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CHAPITRE XVIII

Des Révélations privées

§ 1 . Divers modes de visions

220. On englobe souvent parmi les grâces mystiques des phénomènes extranaturels, comme visions et révélations, qui en sont très différents. Les grâces mystiques, étant des grâces de lumière et d'amour, sanctifient nécessairement ceux qui les reçoivent ; les visions — et il faut en dire autant des révélations — ne sont pas des moyens directs de sanctification : Nec faciunt sanctum, nec ostendunt; elles ne donnent pas la sainteté ni ne la prouvent; autrement, Balaam eût élé saint et même son ânesse, car l'ânesse elle-même eut la vision de l'ange : Alioquin Balaam s anctus esset et ejus asina quœ vidit angelum^. Nous avons cité le mot très juste de sainte Thérèse, dont nous avons eu, nous aussi, l'occasion de vérifier l'exactitude : « Quant à ce qui est de mériter davantage, cela ne dépend point de ci s sortes de grâces, puisqu'il y a plusieurs personnes saintes qui n'en ont jamais reçu et d'autres qui ne sont pas saintes qui en ont reçu. » VP Demeure, ch. ix, p. 167).

Beaucoup de ceux qui ont vécu avec Notre-Seigneur, qui l'ont vu opérer ses miracles, n'en sont devenus que pus coupables : Si non venissem et locutus fuissent, peccatum non haberent, nunc autem excusationem non habent de peccato suo {Jean, XV, 22). Ls auraient dû retirer de grands avantages de la vue du Sauveur, comme le firent les âmes droites, les saintes femmes, les disciples, les apôtres; mais cette manifestation du Verbe

1 Dans notre première édition nous avions attribué ces mots à saint Bonaventure. Le livre d'où ils soni tires ; De profeclu reltgiosorum, a été souvent attribué à ce saint docteur, mais il est de David d'Augsbourg, franciscain, qui le composa vers l'an 1240. Il y eut à celte époque une véritable épidémie de lausses visions et de fausses prophéties, comme en témoigne cet auteur : Vaticiniis jam usque ad fastidium repleli sumus, quibus etiam viri graves et devoli plus quam oportuit creduli extiterunt.

incarné, qui fut pour les uns une cause de résurrection spirituelle, fut pour les autres l'occasion d'une ruine plus complète : Positus in ruinam et resurreclionem multorum. Ceux qui reçoivent les visites et entendent les paroles des Anges, des Saints, de Jésus lui-même, peuvent en retirer un très grand profit; ils peuvent, au contraire, s'ils négligent ces faveurs et s'ils en abusent, devenir par là beaucoup plus coupables. Ces faveurs n'unissent pas l'âme à Dieu. Nous avons dit, à la suite de saint Jean de la Croix, qu'il en était autrement de certaines visions intellectuelles ou connaissances purement spirituelles, qui ont pour objet les grandeurs de Dieu et qui sont intimement liées à des impulsions d'amour; celles-ci ne sont que très improprement appelées visions, ce sont des illuminations de l'âme, des grâces actuelles d'un ordre très élevé, qui unissent très étroitement l'âme à Dieu.

221. Les visions sont de trois espèces: les visions corporelles, Imaginatives et intellectuelles. Les visions corporelles ou extérieures se font à l'aide de la vue, l'être qui en est l'objet prenant un corps ou du moins l'apparence d'un corps : telle fut la vision des trois anges qui se montrèrent à Abraham, puis à Lot et aux habitants de Sodome. Jeanne d'Arc, parlant de saint Michel, a dit : « Je l'ai vu, lui et les anges, de mes propres yeux, aussi clairement que je vous vois, vous, mes juges. J'ai embrassé avec mes bras sainte Catherine et sainte Marguerite. » C'était aussi avec leurs yeux que Bernadette à Lourdes et les enfants, à Pontmain, voyaient la Vierge, invisible à tous.

Les visions Imaginatives, dont l'objet a également une forme matérielle, mais est perçu par le sens intérieur de l'imagination, forment la seconde espèce de visions. Celles qui sont données dans les songes sont toutes des visions imaginatives, mais ces visions sont plus fréquemment données dans l'état de veille. Dans ces visions, le monde extérieur disparaît et l'âme ne voit plus que l'être qui se montre à elle, soit seul, soit entouré d'objets également peints^ à son imagination; quand la vision cesse, il lui semble revenir d'un autre monde.

i Ces objets et ces êtres qui sont ainsi perçus peuvent fort bien être peints dans la rétine du voyant, soit qu'il s'agisse de visions célestes ou d'apparitions diaboliques, car il arrive parfois que les assistants aper-

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