‹ L'état mystiqueChapitre 50 sur 99 · EXEMPLES DE FAUSSES RÉVÉLATIONS · texte numérisé non relu

EXEMPLES DE FAUSSES RÉVÉLATIONS

fondateur s'était montré très peu touché de tout co qu*on lui avait raconté d'elle, reprenant fortement celui qui la déclarait sainte. Il ajoute qu'il y eut alors beaucoup de faits de ce genre, '■ spécialement en Espagne, entre autres à Séville, Sdragosse, ^; Valence, Gordoue, Murcie, Lisbonne et à la cour même du roi. 242. On sait quelles furent les erreurs de M"^^ Guyon. Cette femme était d'une piété sincère; il est possible qu'elle ait eu d'abord quelques grâces mystiques, mê ées de beaucoup d'élans sensibles, mais» sa charité ardente, sa patience, sa piété servirent de passeport à une doctrine aussi dangereuse qu'absurde ». Or, le point de départ de ses erreurs fut qu'elle se croyait favorisée d'illuminations toutes divines et, ce qui l'aidait à le croire, c'étaient des faits étranges ou que du moins elle se figurait tels.

« Parmi les phénomènes extraordinaires que l'on remarque chez elle, — que du moins elle s'attribue avec une certaine bonne foi — , on la voit guérir miraculeusement des maladies crues incurables, lire les pensées, etc., etc. On la voit dirigée par une force occulte et intelligente. Une impulsion irrésistible la poussait si violemment à écrire que sa résistance à cette force la rendait malade. Ce n'étaient point ses pensées, elle était tout à fait passive : c'étaient celles de cette force inconnue. Le P. Lacombe lui ayant dit d'obéir à cette impulsion, elle écrivit, sans se douter de ce que sa main écrivait et avec une vitesse étonnante, le Traité complet de la vie intérieure et, à mesure qu'elle avançait, sa santé se fortifiait; c'f'st da la même manière qu'elle écrivit ses Commentaires sur l'Écriture -Sainte, qui lui furent dictés mot à mot. Les passages lui étaient donnés avec leur explication sans rien chercher. Il fallait de sa part un entier abandon; si elle eût voulu substituer un seul mot à celui qu'on lui dictait, l'esprit se fût retiré. Cette dictée se faisait rapidemont et sa main était agitée si vivement qu'elle n'aurait pu copier, dit-elle, en cinq jours ce qu'elle écrivit-en une seule nuit. » « L'Esprit de Dieu — c'était lui, selon elle, qui conduisait sa main — aimait à la contrarier. Ainsi, quand elle avait le temps d'écrire, il la faisait cesser, et quand elle avait besoin de repos et de sommeil, il la contraignait d'écrire : « Je m'accoutumais, « continue M^^ Guyon, peu à peu à suivre Dieu à sa mode et « non à la mienne. » Le Cantique des Cantiques fut rédigé en un

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jour et demi; encore reçut-elle des visites. . . La vitesse fut si prodigieuse que son bras enfla et devint si raide qu'elle crut ne pouvoir écrire de longtemps. Majs une âme du purgatoire, qui la pressait de prier pour sa dé ivrance, la guérit instantanément, en signe et pour récompense' de cette dé ivrance. Ayant égaré une partie considérable du Livre des Juges, qui lui avait é;é ainsi dictée, quand elle la retrouva, elle reconnut que l'ancienne et la nouvelle dictée étaient en tout parfaitement conformes entre elles, etc.

« Un jour, le démon lui apparut : ses sens en ressentirent un peu d'i ffroi, mais son âme, dit-elle, resta ferme, ce qui causa tant de dépit à Satan qu'^, toutes les nuils, à minuit (heure à laquelle M^è Guyon se levait), il fit dans sa chambre un tintamarre elTroyab.e : quand elle était au lit, c'était pis encore; il le lui secouait pendant des quarts d'heure, crevait les châssis de papier, etc., etc., mais e.lc n'avait point pi'ur. Un jour, il lui apparut dans la ruelle de son lit et lui donna un si fameux coup de pied qu'elle fut aux portes du totnbeau.

« M"»® Guyon dit qu'elle exerçait un pouvoir sur l'âme comme sur le corps de quelques personnes que quand elle leur disait : Soyez guéries, eius l'é aient; soyez en paix, elles recouvraient tout leur caime... Fénelon cruL que cette femme mystique était une sainte et ne fut pas le s ul à le pens r ^ ». I fut séduit par 1( s quailés ré 'Iles de W^^ Guyon. E le avait « pacifié son âme troub é •, apaisé s s s iis », elle lui avait « communiqué le reçu 'illemenl et le goût de Dieu », comme lui-même le déclarait 2. Il crut que toui était divin en elle. En réa.ilé, il y avait dans cette femme ce èbr ■ un mélange d'aspirations pieuses, de vertus sincères et d'illusions humaines ou diaboliques ' consi-

1 Bizouard, 1. XI, ch. iv.

• V. Fénelon et Mme Guyon, par Masson.

" Nous disons liurnaines ou diaboliques : il ne paraît pas que tout ce qu'elle raconte ait été contrôlé; si les faits étaient vrais, il ne faudrait pas tiésiter à y voir une intervention diabolique; sinon, et ceci nous semble de beaucoup plus probable, elle était hystérique à un haut degré, et le démon la trompa, comme il trompe toute âme présomptueuse, par des tenlalions qu'elle ne sut pas reconnaître et repousser. En tous cas ses ouvrages n'ont en aucune façon cet accent de sainteté que l'on trouve

ERREURS d'interprétation 237

,1 dérables. Il est déplorable que l'illustre archevêque n'ait pas su faire ie discernement; il eût alors évité les erreurs où elle l'a entraîné. Ces emurs d'un si grand esprit, venant après celles plus graves da M^^ Guyon et après les doctrines perverses et corruptrices de Molinos, jetèrent le discrédit sur toutes les voies mystiques et, par une réaction excessive et regrettab.e, empêchèrent en grande partie les fruits que les ouvrages de sainte Thérèse, dj saint Jean de la Croix, ds saint François de Sales auraient dû produire. N'est-ce point là ce qu'avait voulu l'esprit de mensong.^ qui corrompit Molinos et qui trompa, ou du moins, contribua à trompjr M™^ Guyon ?

« Nous avons vu en ce siècle, dit le P. Surin, une personne, à Rouen, qui n'était pas de mauvaise vie, qui, tenant Jésus- Chiist entre ses mains (car c'était un prêtre qui disait la m -sse), croyait entendre des paroles et recevoir djs cons3ils, qui S3 terminèrent à un grand désordre. y>{Cat. spir., 1. 1, 3® part.,ch. v.)

243. Alors môme que ces illuminés et ces visionnaires ne séduisent pas les fouies et ne sèm3nt pas d 3S erreurs pernicieuses, alors même qu'ils sont le simple jouet di leur imagination, sans que le démon intervienne pour les trompsr, les faussetés qu'ils répandent ne sont jamais inoffensivs; elles entretiennent des idées chimériques, elles bercent les âtnes de vains espoirs, ou, au contraire, elles abattent les courages, elles empêchent de voir aussi clairement le devoir et de l'accomp ir, elles p'uvent troubler la foi, être l'occasion de' tentations ou bien inspiri-r les m sures déraisonnables. La vérité déùvre les âmes : veritas liberavit vos ; seule, elle leur fait du bien; l'erreur est toujours nuisib e et quiconque se laissa tromper par de fausses révélations fiait toujours par s'en repentir.

§2. — Méprises possibles dans V interprétation des révélations divines

244. Saint Jean de la Croix s'est élevé fortement contre l'excès de la crédulité et contre le trop d'importance que l'on

chez les vrais mystiques. On n'y sent pas l'onction de la profonde piété mais trop souvent un ton de suffisance, une complaisance en elle-même qui choquent grandement.

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