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CHAPITRE XVIII Les extases

§ 1". — Notion de Vétat extatique Action sur les sens : absorption et ligature

204. Dans tous les genres d'oraison" que nous avons décrits plus haut — abstraction faite de l'état angélique — l'homme ne sort pas de sa condition normale; s'il est parfois tellement absorbé qu'il faut un effort pour attirer son attention.

1 Les premiers éditeurs avaient ajouté : « ces sentiments, tout en ayant leur siège dans la volonté, sont si intenses, si élevés, si profonds et si secrets qu'ils ne semblent pas la toucher, mais se produire dans la substance même de l'âme ». Il est certain que l'on se tromperait si l'on mettait le siège de ces sentiments dans la substance; nous agissons et nous souffrons par nos facultés; excepté en Dieu, qui est l'acte pur, et dont la puissance se confond avec son essence, la substance ne peut être principe d'opération, active ou passive. S. Th. I. q. 77 a. 1. Les mots ajoutés expriment bien la pensée de saint Jean de la Croix, car il dit immédiatement après que ces sentiments, qui sont dans la substance de l'âme, appartiennent non seulement à l'intelligence, mais aussi^à la volonté. Edicion crû. t. I, 264, 265.

ABSORPTION ET LIGATURF. 191

il est toujours possible cependant de l'arracher à son oraison; il peut y avoir absorption, il n'y a pas aliénation des sens.

Quand celle-ci a lieu, Phomme sort de son état normal, c'est une faveur extraordinaire, c'est l'extase.

Le mot extase avait au moyen âge un sens plus étendu : il signifiait sortie de soi-même. Ainsi saint Thomas réserve au mot ravissement la signification d'aliénation des sens. D'après lui, on est en extase, c'est-à-dire on sort de soi-même, par la colère, on sort de soi-même quand on saisit des choses qui sont au-dessus des sens et de la raison, parce qu'alors on se niet en dehors des moyens naturels de connaître. L'amour aussi produit l'extase, c'est-à dire la sortie de soi-même, car on pense à l'objet de son amour et si l'on s'applique fortement à cette pensée, on fait abstraction de tout le reste ^. Nous avons montré ailleurs. ^ comment saint Bonaventure prend le mot extase dans ce sens; c'est l'excessus mentis, le transport amoureux, dont les Mystiques du moyen âge parlent si souvent, et qui n'exige nullement l'aliénation des sens.

Mais tel n'est pas le sens moderne. On n'emploie plus le mot . extase que pour signifier l'aliénation des sens, aliénation telle que l'extatique est incapable de voir, d'entendre, qu'il est devenu même insensible au toucher, étant tout entier aux divins secrets qui lui sont manifestés. « L'âme, dit sainte Thérèse, n'est jamais si éveillée pour comprendre les choses de Dieu, jamais elle n'a autant de lumière et de connaissance de la Majesté divine., , Pour moi, je tiens que, si l'âme, dans ce -qu'elle croit être des ravissements, ne reçoit point communication de ces secrets célestes, ce ne sont pas de vrais ravissements, mais des effets de la faible complexion des femmes, qui, ayant fait de grands efforts d'esprit pour forcer la nature et se maintenir dans une sainte ivresse, tombent en défaillance. » (IV® Demeure, IV, p. 124 et 127.)

205. L'âme reçoit donc dans l'extase des lumières extrêmement précieuses. Les auteurs contemporains ^ expliquent très

» 1. 2. q. a 3. Cf., 2. 2. q. 175. a 2,

' Vie d'union, n» 218.

* Voir P. Poulain, Grâces d'oraison, ch. xviii. — • D. Bern. Maréchaux, Le merveilleux divin. Le lecteur qui voudrait une solide réfutation des théories tout à fait anti-scientifiques des incrédules la trouverait dans

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bien comment l'état extatique est différent de l'évanouissement, du sommeil hypnotique, de la catalepsie. Notre but n'étant pas de réfuter les incrédules, nous n'insisterons pas sur ce point. Qu'il nous sufTise de dire que dans l'extase ce sont les plus hautes fonctions de l'âme qui s'exercent; des connaissances si élevées sont communiquées à l'extatique qu'il est ensuite impuissant à les exprimer; il produit des actes d'amour très parfaits. Ce n'est donc pas la suspension de la vie intellectuelle et morale comme dans les états morbides auxquels on a voulu l'assimiler, c'est au contraire la vie spirituelle dans un très haut degré de perfection.

Cependant, nous le disons encore i, l'extase n'est pas une marque infaillible d'un état mystique très élevé; Dieu peut» avoir ses raisons de produire l'extase et ces raisons sont souvent des motifs extrinsèques, indépendants de l'intensité des grâces mystiques. L'état extatique de Bernadette, à Lourdes, frappait les multitudes et aidait les âmes droites à croire qu'il y avait là du surnaturel. « Un jour, dit sainte Thérèse, que j'étais à chercher quelle pouvait être la raison pourlaquelle je n'avais presque plus de ravissements en public, j'entendis ces paroles : « Maintenant, ce n'est plus opportun, tu as assez de crédit pour ce que je prétends; nous avons égard à la faiblesse de ceux qui sont malicieux. » (Relaeion xii, t. II, p. 46.) Aussi faut-il admettre que nombre de Saints qui n'ont eu que peu ou point d'extase, ont eu des grâces mystiques tout aussi élevées que d'autres âmes dont la vie fut une suite de ravissements.

206. Ces réserves faites et ces exceptions admises, on doit bien reconnaître que l'aliénation des sens ne se produit, le plus souvent, que lorsque l'âme reçoit des grâces mystiques élevées. Suarez pense même que l'extase peut être comme la suite naturelle de certaines grâces mystiques, qui, appliquant puissamment l'intelligence et l'imagination à la pensée de Dieu, absorbent toute son attention^rt ne lui permettent plus de vaquer aux opérations des sens. (De oratione, xiv, 2; xv, 5.) Les sens

l'ouvrage fort intéressant du D'' Imbert-Gourbeyre : La stigmatisation. L'auteur a fait cette remarque que l'extase est plus fréquente chez l'homme que chez la femme.

» Cf. supra, n" 88. '^

externes, en effet, ne peuvent percevoir sans le concours du sens interne; ainsi, si l'attention de l'imagination est fixée ailleurs, on aura beau ouvrir les yeux, on ne verra rien.

Au contraire, toujours d'après Suarez, si Dieu met l'âme dans l'état angélique, l'imagination restant libre et pouvant continuer ses opérations, les sens aussi peuvent agir, (ibid., xvii, 10.) Alors donc, à moins que Dieu ne produise l'extase par une action directe sur les sens, l'âme, tout naturellement, accomplira ces deux sortes d'opérations et rien ne pourra faire soupçonner au dehors les merveilles de grâce qu'elle reçoit et les actes éminents qu'elle accomplit.

Saint Jean de la Croix semble bien attribuer l'extase à l'action des lumières mystiques, quand il dit : « Le Bien-Aimé, accédant aux désirs de l'âme, lui a découvert quelques rayons de sa grandeur et de sa divinité, et cette communication s'est faite d'une manière si élevée et avec une si grande force qu'elle a fait sortir l'âme d'elle-même par un ravissement extatique. » (Cantiq., xiii, p. 227.)

207. Il semble bien, cependant, que, la plupart du temps, l'action divine sur l'intelligence et l'imagination ne va pas sans une autre opération de Dieu, qui lie les puissances sensibles et les met dans l'impossibilité d'exercer leurs actes; il n'y a donc pas seulement absorption, il y a aussi ligature des sens. Sainte Véronique Juliani qui appelle ses extases : il raccoglimento, le recueillement, dit parfois : « Dieu ajouta le ravissement au recueillement i «. « Comme Dieu dit sainte Thérèse, veut que rien ne vienne troubler l'âme épouse, ni de la part des puissances, ni du côté des sens, Il fait vite fermer les portes de toutes ces demeures intimes, ne laissant ouverte que la porte de la demeure où II se tient et où l'âme doit entrer elle aussi. » (VK Demeure, IV, p. 127.) Et, ailleurs (p. 123), elle dit : « Le Seigneur tire l'âme des sens, parce que, si, sans perdre l'usage de ses sens, elle se voyait si près de cette grande Majesté, peut-être ne pourraitelle continuer de vivre. »

Cette action divine sur le corps est manifeste quand il est soustrait aux lois de la nature : « Souvent, dit sainte Thérèse, mon corps devenait si léger qu'il n'avait plus de pesanteur,

i Diario, i. p. 292.

quelquefois, c'était à tel point que je ne sentais plus mes pieds toucher la terre. » ( Vie, xx, p. 152.)

Combien de saints personnages ont été soulevés de terre pendant leurs extases 1 1

208. Ce qui prouve encore, qu'au moins dans la plupart des cas, l'illumination et l'embrasement mystiques ne suffiraient pas à produire l'extase, ce sont les phénomènes physiologiques qui l'accompagnent le plus ordinairement. On ne les rencontre jamais sous cette forme et avec cet ensemble dans les phénomènes d'absorption purement naturelle, qu'on a voulu, bien à tort, assimiler à l'extase : ces phénomènes physiques de l'extase sont d'ordinaire les suivants : soudaineté, immobilité, insensibilité, refroidissement, arrêt apparent de la respiration *.

L'immobilité, il est vrai, n'est pas toujours signe d'une intervention divine; très souvent, l'extatique n'a que l'immobilité relative de quelqu'un qui dort, ses yeux sont fermés, il semble dans un sommeil paisible. Mais, souvent aussi, c'est l'immobilité absolue, le corps se trouvant soudain comme pétrifié. Il est d'autres extases où, tout au contraire, l'extatique garde la liberté de ses mouvements et où, cependant, l'intervention divine est encore plus manifeste. Donnons-en un exemple :

Un jour — c'était le 24 juin 1697 — sainte Véronique Juliani, après avoir communié, entra en extase. Elle voyait une grande quantité d'anges, de saints et de saintes et entendait une harmonie ravissante, mais sans pouvoir comprendre ce que chantaient tous ces habitants du ciel. L'extase se prolongea. « Pourquoi, dit le Seigneur à Véronique, ne fais-tu pas fête et ne t'unistu pas à ces sons et à ces chants que tu entends? » « Il me sembla raconta la Sainte, que j'étais dans un endroit où il y avait des cloches. Alors, je me mis à les sonner. Mais mon ange gardien me dit : « Laisse, l'obéissance ne le veut pas. » Le Seigneur lui dit : « Suis-moi », et elle marcha à sa suite. Elle rentra dans sa cellule; là seulement elle revint à elle et fut toute surprise de ne plus être à la chapelle. Les sœurs qui la virent en cet état

1 Le Df Imbert-Gourbeyre donne les noms de soixante-six serviteurs de Dieu qui eurent des extases « ascensionnelles ».

- On trouvera une bonne étude de ces phénomènes dans l'ouvrage déjà cité du D' Imbert-Gourbeyre : La stigmatisation, l'extase divine^

racontèrent au procès que, ce jour-là, elles entendirent soudain sonner la cloche et cpi'elles accoururent, se demandant qpii sonnait et pourquoi à cette heure indue. Elles trouvèrent sœur Véronique qui sonnait. « Que faites-vous, sœur Véronique, dirent-elles, cessez donc de sonner, » Mais elle continuait toujours, n'entendant rien, ne voyant rien. Survint la Mère Abbesse qui lui commanda de cesser; aussitôt, elle s'arrêta et vint s'agenouiller devant le Saint-Sacrement. Ainsi, sainte Véronique allait et venait étant en extase; elle sonnait les cloches : elle n'était donc pas réduite à l'immobilité d'une personne absorbée dans la contemplation des merveilles qui lui sont dévoilées. Mais elle n'entendait rien de ce qu'on lui disait.

Un jour sainte Catherine de Ricci chargée de porter la croix •dans une procession fut soudain toute ravie en Dieu. Les yeux constamment fermés et sans sortir de son extase, elle continua de marcher à la tête de ses sœurs, parcourant les lieux principaux du monastère à travers mille détours, montant et descendant les escaliers sans jamais se heurter contre un obstacle, sans se tromper de chemin, avec une gravité, une décence parfaites. (Vie, parle P. Bayonne, t. I, p. 185.)

Dans ces d'ux cas, il semble bien qu'il y avait une action directe de Dieu sur les sens, empêchant ces saintes de percevoir ce qui se passait autour d'elles, tout en leur laissant la liberté de leurs mouvements; il y avait donc ligature et non pas absorption.

209. Le corps saisi par l'opération divine, enchaîné et réduit malgré lui à l'impuissance, souvent, souffre de la violence qui lui ^st faite. « Ces visites de Dieu dans les ravissements, dit saint Jean de la Croix, font souvent éprouver de telles souffrances qu'il n'y a point de tourment qui brise ainsi les os et qui resserre à ce pdint la nature; la vie même lui échapperait si Dieu ne lui venait en aide; c'est que l'âme se sent comme arrachée de la chair et séparée du corps. Et la raison est que de pareilles faveurs ne peuvent guère être reçues par une âme qui est dans li's liens de la chair. » (Cantiq., str. 13, p. 228.)

Il arrive parfois aussi que la fin de l'extase, le retour à la vie normale soit douloureux. « La Anolence que se faisait Marie d'Oignies pour s'arracher au ravissement allait parfois jusqu'à lui faire jeter le sang à pleine bouche; Dominique de Jésus-Marie,

carme déchaussé, n'était jamais rappelé de ses extases sans qu'il vomît le sang en abondance. » (Ribet, Mystiq. dw.,i. II, ch. XXI.)

Cependant, ce cas est le plus rare; la plupart des extatiques reviennent à eux sans secousse et sans douleurs.

«Dans sa forme conmune, dit le docteur Imbert-Gourbeyre, l'extase se termine le plus souvent comme le sommeil chez l'homme; à ce moment, la figure change presque tout à coup, redevient naturelle et le sujet se réveille. C'est ce que j'ai toujours vu. » {La stigmatisation, t. II, ch. xvii.) Cet auteur pense que ce n'est que dans le cas où un extatique a été violemment arraché à son ravissement par le rappel, ou dans le cas où il a reproduit les. scènes de la Passion, que la cessation de l'extase revêt une forme douloureuse.

§ 2. — La ligature corporelle est propre aux états extatiques

210. Cette action de Dieu sur le corps, liant les facultés sensibles, est un élément nouveau, qui ne se rencontre pas dans les états mystiques ordinaires, comme la quiétude. Il peut y avoir dans la quiétude absorption : l'attention peut être si bien fixée sur Dieu, les joies de l'amour peuvent être si douces que toute occupation profane en soit rendue difTicile. Mais, pour ce qui concerne l'action directe sur le corps, nous ne croyons pas qu'elle se rencontre à aucun degré dans la quiétude. Nous ne pouvons donc nous ranger à l'opinion du P. Poulain {Grâces d'or, ch. xiii), d'après lequel la quiétude, n'étant que le diminutif de l'extase, agit sur le corps et gêne l'exercice de ses actes, parfois, voilant les yeux par une vapeur blanchâtre, enlevant aux membres leur souplesse, aux doigts leur force pour saisir, rendant la respiration plus difficile et faisant éprouver un léger froid aux pieds et aux mains. Le même auteur pense qu'en voiture et eu chemin de fer la quiétude a un peu de peine à se produire, à cause de la trépidation du véhicule K

* Chose étrange et bien peu logique : c'est le même écrivain qui, J'*! d'une part, soutient que l'élément constitutif de l'état mystique est une sensation spirituelle, telle qu'en ont les anges et les âmes séparées et qui, d'autre part, assure que la trépidation d'une voiture est un obstacle à l'état mystique I

fous ne voyons rien qui permette d'affirmer que la quiétude un diminutif de l'extase. Quant aux assertions de quelques sonnes qui ont dit avoir éprouvé les phénomènes susdits, s ne nous convainquent en aucune façon. En effet, aucun des itres n'attribue à la quiétude de semblables effets. Nous ns connu et nous connaissons un très grand nombre de perncs favorisées de grâces mystiques; or, jamais elles ne nous signalé des phénomènes de ce genre; aussi sommes-nous suadé que, lorsqu'on les rencontre, ce n'est pas aux opérais mystiques de la grâce qu'il les faut attribuer, jes mouvements forts et prolongés peuvent être un obstacle .nd iiS sont une distraction et quand ils font sortir l'âme de recueillement et de son union à Dieu; ainsi le flux de parole, echerche des considérations peuvent être aussi un obstacle contemplation mystique; mais, si l'âme demeure recueillie, peut ressentir l'action mystique aussi bien en chemin de que dans sa chambre : dès lors qu'elle n'y met pas obstacle, irquoi ne recevrait-elle pas là les grâces de lumière et d'amour I constituent l'état mystique? Nous ne craignons pas d'affîrr que l'expérience est ici d'accord avec la théorie et prouve ■ les trépidations des voitures en marche ne gênent en aucune on l'afflux des grâces contemplatives, j'auteur dont nous parlons cite à cette occasion ces paroles sainte Thérèse : « Ceux qui sont dans cette oraison voudraient ! leur corps fût immobile, parce qu'il leur semble qu'au indre mouvement ils vont perdre cette douce paix. » lemin, xxxi, p. 144.) Mais la Sainte se moque de ceux qui isent de la sorte, qui s'imaginent pouvoir par l'immobilité înir le plaisir qu'ils goûtent : es boberia, c'est de la sottise, •elle. (Jbid., p. 145.) Ne signale-t-elle pas, du reste, comme cas fréquent — et certes il est fréquent — la persistance l'état mystique au milieu des occupations de la vie? {Vie, II, p. 124; Chemin, xxxi, p. 144.) « En cet état, dit la Véné- 'le Mai'ie de l'Incarnation, les emplois n'empêchent pas lion avec Dieu, mais ils laissent toujours l'âme en son centre, est Dieu, et la disposent à une plus haute et plus parfaite on avec Lui. » {Lettre 110.) Elle-même raconte comment is un état mystique fort élevé elle se donnait beaucoup de uvement. Le divin Époux « mettait en moi une plénitude

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plus dure à supporter à la nature que toutes les souffrances d'une mort très crueUe. Je prenais ma course pour me distraire, ou plutôt c'était mon corps qui le faisait sans la réflexion de' l'esprit. J'allais dans les allées des bois ou des vignes comme une insensée. » {Vie, par Cl. Martin, ch. xxvi, p. 128.) Ainsi est41 raconté du Bienheureux Canisius qu'après sa messe on jp voyait errer dans la maison, les yeux en pleurs, sans but, hors lui. Cela durait plusieurs heures et quand il sortait, il allai vite que son compagnon devait le secouer pour le ramener réalité.

§ 3. -^ Faveurs intimes qui accompagnent Vextase. Diverses variétés de ravissements

211. Pendant que les sens sont liés et rendus incapabi d'agir, que se passe-t-il dans fintime de l'âme? Nous avons qu'elle n'était ainsi arrachée au monde extérieur que pour ai avec plus d'aisance au dedans d'elle-même, soit pour mieux livrer à l'amour, soit pour recevoir de plus hautes communi cations. On pourrait distinguer, en effet, les extases d'amour et les extases de lumière, car tantôt l'âme, sans rien apprendre à^ nouveau, est absorbée dans son amour, tantôt elle reçoit à.f nouvelles et très abondantes lumières.

Sainte Thérèse nous montre l'amour dominant dans l'union— elleappeUe de ce nom l'extase faible et initiale (6' M/jra,n°s 36-38) — « L'entendement, dit-elle, demeure stupéfait, la volonté aime plus que l'entendement ne conçoit, mais on ne peut comprendre, de façon à le dire, ni si l'on aime, ni ce que l'on fait. De mémoire, il me semble qu'il n'y en a plus; plus de pensée; les. sens ne sont plus éveillés, on dirait qu'on les a perdus; tout cela, à mon avis, afin que l'âme s'occupe plus à son aise à jouir (de son amour)^ {Relacion, V. t. II. p. 32.) « La volonté doit être bien occupée à aimer, mais elle ne comprend pas comment elle aime. » ( Vie, xvin, p. 135). « Durant le peu de temps gue l'union dure, l'âme est comme privée de tout sentiment et, quand elle le voudrait, elle ne pourrait penser à rien; elle n'a donc besoin d'aucun artifice pour arrêter ses pensées; elle ne comprend même pas comment elle aime, ni ce qu'elle aime, ni ce qu'elle veut. » (V^ Demeure^ I, p. 70-71.)

LUMIÈRES, AMOUR QUK l'aMI- Y REÇOIT 199

Ainsi, dans ce genre d'extase, qui n'est pas l'extase complète,

ar on peut encore résister {Vie, xx; p. 146), l'âme ne fait autre

iiuse qu'aimer et jouir de son amour. Et c'est parce que

amour domine que sainte Thérèse appelle cette oraison l'union,

;ai l'union se fait par l'amour, et dans cet état, l'âme étant tout

litière livrée à l'amour est dans une union parfaite. « A pro-

iitinent parler, dit saint Jean de la Croix, Dieu ne se commu-

liqiie pas à l'âme par le vol (de l'esprit i) qui est, comme nous

'avons expliqué, la connaissance qu'elle a de Lui, mais bien par

'amour que cette connaissance lui inspire. En effet, de même que

-lour est l'union du Père et du Fils, il est aussi le lien d'union

■'I- l'âme et Dieu. Une âme peut avoir de Dieu des connais-

«s très élevées, jouir d'une haute contemplation, pénétrer

les mystères, tout cela, comme l'enseigne saint Paul, ne

. jrvira de rien pour s'unir à Dieu, si elle n'a pas l'amour.»

fy.Uantiq. str. XIII, p. 231.)

« Ce matin dans la communion, raconte sainte Véronique Juliani, j'eus une intime union avec Dieu. Quand je dis intime, s'est une chose qui ne se peut raconter. On le comprend par communication, on connaît que là l'amour fait tout; l'amour unit l'âme si étroitement à Dieu qu'elle no peut l'être davantage. » {Diario, 25 aprile 1694).

212. Sainte Thérèse réserve plus spécialement le nom d'extase à un état préternaturel où l'aliénation des sens est plus complète, l'âme n'ayant plus la force de résister à l'action divine {Vie XX, p. 146), et où les lumières sont plus brillantes. « Il me semble que dans l'extase Dieu veut que l'âme connaisse mieux ce dont elle jouit que dans l'union; aussi dans l'extase lui découvre-t-Il le plus ordinairement quelques-unes de ses divines grandeurs. » {Relacion V, p. 33.) « De même que les nuées attirent les vapeurs de la terre, le Seigneur attire l'âme à Lui . . . et II commence à lui dévoiler les merveilles du royaume qui lui est préparé. » {Vie, xx, p. 146.)

L'amour n'est pas moins ardent parce qu'il est accompagné de lumières, mais il n'est plus seul à s'exercer, ou plutôt l'âme

Le vol de l'esprit dont parle ici saint Jean de la Croix n'est pas le ravissement impétueux que sainte Thérèse appelle de ce nom, mais, comme il le déclare ici-même, une illumination de l'entendement.

se rend mieux compte de l'amour qui l'embrase. Parfois l'amoui commence, Dieu rend cet amour merveilleusement puissant puis II découvre à l'âme ses secrets. « Il y a, dit sainte Thérèse une manière d'entrer en ravissement qui est celle-ci : l'âme sans être en oraison, est soudain touchée en se rappelant ou en entendant quelque parole de Dieu. Alors le Seigneur, pleiii de compassion pour cette âme, qu'il a vue souffrir si longtemps de l'ardeur de ses désirs, fait grandir au plus intime d'elle-mèmf cette étincelle dont j'ai parlé — étincelle d'amour qui semble échappée du brasier infini, qui est le Dieu d'amour ÇVl^ Demeure, II, p. 108). — L'âme alors devient tout embrasée et, comme le phénix, elle est toute renouvelée et elle peut croire que ses fautes lui sont toutes pardonnées. . . Jamais l'âme n'est aussi éveillée pour les choses de Dieu; jamais elle n'a eu tant de lumières, ni une si vive connaissance de la Majesté divine i (Vie Demeure, iv, p. 124).

213. Écoutons sainte Véronique Juliani nous raconter quelques-unes de ses extases.

« Étant l'autre matin après la sainte communion quelque peu recueillie ^, je considérais le Bien immense et infini que notre âme possède et savoure quand elle a reçu Jésus-Hostie O amour, ô amour ! Comme je poussais ce cri, il me sembla que l'amour me faisait comprendre quelque peu l'union amou reuse des trois Personnes divines : j'avais, en effet, une certaine lumière intérieure sur les opérations d'amour, entre les divines Personnes, qui sont toujours opérantes et communiquantes De leur opération et communication les âmes aimantes reçoivent comme une petite participation; et aussitôt que l'âme entrevoit ainsi ces mystères, en un instant elle se sent toute ravie en Dieu. Elle se voit placéa au milieu de cette mer infinie de la Divinité, elle n'y découvre qu'amour, et cet amour la fait voler de sommet en sommet. Ces sommets, ces pics élevés, ce sont les attributs de Dieu, sa grandeur, sa magnificence, sa toute-puis sance, sa bonté, son immensité, son amour sans bornes. Tout cela est en un instant communiqué à l'âme 2.

' La Sainte appelait recueillemenl le commencement de ses extases.

* Diario, t. II, p. 747. Notons que la Sainte en employant ce mot communicato montre bien qu'elle ne voit pas là une perception des attributs divins.

LUMIÈRES, AMOUR QUE l'aME Y RKi.OUr 201

Dans certains recueillements plus particuliers, quand je IIS que toutes les puissances sont recueillies en Dieu et quand e ne sens plus le corps, alors il me semble que mon âme est si mie à son céleste Époux, qu'elle n'a plus ni pensée, ni désir, nais dans une paix profonde elle se contente de se complaire laiis la divine volonté, dans le cœur à cœur, dans la possession i • son souverain et unique Bien. Là souvent dans ces doux iiiiments, il m'a semblé que Dieu m'avait montré toute l'excelt nce de l'amour qu'il porte à nos âmes. L'âme demeure comme nimergée dans l'amour divin, dont la douceur la fait presque léfaillir. . . D'autres fois les mêmes recueillements me saisissent ivic une telle impétuosité que je les appellerais des ravissements ilulôt que des recueillements. Il me semble qu'alors ils sont difîéiils de ceux que je viens de décrire, car tout à coup on goûte ■ lUt qui est Dieu, et en même temps on a une vue particusur son propre néant, parce que l'âme se trouve en solitude. M lis, ô mon Dieu ! comment peut-elle se dire en solitude lorsqiT 'lie est avec le Tout? Et pourtant entre ce rien et ce Tout il ! ble qu'elle jouit et qu'elle souffre. Ce t out, qui est Dieu, se comlique de plusieurs manières à cette âme, et dans w s diverses îinunications, H fait goûter à l'âme certains sentiments qui lui causent de la peine en lui faisant connaître qu'il n'y a pas d'autres peines que de ne pas souffrir. Alors, me scmble-t-il, l'amour lui-même est comme un f( u ardent qui, peu à peu, consume. Mon âme étant ainsi consumée prend dt s forces; parfois elle en vient comme à tout quitter. Ceci est pour elle l'occasion de s'unir plus parfaitement à Ditu, car alors tous les obstacles s'éloignent, les passions disparaissent. L( s épines, c'està-dire les affections même aux plus petites choses cessent, et tous les objets passagers de cette terre font sentir leur néant. L'âme demeure seule avec le Seul, srule avec le Tout, seule avec i'Êlre souverain, seule avec l'Amour. Elle inhabile à tout et Dieu opérant le tout; elle sans opération, en silence, mais, en un instant, elle devient toute langue, tout feu. Son maître est l'amour et il lui suffit. Elle dt vient toute lumière, toute clarté et toutes sortes de choses lui sont montrées distinctement. Le Seigneur lui fait des communications sur quelqu'un de ses attributs, ou sur son infinie bonté, ou sur son amour sans bornes. Après avoir reçu ces connaissances, elle revient à elle, désireuse

de souffrir, aspirant aux croix, aux mépris » (Diario, t. II, p. 592-594.) j

« La nuit passée j'eus dans l'oraison le recueillement avec une^ vision intellectuelle de cette manière : je fus soudain élevée, hors de moi avec toutes mes puissances en Dieu; j'étais touti absorbée en considérant l'amour immense de Dieu. Restant, dans cette pensée, je sentais peu à peu mon esprit transporté en Dieu seul et je sentais que mon âme s'unissait beaucoup plus à Dieu (par l'amour); cette union me donnait une certaine péné-^ tration qui me faisait voir, connaître et comprendre l'immen-'j site, la force et la toute-puissance divine. Je dis : me faisait voir;/ il me semble impossible de dire ce que j'entends par là, parce que, c'était par voie de communication intellectuelle sans aucune, considération de l'intelligence (vision intellectuelle ou connais-; sance angélique). Ce fut une chose efficace, mais de peu de durée et qui me laissa la présence de Dieu plus fortement imprimée dans mon esprit.

« Quant à ce que j'ai dit que je connaissais et comprenais, il me semble que c'était par voie d'union, parce que plus l'âme s'enfonce en Dieu (par l'amour), plus lui est manifestée cette immensité, cette force et les autres attributs divins. Mais ceci se fait très rapidement; c'est absolument comme si, par exemple, vous vous trouviez dans une chambre, toute remplie d'objets dé icieux, mais hermétiquement fermée, sans fenêtre ni porte, si bien que, vous trouvant au milieu de ces richesses, que vous savez présentes, vous n'en voyez aucune et vous brûlez du désir que l'on ouvre quelque peu pour jouir de la vue de ces beautés. Or si, par hasard, survient une faible lueur, quelque rayon du jour passant à travers les fissures de la porte, qui vous donne quelque aperçu de toutes ces splendeurs, vous sentez un plus ardent désir que l'on ouvre la fenêtre, afin de pouvoir admirer à votre aise, sinon tous ces objets précieux, au moins quelques-uns. Puis si tout à coup, au moment où vous ' '" y pensez le moins, on ouvre non seulement la fenêtre, mais les deux battants de la porte, ne fût-ce que pour un instant, vous verriez d'un seul coup d'oeil tant de belles choses et ce spectacle Jïse vous resterait si bien imprimé dans l'esprit que, si vous vouliez en rendre compte, vous diriez bien quelque chose, mais dire tout vous serait impossible. Et encore après avoir parlé vous

ut 'à

2i; 'eni' irsi

LUMIÈRES, AMOUR QUE l'aME V REÇOIT 203

.iriez ; tout ce que je raconte n'est rien auprès de ce que 'ai vu.

« Par cette comparaison tout à fait vulgaire et indigne je herche à expliquer les lumières que j'ai eues dans le recueilgment de la nuit dernière. Mon âme était toute renfermée et nfoncée en Dieu, qui est le comble de toutes les félicités et les lélices du paradis; dans cet état elle ne peut rien voir, si Dieu le lui fait connaître, par le moyen d'une petite lumière donnée

l'intelligence, où elle est et quel est Celui de qui elle jouit, liais, quand elle a reçu cette lumière, elle s'enfonce plus avant, lésireuse de voir parfaitement tout ce qu'elle possède et, tout nxieuse, elle désire seulement que la fenêtre soit ouverte, achant qu'elle ne peut tout comprendre, parce que le Bien (ont elle jouit est sans commencement ni fin.

« Tout ceci lui est communique par la voie de la loi '. Pendant {u'elle est ainsi dans la foi, mais une foi vive, soudain elle voit lue non seulement lui sont ouvertes les fenêtres, c'est-à-dire jpio quelques notions lui sont données, mais les portes s'ouvrent deux battants, je veux dire que lui sont manifestés les attri- )uts divins et elle découvre en eux des choses infinies. » {Ibid.,

214. Toutes les extases ne sont pas des extases de douceur et l'enivrement spirituel : « De même, dit sainte Thérèse, que je ors de moi par les ravissements de joie, de la même manière âme entre en extase par l'excès de la peine et demeure hors

l'elie-même. . , Auparavant la peine n'était pas assez intense pour me faire sortir de moi. . . comme j'avais l'usage de messens, lie me faisait jeter de grands cris, sans qu'il fùL possible de m'en défendre. Maintenant, comme elle est devenue plus ntense, elle va jusqu'à transpercer mon âme et je comprends mieux le martyre qu'endura la Très Sainte Vieig3. » {Lettre du 15 avril 1571.)

215. Au-dessus de l'extase, sainte Thérèse place le vol de l'esprit; il n'en diffère que par l'impétuosité de l'action divine, qui se fait sentir en un clin d'œil et « emporte l'esprit avec tant

' Tutto cio le viene communicato per via di fede. Ce n'est donc pas une perception.

204 LES F.XTASES

de vitesse qu'elle se trouve comme transportée à la partie supérieure d'elle-même et il lui semble qu'elle va quitter son corps. {Relacion V, t. II, p. 34).

Sainte Véronique Ju-iani distingue divers degrés de ravi sements, Dieu lui montrant d'abord des esprits bienhoareu: puis l'arrachant à tous ces spectacles célestes pour lui fai; contempler uniquement ses grandeurs. Une nuit — le 14 févri 1697 — elle avait eu une extase dans laquelle la 'Sainte Vierj s'était montrée à elle, assise sur un trône et entourée de bea coup de Saints. Puis elle la vit tenant par la main l'Eiifan Jésus. « Ici, dit-elle, je ne puis décrire la joie que j'éprouvai. A recueillement (extatique) se joignit le ravissement, qui n transporta comme d'un vol tout près du trône et il me si-mbl voir Jésus comme âgé de sept ou huit ans... Il me parlai mais plus par des signes que par des paroles. Il me donna ui communication sur l'amour infini qu'l porte à chaque âme. me faisait approfondir l'amour qu'Ii a pour moi. Et ceci me faisait éprouver en même temps que connaître. Je me voya| comme au milieu d'une mer immense, n'apercevant que It- ci^ et l'eau. Je ne voyais que Dieu et l'amour et j'étais entouréii engloutie dans cet amour infini; il me semb'ait que le S.ig purifiait mon âme et l'enfonçait de p us en pus dans cett pureté et cet amour sans bornes. De ce qu'elle pénéirait aloB je ne puis dire un mot. Mais il mesemb'equeci'S communicatioi particu'ières qui sont donné;^s dans les ravissements ou reçue lements, sont un nouveau ravissement de l'âme en Diru.Quan la communication est finie, l'âme semble comme revenir à elh cependant, parfois, le ravissement ou recueillement conlinii encore. » (Diario, t. III, p. 508.)

Sainte Thérèse signale, elle aussi, les variations d'intensil qui se remarquent dans les états extatiqu s : « Vous me direz Comment s^ fait-il que le ravissement dur<' parfois d ■ si longue heures? Souvent, voici ce qui m'arrive : comme je l'ai dit poui l'oraison précédante, on en jouit par intervalles; à d v rseS reprises, l'âme s'abîm.e ou, pour mii ux dire, Dieu l'abîm Lui; Il la tient ainsi tout entière en Lui-même pendant quelque temps, puis la volonté reste seule ravin. Le mouvement des deux autres puissances — l'entend ^ment et la mémoire — me paraît ressembler à celui de l'ombre des cadrans solaires

LUMIÈRES, AMOUR QUE l'AME V REÇOIT 205

laquelle ne s'arrête jamais; mais, quand le Soleil de justice le veut, Il les fait arrêter; c'est cet arrêt de toutes les puissances que je dis durer peu de temps. » ( Vie, xx, p. 153.) Ainsi expliquet-on que les extases peuvent se prolonger; si l'état extérieur de l'extatique reste le même, il passe intérieurement par des états fort différents : parfois, toutes les puissances sont suspendues et l'âme ne fait plus que savourer son amour; plus souvent, l'entend'^ment reçoit des lumières, et les pensées et les souvenirs se succèdent.

Parfois donc, l'extase est un repos dans l'amour, une union délicieuse avec le Bien-Aimé, une possession de Dieu paisible et toute réconfortante. Parfois, elle est comme la suite d'un amour consumant :1e cœur ne peut contenir ses élans affectueux; alors, l'extase est pour lui comme une délivrance, qui lui permet d'aimer tout à son aise. D'autres fois, l'extase est comme la suite d 'S douleurs de l'âme, que Dieu a fait participer aux douleurs d' Jésus et qui ne pourrait les soutenir si elle n'était élevée au-djssus dos sens. Dieu produit encore l'extase quand II veut inonder l'âme de lumières, dont elle ne pourrait, dans son état normal, supporter l'excès.

216. Sainte Thérèse se demande si, dans les extases, l'âme n'esL point séparée du corps (Vie Demeure, v, p. 134). Saint Jean de la Croix le nie formellement : « On ne doit pas supposer, dit-il, que l'âme abandonne le corps jusqu'à le priver de la vie naturelle; elle cess3 seulement d'accompliren lui ses opérations.» {Cantiques, str. XIII.) Encore est-il des opérations qu'elle continue d'exercer en lui et avec lui; ainsi, sainte Thérèse déclare que, dans les extases dont elle parle, l'âme a des visions Imaginatives; or, ces visions supposent l'union de l'âme et du corps, elles sont le produit de leur action commune; une âme séparée ne pourrait avoir des visions de cette sorte.

0-1 a constaté des cas où la personne qui semblait en extase disait d?s chos?s très belles, parlant au nom d'un autre, de Dieu, de Jésus-Christ, d'un ange ou de quelque saint i. Si cette personne, revenue à elle, ne se souvient de rien ^, elle n'a pas

1 Cf. M. Ribet, t. II, p. 391.

* Il en fut ainsi de sœur Marie de Jésus crucifié, carmélite morte ea odeur de sainteté à Bethléem, le 26 août 1878.

eu une véritable extase : un ange ou un démon a pu parler par sa bouche, comme il arrive dans les possessions; et il faut, pour juger le cas, appliquer les règles du discernement des esprits. Il arrive parfois que les extatiques vaquent à leurs occupations sans sortir de l'extase; ils se souviennent ensuite non des actes extérieurs, mais des actes intérieurs qu'ils ont accomplis. I! semble bien qu'alors — c'était le cas de la Vénérable Mère Agnès de Langaac — ils ont été aidés et conduits dans leurs travaux par leur ange gardien, pendant que leur âmo donnait toute son attention aux phénomènes secrets qu'elle éprouvait et aux actes intimes qu'elle accomplissait K

§ 4. Fin de l'extase — Le rappel

217. Dieu étant l'auteur de l'extase la produit quand II le veut et la fait cesser quand il Lui plaît. Une personne qui se vanterait d'entrer en extase et d'en sortir à son gré montrerait, ou du moins donnerait fortement à soupçonner que ses extases ne sont pas divines ^.

Ceux qui sçnt témoins des extases ne peuvent pas non plus tirer l'extatique de son ravissement. Mais, si le supérieur ou celui à qui le supérieur a dé égué son autorité commande à l'extatique de revenir à son état normal, il est toujours obéi. Les exemples sgnt innombrables de l'tfficacité du rappel — c'est le nom que l'on donne à ce commandement de cesser l'extase — et on ne cite pas d'exemple qu'un extatique véritable n'ait pas obéi au supérieur lui ordonnant de reprendre ses sens.

Des extatiques ont même obéi souvent à des ordres donnés mentalement. Scaramelli désapprouve ces commandements secrets et assure qu'ils sont le p. us souvent inefTicaces, parce qu'il est de l'essence d'un commandement d'être manifesté, et qu'un supérieur qui n'exprimerait pas extérieurement ses ordres n'aurait pas droit à l'obéissance. Il est certain que de

1 M. Ribet cite sainte Madeleine de Pazzi et la Vén. Mère Agnès de Langea c.

* Quod exlasis a malo spiritu vel ab aliqua causa naturali proveniat signumest vel saltemsuspiciocum quis jaclat se rapi quandocumqne voluerit; nemini enini datur per modum habitus, sed divina gratta ad se animam trahit quando vult et quomodo vull. Bona. De discr. spir. c. 14, n. 5.

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