LUMIÈRES PUREMENT SPIRITUELLES
198. Des vérités abstraites peuvent être aussi l'objet d'une perception purement spirituelle. Quand ces vérités se rapportent à Dieu, elles donnent de très hautes connaissances de ses perfections. Beaucoup de Saints ont eu ce qu'ils appellent des visions intellectuelles de la Sainte Trinité ; ce ne pouvait être autre chose que des conceptions angéliques, qui leur étaient merveilleusement communiquées; les anges ont pu en avoir de semblables dans l'état d'épreuve; il ne nous paraît pas douteux que de semblables lumières soient données aux âmes du purgatoire, quand elles sont suffisamment purifiées, pour les disposer à l'état de gloire.
La Vénéreible Marie de l'Incarnation fut à trois reprises favorisée de ces vues angéliques sur la Trinité : « En un moment, raconte-t-elle, mes yeux furent fermés et mon esprit élevé et absorbé dans la vue de la Très Sainte et Très Auguste Trinité, d'une manière que je ne puis exprimer. En ce moment, toutes les puissances de mon âme furent arrêtées et pâtissantes dans V impression i qui leur était donnée de ce sacré mystère, laquelle impression était sans forme ni figure, mais plus claire et plus intelligible que toute lumière, me faisant connaître d'abord que mon âme était dans la vérité, puis, en un moment, me faisant voir le divin commerce que les trois divines Personnes ont ensemble, l'intelligence du Père, qui, se contemplant soimême, engendre -son Fils, ce qui a élé de toute éternité et sera éternellement. Mon âme était informée de cette vérité d'une façon ineffable qui me fit perdre toute parole, car elle était abîmée dans cette lumière. Ensuite, elle voyait l'amour mutuel du Père et du Fils produisant le Saint-Esprit, ce qui se faisait par un réciproque plongement d'amour, mais sans mélange et sans confusion : je recevais l'impression de cette production, entendant ce que c'était que spiration et production, spiration active et spiration passive. Mais la pureté de cette spiration et production est si haute et si sublime que je n'ai point de terme pour le dire ni pour l'exprimer. Voyant les distinctions,
• Les mystiques, surtout au xvii« siècle, emploient volontiers ce terme : « impression >>, pour signifier une idée infuse — ■ angélique ou mystique — qui, sans qu'on la cherche, viei t s'imprimer dans l'intelligence.
182 PHÉNOMÈNES d'oRDRE ANGÉLIQUE
je connaissais l'unité d'essence dans les divines Personnes et, quoiqu'il me faille plusieurs mots pour parler de cette Sainte Trinité, en un mot et sans intervalle de temps, je connaissais l'unité, les distinctions et les opérations, soit dans elle-même, soit hors d'elle-même. . . Dans le même attrait et dans la même impression, cette Très Sainte Trinité infonnaii mon âme de ce qu'Elle opérait Elle-même par communication dans la suprême hiérarchie des Anges, savoir : des Chérubins, des Séraphins et des Trônes, lui signifiant ses saintes volontés sans interposition d'aucun esprit créé et je voyais distinctement les opérations et les rapports de chacune des divines Personnes dans chacun des chœurs de cette suprême hiérarchie.» {Vie, par D. Cl. Martin, ch. XIX )
La seconde fois, « la vue de la Très Auguste Trinité me fut encore communiquée et ses opérations manifestées, mais d'une façon plus élevée et plus distincte ... La personne sacrée du Verbe divin me donna à entendre qu'il était vraiment l'Époux de l'âme qui Lui est fidèle : j'entendais cette vérité avec certitude et connaissance qui m'en était donnée m'était une préparation prochaine de la voir effectuée en moi. . . Je voyais les communications internes des trois Personnes comme je les avais vues la première fois, mais je fus bien plus amplement instruite de la génération du Verbe.» {Ibid., ch. xxiii.)
Marie de Sainte-Thérèse, la carmélite de Bordeaux, déjà citée, eut la même' faveur : « J'avais des vues très élevées et très délicates du mystère de la Sainte Trinité, et je connaissais fort bien, ce me semble, comment dans l'Être divin il se trouve trois divines Personnes, qui ne font cependant qu'un seul Dieu, parce qu'elles n'ont qu'une seule et même essence, etc. » {Sa Vie, 1. V, eh. IX.)
Jeanne Bénigne Gojoz, religieuse visitandine (1615-1692), jouit pendant dix mois d'une connaissance angélique très précieuse : « J'ai vu en Dieu, dit-elle, l'espace de dix mois, une image de la génération éternelle de son Verbe. J'ai eu sur ce sujet des connaissances si sublimes que, de bonne foi, je ne me croyais plus sur la terre. Mon regard était simple, mais si arrêté dans le sein du Père éternel que, jour et nuit, je ne voyais que cet Objet adorable, son Fils unique, y naissant incessamment. » {Vie, 3e partie, ch. iv.)