'humble condition, plus souvent aux personnes retirées du monde.

1 Voir la doctrine de saint Bernard dans la Vie d'union. On trouvera le texte susdit au n° 166.

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parfois aussi aux gens mariés eux-mêmes. « Ssepe hanc (conlemplationis gratiam) summi, saîpe minimi, ssepius remoti, aliquando etiam conjugati percipiunt. » Honoré de Sainte Marie ^ entend summi des parfaits, minimi des gens peu avancés, remoti « de ceux qui paraissent moins disposés pour cela n;^ ce sont eux, d'après sa traduction, qui reçoivent le plus souvent la grâce de la contemplation ! ! On ne voit plus guère à quel propos saint Grégoire place ici les gens mariés 1 Et voilà une preuve de plus que la contemplation n'a pas de rapports avec: la perfection ! !

Le même auteur allègue encore le passage de sainte Thérèse auquel nous avons plusieurs fois fait allusion {Supra, n°^ 40, 116, 117), où la sainte déclare que l'union extatique, et non pas l'union mystique, n'est pas indispensable et ne doit pas être désirée. Il est vrai que, d'après la façon dont il entend l'union mystique, celle-ci ne diffère guère de l'union extatique, il va même jusqu'à les confondre. « Nous devons demander à Dieu de Lui être unis;. .. c'est dans cette union que consiste tout notre bonheur en cette vie. Il n'en est pas de même de l'union mystique ou extatique, qu'on ne peut pas, selon les théologiens '^, demander à Dieu sans présomption et sans s'exposer à plusieurs illusions. »

Enfm il renvoie à quelques auteurs, lesquels enseigneraient" que Dieu accorde souvent la grâce de la contemplation aux imparfaits. Que Dieu le fasse parfois, tous en conviennent : qu'il le fasse souvent, les auteurs allégués ne le disent pas. « La grâce, dit Cassien à l'endroit indiqué ^, ne dédaigne pas de visiter quelquefois les tièdes et les négligents, et de répandre dans leurs âmes ces inspirations et cette abondance de saintes pensées dont vous parlez, » Gomment Honoré de Sainte-Marie a-t-il vu ici la preuve que la contemplation est souvent accordée aux imparfaits; comment peiit-il' renvoyer à ce texte pour

' Antoine du Saint-Esprit en 1677 dans son Direciorium mysticutn (Tr. III, disp. III, § 6), avait déjà cité dans ce sens ce texte du saint Docteur, mais il semble qu'il n'avait pas osé développer sa pensée.

* Nous ne savons à quels écrivains de son temps, oubliés aujourd'hui, il fait allusion.

» Conf., IV, n» 5.

DE l'État mystique 131

démontixT que l'union mystique est de supejfélation, et que c'est l'union non mystique qui constitue la perfection?

138. Il faut bien le reconnaître, les preuves manquaient pour établir qu»; la voie unitive se dédouble; mais, on avait fait de la contemplation, de l'état mystique, un don tout à fait extraordinaire, on le dépeignait sous de telles couleurs qu'on ne pouvait le reconnaître que chez les extatiques. Dés lors, comme nombre d'âmes arrivent à la perfection et, par conséquent, à la voie unitive sans recevoir d'aussi hautes faveurs, on fut amené à cette conclusion : il y a donc une voie unitive ou parfaite sans contemplation. On dut alors admettre une bifurcation de la voie unitive. On était logique, mais on cessait d'être d'accord avec la doctrine traditionnelle.

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