‹ L'état mystiqueChapitre 41 sur 99 · PHENOMENES D ORDRE ANGELIQUE · texte numérisé non relu

PHENOMENES D ORDRE ANGELIQUE

pénètrent profondément, plus elle les ressent. » (Diario, 29 Giugno 1697.)

« Ces peines, dit-elle ailleurs, sont si fortement imprimées en l'âme, que, quelque part qu'elle se tourne, elle les trouve. . . Elles sont si bien avec elle, qu'elles sont dans l'âme comme l'âme dans le corps. » (3 Luglio 1697.) « Dieu ne donne qu'un coup, c'est-à-dire une lumière et une touche intérieure de ses douleurs; l'âme ne sent qu'un coup et cependant toutes les douleurs que le Seigneur a endurées sont à cette âme comme autant de balles, qui toutes lui causent blessures et plaies. Ce sont des blessures cachées mais profondes ; ce sont des blessures de douleurs et à cause de cela elles se sentent avec sentiment; ce sont des blessures de peines intérieures et pour cela elles passent par le cœur pour se répandre de là dans l'âme. » (23 Luglio 1697.)

On lit dans la Vie de la Mère Françoise de la Mère de Dieu, carmélite (1615-1671) : « Un jour après la communion, Notre- Seigneur fit voir à la Sœur Françoise le grand poids qu'il a porté de la justice de Dieu son Père, et II lui dit : Plus mon Père est juste et équitable, plus était lourd le poids que je portais de la rigueur de sa justice i. » N'était-ce pas là une sensation douloureuse purement spirituelle? La Sainte Vierge lui dit un jour que dans le temps de la Passion, elle avait porté en son âme tous les tourments que l'on faisait au précieux corps de son Fils, par une impression de chacun en particulier au moment qu'il les endurait. La Sainte Vierge ajouta : « Par ce que vous en avez expérimenté vous savez bien que cela se peut faire ». (Ibid., ch. xxxiv.)

202. Les textes que nous venons de citer décrivent des sensations spirituelles douloureuses; il estT)lus difficile d'en trouver qui expriment des sensations spirituelles agréables, peut-être parce qu'elles se distinguent moins facilement des joies d'amour, auxquelles elles sont jointes d'ordinaire, et parce que celles-ci, leur étant supérieures, sont plutôt décrites par les Mystiques.

Sainte Gertrude, après avoir raconté comment elle fut ravie en extase, ajoute, s'adressant au Seigneur : « Vous rempli.çsiez de

' Vie, ch. XV. Cette vie, fort intéressante et édifiante, a été publiée en 1906. Librairie Gabalda.

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joie mon iuLéi'iuur, vous m'imprimiez vus très sainte plaies, vous me révéliez vos secrets, vous me combliez de vos plus aimables caresses en me faisant sentir spirituellement ce que je n'aurais jamais, pu éprouver dans mes sens, lors même que j'aurais parcouru le monde du couchant au levant » : et familiarium ac aniantissimaruni hlanditatum exhibitione, in quibus dedisti mihi suaviores delectationes in spiritualibus experiri (1. II, ch. xxiii). On pourrait peut-être expliquer ce passage des suavités d'amour; il nous semble plus naturel d'y voir des sensations spirituelles d'une grande douceur.

« Je reçois de temps à autre, écrivait Marie de sainte Thérèse, mais non pas fréquemment, des avant-goûts de la vie éternelle, qui ne peuvent s'exprimer. C'est une faveur qui ne dure qu'un moment et qui passe si vite que l'âme ne sait de quelle manière elle lui a été donnée, mais elle ne laisse pas d'imprimer et de répandre en l'âme une douce et délicate amorce, qni la fait aspirer vers l'éternité et la dégoûte de tout le reste. Oh ! que la différence est grande entre la connaissance surnaturelle que nous recevons de cet état de gloire et les goûts délicieux que Dieu donne de cet état bienheureux. » {Vie, 1. IV, ch. viii.) Ici encore il est difficile de prononcer si ces jouissances étaient de pures joies d'amour ou des sensations spirituelles; il nous semble que les unes et les autres devaient se trouver mêlées.

203. Saint Jean de la Croix consacre les dix derniers chapitres du deuxième licre de la Montée du Carmel aux phénomènes d'ordre angélique. Parmi ces phénomènes il énumèi'e les sentiments spirituels, sentimientos espirituales, appelant de ce nom « toutes les impressions reçues par l'âme qui ont de l'analogie avec les sens autres que la vue et l'ouïe, par exemple, la sensation d'une suave odeur spirituelle, ou encore les saveurs spirituelles, les délices spirituelles, que l'âme peut goûter surnaturellement ». (Ch. xxiii.) Ce sont bien là les phénomènes que nous appelons sensations spirituelles.

Il en met le siège dans la volonté. (Ch. xxxii.) L'activité de cette puissance ne serait donc pas épuisée par les seuls actes de volition et d'amou ', De même que la délectation sensible et la douleur sensible sont dans l'appétit sensitif, de même la délectation et la souffrance spirituelles seraient dans l'appétit intellectuel ou volonté

Voici ce que dit le saint auteur : « Les sentiments spirituels distincts (par opposition à la paix mystique qui est indistincte) sont de deux sortes : les premiers sont dans la partie affectueuse de la volonté, les autres sont des sentiments de la substance même de l'âme (du fond le plus intime) i. L'une et l'autre sortes renferment un grand nombre de variétés. Les premiers, lorsqu'ils viennent de Dieu sont très élevés; cependant les seconds les surpassent en sublimité et procurent à l'âme de grands biens et un grand profit. Ni l'âme, ni celui qui la guide ne peuvent connaître la cause d'où ils procèdent, ou les œuvres qui ont pu mériter de telles faveurs; car ces faveurs ne dépendent ni des œuvres accomplies par l'âme, ni de ses considérations, bien que les unes et les autres disposent à les recevoir. Dieu en gratifie qui il veut, et pour des motifs connus de Lui seul. » {Montée, ii, 30, t. I, p. 264, 265.)

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