‹ L'état mystiqueChapitre 34 sur 99 · SENTIMENTS MYSTIQUES · texte numérisé non relu

SENTIMENTS MYSTIQUES

Iristtsse que comme II lui plaisait, non plus que d'occupation à mon esprit, qui n'en pouvait prendre d'autre que celle qu'il lui donnait. » (Autobiographie, p. 77.)

169. Cet état de passivité est le sommet de l'état mystique; il aide à comprendre les degrés moins élevés, où la motion de lEsprit-Saint est loin d'être aussi sensible, mais existe cependant; car dans tout état mystique il y a infusion de lumière et d'amour. - - --

Il faut donc, dans l'état ascétique, faire effort; il faut raisonlitr pour obtenir la lumière, il faut se faire violence pour avoir la force d'agir. Sans doute. Dieu aide à faire l'effort, mais la grâce '■■^irée, la grâcequi éclaire, la grâce- qui fortifie ne vient que par

ite de cet effort. Si l'âme voit devant elle un obstacle, elle se rai- -. 'ime, elle s'anime, elle se résout à se faire violence pour le briser; ainsi elle obtient laborieusement la grâce. Dans l'état mystique, surtout quand il a atteint son plein développement, l'action divine est plus prévenante; elle devance nos déiibérations; sans qiu' l'âme raisonne. Dieu verse en elle une grâce qui l'éclairé, qui l'embrase; Il la sollicite, souvent II la pousse à briser les obstacles, ou plutôt Lui-même les brise, l'âme n'est que son instrument libre et heureux, car elle trouve paix et bonheur dans les violences qu'elle s'impose, dans les souffrances qu'elle endure.

§ 4. — Les sentiments mystiques : paix, suavités, désirs, peines

170. On n'aura de l'amour mystique qu'une idée incomplète, on comprendra mal ses ressemblances et ses différences avec l'amour ascétique, si on ne sait pas analyser les effets qui l'accompagnent, qui souvent le révèlent à l'âme aimante ellemême; car il est plus facile de constater les effets de l'amour que l'amour lui-même.

Divers sont les effets que le même amour peut produire. Tantôt il cause des joies très douces, tantôt des peines amères, parfois il se borne à inspirer d'énergiques résolutions; mais il n'existe guère sans être accompagné de ces sentiments suaves ou pénibles ou de projets généreux. Quand l'Esprit-Saint verse dans l'âme l'amour mystique. Il le verse ou bien avec des suavités qui peuvent être très variées, ou avec des peines plus ou moins amères, ou avec des résolutions fortes et solides.

Ifli ASCÉTISME ET MYSTICISME

Les joies de l'amour sont variées. La joie d'aimer est déjà à ollo seule une joie très douce, d'autant plus douce que l'amour t st plus pur et plus parfait. L'œil se plaît à regarder, l'oreille à écouter, l'intelligence à exercer sa pénétration, à chercher, à trouver, à contempler le vrai; aussi quelle souffrance quand l'œil ne peut plus voir, quand l'oreille ne peut plus percevoir les sons, quand l'intelligence se sent obscurcie, impuissante; la peine ressentie fait comprendre tout ce que l'âme trouvait de douceur à user de ses facultés. De même, et plus encore, le cœur se plaît à aimer et, comme l'amour est le. plus élevé des actes humains, le simple exercice de l'amour peut procurer de vraies délices.

Mais l'amour engendre des désirs qui, s'ils sont satisfaits, apportent au cœur d'autres joies, et ces joies, différentes de la joie d'aimer, sont différentes entre elles de goût et de douceur. Ainsi, pour un père, la joie de voir son enfant remporter de brillants succès, celle de le retrouver après une longue absence, celle de le voir échapper à un grave danger, celle de le savoir vertueux, estimé de tous, sont des joies de saveurs très différentes.

Il n'est pas nécessaire que l'être aimé soit présent, que l'on jouisse de sa vue, de son entretien, pour que l'amour procure ces joies : la mère dont l'enfant n'est pas encore né goûte à l'avance les joies de la maternité; elle se complaît à penser à son époux absent ; elle trouve un plaisir très vif dans le seul souvenir de tous ceux qu'elle aime.

171. L'amour mystique, étant de lui-même très élevé et très pur, est d.; nature à donner à l'âme une très douce satisfaction; comme il réside dans la partie supérieure de la volonté •, cette satisfaction en elle-même n'est pas sensible; c'est une paix intime et profonde qu'il est impossible de faire comprendre à qui ne l'a pas goûtée. Si elle rejaillit sur la partie inférieure, les suavités deviennent sensibles, et comme l'âme alors y participe tout entière, elle goûte de grandes délices.

Sainte Thérèse indique à diverses reprises que les joies de la

' Notre-Seigneur dit à sainte Thérèse que le mot spirilus, dans le deuxième verset du Magnificat : Et exultavit spiritus meus, désigne la partie supérieure de la volonté. Relacion, t. II, p. 59. Gerson avait expliqué de même ce verset (Alphabet, 17, circa finem.)

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