‹ L'état mystiqueChapitre 37 sur 99 · MÈRE VÉROMQUE DU CŒUR DE JÉSUS · texte numérisé non relu

MÈRE VÉROMQUE DU CŒUR DE JÉSUS

194. Elle dit ailleurs : « Je suis vraiment heureuse dans mon martyre, je bénis mes croix intérieures, qui m'ont découvert un Dieu si aimable, si beau dans ses justices, si grand et si haut dans sa sainteté, et je ne sais jusqu'où je voudrais porter mes immolations, si mes péchés n'y mettaient obstacle. De ces lumières mises en moi par la bonté de Dieu est venu un désir des plus violents d'être réunie à Lui, de connaître pleinement ce que je ne fais qu'entrevoir à peine .et de Lui rendre des hommages plus dignes de Lui. Je me sens, par moments, si fortement impressionnée de la miséricorde de Dieu à mon égard, tout en éprouvant les terreurs de sa justice, que je suis en un martyre des plus cruels par suite des désirs et des élancements de mon âme vers ce souverain Bien. Mon âme est entre deux désirs violents i, aller vers Dieu et tenir compagnie à Jésus délaissé. Il semble que Dieu Vfut que je porte en moi ces deux martyres, qui en entraînent tant d'autres. Je les saisis avec des étreintes d'amour. » Le martyre que lui fait subir la justice divine semble être le premier, mais le martyre de l'amour est le plus fgirt : « Je sens tellement ce qu'est la justice divine, écrit-elle, que le martj'^re sanglant est doux en comparaison de celui-ci. Je me sens fortifiée dans ce martyre par un sentiment de la sainteté de Dieu de jour en jour plus vif et plus profond. Pms ce sentiment sera fort, plus mon âme sera capable de souffrir et de porter après cette souffrance une autre souffrance, qui est encore plus grande : le martyre de l'amour. » (/ètrf. p. 273.)

Ce martyre de l'amour était parfois produit comme par des flèches lancées de la main de l'Époux céleste, et ces flèches produisaient et entretenaient la plaie d'amour : « Si vous pouviez voir dans mon âme les plaies que l'amour a faites, vous en seriez bien étonné, sachant le fond de misères que je porte. » Ce martyre d'amour prend aussi la forme d'un feu dévorant : 0 J'ai mon cœur comme dans une fournaise, je suis pleine du don de Dieu : qu'il est grand, qu'il est bon. »

« La croix et l'amour, quels bourreaux actifs ! Que Dieu est sévère, que Dieu est bon I Comme II se dévoile dans sa justice, comme II me fait sentir l'amour dans ses rigueurs I Je suis con-

* Ainsi parlait saint Paul : Coarclor e duobus, desiderium hahens dissolvi, etc. Phil, i, 23.

178 PHÉNOMÈNES d'oRDRE ANGÉLIQUE

sumée de la soif de la justice divine qui m'écrase. Je suis pressée, suffoquée, et comme à l'agonie. Je m'élance vers le Dieu infiniment juste, inflniment saint, infiniment aimable; je m'élanc*^ vers Lui et je ne puis l'atteindre. Je Le saisis, je l'étreins, je suis en Lui, et II me repousse de toute la force de sa justice, de toute la force de sa sainteté. Quel combat affreux ! Oh 1 si Dieu n'était pas là, où en sèrais-je? J'en mourrais. Impossible à la nature de porter tant de coups à la fois. . .

« Je suis broyée sous l'amour et la justice tout ensemble; je ne sais ce qui domine, sinon peut-être que l'amour me déchire plus fort, me purifie davantage. »

Cependant dans cette agonie continuelle son âme jouit : « Je souffre, il me semble, comme Jésus a souffert, sous les plus dures épreuves de Dieu, souffrant-^t jouissant à la fois. Je me vois en Dieu comme un petit point qui y est perdu; mon âm^ nage en Lui comme dans un océan de lumière et d'amour. C'est la béatitude du ciel au milieu des peines de la réprobation les plus violentes. Il y a en moi un mélange de béatitude et de douleurs, d'élévation dans la puissance de Dieu et d'anéantissement dans la perte de moi-même, il y a anticipation de la vie du ciel au milieu des peines les plus atroces. Et ces états sont en moi sans interruption. »

195. On pourrait multiplier les citations et en remplir des volumes; mais celles-ci ne suffisent-elles pas surabondamment pour montrer combien est fondée la distinction entre l'état mysticjue et l'état ascétique, entre la contemplation et la méditation, et combien les lumières communicjuées immédiatement par l'Esprit-Saint, les impulsions d'amour qui viennent de Lui directement sont supérieures à celles que l'on acquiert, même avec l'aide de la grâce, par le moyen des considérations et des raisonnements?

Page 1