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CHAPITRE XXI Règles pratiques de discérnemeût

§ ler. — Nécessité de bien discerner Prière nécessaire ; disposition de sainte indifférence

251. Celui qui reçoit ou croit recevoir une communication cékste et celui qui lui s^^rt de guide sont donc exposés à un doubie danger : s'ils ne veulent pas tenir compte de la révélation, ils s'ixposeni à rejeter une grâce de Dieu de très grand prix et à résister à ses volontés; si, au contraire, i.s se montrent confiants et docilf s, iis risquent d'être le jouet du démon ou d'une vaine imagination. La plus grande prudence est donc nécessaire.

Dans nombre de cas, il est vrai, un directeur reconnaîtra du premier coup que le prétendu voyant n'est qu'un halluciné, les visions qu'il pense avoir, les paroies qu'il s'imagine entendre n'ayant aucun caracière de vérité. Ce cas se rencontre surtout chez les névrosés; ch z eux la puissance de l'imaguiation dépasse souvent tout ce qu'on pourrait soupçonner. « Pour peu qu'il y ait de mé anco.ie, dit sainte Thérèse — elle appelle mélancolie ce que nous appelon'; aujourd'hui névrose — o i doit redoubler de prudenc; fai vu des exemples d'illusion telle que fai été épouvantée en voyant comment on peut se persuader avec tant de conviction voir ce qu'on ne voit pas. » EJe en cite un

exemple et elle ajoute : « Gomme parmi tant de rêveries cet homme tombait juste sur certaines choses, on tenait tout le reste pour certain ». (Fond., ch. viii, p. 67, 68.) « Quand on est en présence de personnes de faible imagination ou notablement mélancoliques, il ne faut pas, à mon avis, faire cas de ce qu'elles prétendent voir ou entendre; mais il ne faut pas non plus les jeter dans l'inquiétude en leur disant que tout vient du démon. » Souvent aussi il vaut mieux ne pas leur dire qu'il n'y a en cela qu'une illusion de leur cerveau malade, « car elles n'en conviendront jamais, étant prêtes à jurer que bien réellement elles voient et elles entendent». Le mieux est de « les écouter » avec patience et de les traiter « comme des personnes malades ». (VJs Demeure, ch. m, p. 114.)

252. L'hallucination ne se découvre pas toujours du premier coup d'œil. Parfois la personne qui prend ses imaginations pour des réalités ne paraît par ailleurs nullement extravagante.; en dehors de ses affirmations de visionnaire faites avec une entière bonne foi, rien ou presque rien ne ferait soupçonner chez elle une pareille illusion. Même dans ce cas il faut tout attribuer à son imagination si les prétendues communications n'ont pas les caractères du divin, par exemple si elles sont banales, portant sur des futilités, ne rendant point la conscience plus dé.icate, plus éclairée, n'inspirant ni la vraie liumilLé, ni l'amour de la croix,, ni les vertus solides. Quand Dieu ou ses Saints se manifestent, ce n'est jamais pour des bagatelles et il y a toujours des signes auxquels on les reconnaît.

253. Quand la pei'sonne qui se dit favorisée de paro'es et de visions est une personne de bon jugement et de sang-froid, quand les apparitions et les communications la portent au bien et la poussent aux vertus solides, il y a présomplion qu'elle ne s'abuse pas. Alors, que l'on suspende son jugement, mais avant tout qu'on ne s'effraie pas. « L paraît, dit sainte Thérèse, que certains s'épouvantent dès qu'ils entendent parler de visions ou de révélations. Je ne comprends pas pourquoi ils croient exposée à tant de dangers l'âme que Dieu conduit par ce chemin, ni d'où leur vient cette frayeur... Ils s'effraient moins si une personne leur dit que le démon la poursuit de toutes sortes de tentations, de pensées de blasphèmes, de représentations extravagantes et déshonnêtes, mais ils se scanda-

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lisent si elle leur dit qu'un ange s'est montré à elle ou lu' a parlé ou que Notre-Seigneur crucifié lui a apparu. » {Fond., ch. VIII, p. 65.)

Non, le cas n'est pas de nature à effrayer, mais il est grave; et, comme il importe beaucoup de ne pas se montrer trop défiant ou trop crédule, comme par ailleurs de grandes lumières sont nécessaires pour éviter ces deux excès, c'est un devoir, et pour ie voyant et pour son directeur, de beaucoup prier et de joindre à la prière de généreux sacrifices. Sans cette précaution, il est très probable, disons mieux, il est certain qu'on ne suivra pas les règles de la prudence surnaturelle. N'avons-nous pas vu plus haut que dans maintes circonstances pour reconnaître la vérité de ces voies surnaturelles il n'avait fallu rien moins que des Saints, comme le B. Raymond de Capoue, saint François de Borgia, saint Pierre d'Alcantara, saint Philippe Néri, le Vénérable P. de la Colombière? Et on pourrait citer d'autres faits.

254. Il faut en même temps que le voyant et son directeur s'établissent dans une disposition vraie d'indifférence et de docilité à Dieu, étant également prêts à ne tenir aucun compte de ces communications, si, après examen, il est démontré qu'elles ne sont pas divines, et à se montrer soumis jusqu'aux sacrifices qu'elles peuveut exiger, si elles viennent de Dieu. La frayeur à laquelle faisait allusion sainte Thérèse vient souvent des conséquences que l'on entrevoit et que l'on redoute pour le cas où ce serait Dieu qui se manifesterait. Dieu est exigeant parce qu'il est saint : le voyant n'aura-t-il point et des obligations dures à remplir lui-même, et pour son guide des messages pénibles à transmettre? Ne passera-t-il pas pour un visionnaire et celui qui le conseille pour un naïf et un imprudent? Le P. Baltazar Alvarez eut beaucoup à souffrir au sujet de sa pénitente Thérèse, il fut l'objet de vives critiques; ce cas est loin d'être une exception. II serait beaucoup plus commode de ne pas se mêier de ces faits extraordinaires. Ou bien, tout au contraire, on est flatté de recevoir des visites du Seigneur et des Saints, ou d'avoir sous sa direction des personnes qui jouissent de ces faveurs; on est heureux d'avoir l'occasion d'apprendre des secrets célestes : avec ces dispositions on est très incliné à voir du surnaturel et du divin là où peut-être il n'y en a pas l'ombre.

Non seulement le directeur doit se mettre lui-même dans ces dispositions toutes surnaturelles de renoncement et d'abandon, mais il doit les inculquer à celui qu'il dirige. S'il y a lieu de craindre que les communications soient trop favorablement accueillies, il se montrera au début difficile, porté au doute, il exigera que le voyant repousse doucement et respectueusement les faveurs dont il est l'objet, demandant à Dieu de lui donner plutôt des grâces d'un autre ordre qui fortifient son amour en le laissant dans les obscurités de la foi. « Il vaut toujours mieux, au début, dit sainte Thérèse, renoncer à ces faveurs, car si elles viennent de Dieu, ces dispositions d'humilité aideront à en profiter; du reste ces faveurs augmentent plutôt si on les met à l'épreuve. Cependant il ne faut pas pour cela resserrer l'âme, ni i'inquiéter, car elle ne peut faire davantage » (VI® Demeure, ch. m, p. 114); il n'est pas en son pouvoir d'empêcher ce qui lui arrive.

255. Si, au lieu de désirer ces communications, l'âme les redoute parce que celui qui lui parle, sans la décourager, la reprend de ses faiblesses et exige d'elle des actes de vertu pénibles, mais sages et salutaires, son guide devra, sans se prononcer tout d'abord sur la nature des paroles qu'elle croit entendre, y faire écho et doucement encourager l'âme à marcher dans la voie qui lui est tracée. « Quand les paroles que vous croyez entendre n'ont d'autre but que de vous consoler ou vous avertir de vos fautes, dit sainte Thérèse, quel qu'en soit l'auteur, fussent-elles même pure illusion, elles ne peuvent vous nuire. » (VP Demeure, ch. m, p. 114.)

256. Il n'est pas rare que des idées préconçues et peu fondées inclinent à juger défavorablement les faits surnaturels; on oublie que les jugements de Dieu ne sont point nos jugements et qu'il trouve parfois bon et utile ce qui choque nos petites Idées humaines. On dira par exemple : telle révélation ne peut être divine, car Dieu ne fait pas choix d'un inférieur pour donner des leçons à ses supérieurs. Dieu choisit bien Samuel, qui n'était alors — qu'on nous pardonne l'expression, — qu'un simple enfant de chœur, pour donner au grand-prêtre une terrible leçon. Il envoya bien au Souverain Pontife une jeune fille de Sienne pour lui faire renoncer au séjour d'Avignon, Il chargea une jeune fille de dix-sept ans de conduire les armées

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françaises et de diriger les généraux. On dira encore — cette objection comme la précédente a été formulée dans un cas que nous connaissons — ■ : Dieu ne fait pas connaître même à ses amis les fautes du prochain. Or, tout au contraire, les exemples abondent dans la vie des Saints de ces révélations; mais la connaissance des secrets des coeurs ne leur inspire qu'une charitable compassion et des désirs de la correction et du bien spirituel, même des plus coupables. .

De même ne faudrait-il pas, a priori, condamner comme fausses des visions et des révélations, parce que la personne qui en est favorisée n'est pas sainte. Il est bien vrai qu'en règle générale ces faveurs ne sont données d'une manière fréquente et comme habituelle qu'à des âmes avancées dans l'amour de Dieu, mais les manifestations de la Salette, de Lourdes, de .Pontmain, s'adressaient à des enfants qui n'étaient pas des saints. De même dans les cas de possession et d'obsession, alors même que la victime n'est pas une âme parfaite, le surnaturel divin sert souvent de contrepoids au surnaturel diabolique et protège l'âme faible et inconstante contre les séductions de Satan.

Il ne faudrait pas non plus condamner, a priori, comme des niaiseries indignes de Dieu des visions contenant des représentations symboliques, qui à des gens d'une gravité quelque peu guindée paraissent trop naïves, si le symbole cache quelque leçon, La Sainte Écriture n'en a-t-elle pas de semblables?

257. La prudence s'impose donc de toutes manières; mais à ceux qui prient et qui se mettent dans la sainte indifférence, le Seigneur ne refuse pas la lumière. Il leur suggère souvent des moyens de s'assurer de la réalité des visions.

On lit dans la notice de sœur Marie de Jésus crucifié qu'étant novice au Carmel de Pau et s'étant un jour rendue à la chapelle pour recommander à saint .Joseph la fondation projetée d'un Carmel aux Indes, une jeune fille lui apparut et lui donna l'assurance qu'on trouverait auprès de son père, le comte de Nédonchel, les secours nécessaires à l'œuvre projetée. Au récit de cette vision, la Mère Prieure fut quelque peu indécise, n'osant s'en rapporter uniquement aux dires de la novice, ni demander à un inconnu un pareil secours. Réflexion faite, elle résolut d'écrire au noble comte, le priant de vouloir bien lui

envoyer une photographie de sa fille Mathilde i. Le gentilhomme se prêta volontiers à ce désir, habitué qu'il était à recevoir de semblables demandes. La Prieure s'étant alors procuré plusieurs autres photographies, glissa parmi elles celle de Mathilde de Nédonchel; puis, les montrant à Sœur de Jésus crucifié, elle l'invita à désigner la personne qui lui était apparue. Sans hésiter sœur Marie indiqua Mathilde. La Prieure se décida alors à écrire et à exposer au comte ses désirs. Le résultat atteignit et dépassa même de beaucoup les espérances que l'on avait conçues.

§ 2. — Caractères et effets très différents des apparitions célestes et des visions diaboliques

258. Après avoir demandé avec ferveur les lumières divines, après s'être mis dans la disposition sincère de ne chercher que la vérité sans avoir égard aux ennuis que l'on peut prévoir, il faut appliquer les règles du discernement des esprits ^

Dieu et Satan ne parlent pas le même langage; l'ange de ténèbres peut bien chercher à se transformer en ange de lumière, mais son caractère, ses intentions se trahissent malgré lui; il est sans doute fort intelligent, mais les sentiments de haine et de rage qui le dominent lui enlèvent le calme et la possession de lui-même; c'est un agité, un violent qui ne peut se contenir, qui souvent, aveuglé par sa haine furieuse et ses souffrances de damné, prend des moyens dérisoires qui ne peuvent que tourner contre lui. Son langage le plus souvent n'est que du verbiage sans gravité, sans dignité; il peut feindre, il est vrai, la sainteté, mais il ne se maintient pas dans ce rôle, il finit par se dévoiler à un œil attentif et prudent. Il mêle le mal au bien, l'hérésie à la vérité, l'inconvenant au sacré; s'il reprend, c'est pour décourager; s'il semble communiquer les lumières, il inspire une vaine complaisance et un sot orgueil; s'il semble pousser à l'humilité et communiquer une certaine ferveur

' Mathilde de Nédonchel, d'une noble famille de Belgique, était morte à Rome, en odeur de sainteté, le 27 juin 1867. Sa vie a été publiée (Casterman, Tournai).

» Voir ces règles : Degrés de la vie spir., 1. III, 2» part. ch. V.

affective, tout est basé sur Tamour-propre ; s'il fait répandre des larmes par les sentiments qu'il excite, il porte à faire cas de cette fausse sentimentalité plus que de la pratique des vertus. {Montée du Carmel, II, xxvii, p. 256.) S'il feint des témoignages de tendresse, ses caresses ne sont pas chastes; s'il pousse à des œuvres saintes en apparence, elles sont ou indiscrètes, ou inopportunes, ou même pernicieuses. L'âme qui l'écoute se sent mal à l'aise, troublée; la gêne qu'elle éprouve, l'éloignement pour le bien, la difficulté qu'elle ressent pour la prière et les ;iclos d'amour, lui indiquent que ce n'est pas Dieu qui lui parle ! un ami de Dieu.

Les visions, d'ordinaire, commencent par effrayer, aussi voyons-nous dans la Sainte Écriture que ceux qui en sont favorisés doivent être tout d'abord rassurés (Luc, i, 13, i, 30, ii, 10;Matth. xxviii, v, 10; Luc, xxiv, 36; Apoc. i, 17). Saint An- I oine, disait, nous rapporte saint Athanase : Sipost timorem succedit gaudium, a Domino est visio ; securitas enim animée pressentis majestatis indicium est ; si vero incussa formido permansit, hostis est qui videtur : si à la crainte succède la joie, la vision vient du Seigneur, car la sécurité de l'âme est une marque de la présence divine; si la crainte se prolonge, c'est l'ennemi qui se montre. Le récit que fait Daniel, x, 8, 18, 19, confirme ces principes. (Cf. Divines Paroles, xxxviii, 16, 17, les signes donnés par le Seigneur à plusieurs saintes.)

« On reconnaît l'arlire à ses fruits : cueille-t-on des raisins sur des épines ou des figues sur des ronces? » (Matth., vu, 16.) Dieu, qui ne veut pas que ses enfants soient trompés malgré eux, permet que l'on reconnaisse le démon à ses œuvres. On peut, il est vrai, surtout au début, ne pas remarquer ces signes de l'action diabolique; on peut se laisser séduire, et beaucoup sont tombés dans les pièges de Satan; mais ceux-là seuls restent trompés qui se prêtent à la séduction; jamais Satan n'a pu garder dans l'erreur les âmes fidèles qui ont eu recours à la prière et qui se sont laissé guider par .l'obéissance : « Satan enrage de te décevoir, nous avons cité cette parole de Notre- Seigneur à sainte Marguerite-Marie, c'est pourquoi ne fais rien sans l'approbation de ceux qui te conduisent, afin qu'ayant l'autorité de l'obéissance, il ne puisse te tromper, car il n'a point de pouvoir sur les obéissants. » Notre-Seigneur donna à

sainte Thérèse la mênie régie de conduite : un confesseur de passage avait conseillé à la Sainte de garder pour elle seule toutes SCS communications. Notre-Seigneur alors lui dit qu'elle ne devait pas suivre ce conseil, mais ne rien cacher à son confesseur, qui était le P. Balthazar Alvarez, parce qu'il y avait en cela une grande sûreté, tandis qu'en faisant le contraire, elle pouvait quelquefois être trompée. Sainte Véronique Ju.iani fut reprise par Notre-Seigneur de ce qu'elle ne s'ouvrait pas à son confesseur,

259. C'est aussi pour préserver les hommes de ses séductions que le Seigneur ne permet pas à l'ange maudit d'imiter parfaitement un être glorifié. « Il peut bien, dit sainte Thérèse (Vie, XX VIII, p. 222), prendre la forme d'un corps de chair, mais il ne peut contrefaire la gloire avec laquelle Notre-Seigneur se montre. » Il semble même qu'il ne lui soit pas permis de reproduire parfaitement la forme humaine. Le directeur doit attirer sur ce point l'attention de celui qui reçoit ces visftes suspecteset qui, souvent, ne pense pas à regarder de la tête aux pieds; quand le démon est ainsi découvert, il se montre furieux i. Une autre manière de le démasquer, c'est de l'interpeller en lui commandant, au nom de Dieu, ou au nom de Jésus, de dire qui il est et ce qu'il veut; il ne lui sera guère permis de'tromper. S'il résiste à une première sommation, qu'on la réitère avec un grand esprit de foi, jusqu'à ce qu'on obtienne quelque réponse ou quelque signe rassurant ^.

260. Si les manifestations diaboliques ont des caractères qui les trahissent, les manifestations divines ont aussi des marques qui les font reconnaître. Les apparitions célestes — corporelles ou Imaginatives — non seulement n'ont rien que de convenable et de décent, mais elles ont de plus un caractère de noblesse et de dignité. Souvent elles sont entourées d'une lumière douce

1 Nous avions appris de diverses sources cette particularité avant de la lire dans Suarez, qui invoque le témoignage de plusieurs auteurs et les aveux des sorcières. Un jour, entre autres, à un confrère qui nous consultait sur des apparitions de mauvais aloi, nous conseillâmes de s'informer de la forme des pieds : la voyante regarda, c'étaient des pieds de bête.

* Nous avons conseillé aussi plusieurs fois l'interpellation et toujours l'ennemi a été forcé, bien malgré lui, de se dévoiler.

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et brillante qui ne ressemble à rien de terrestre et qui est fort différente de celle dont le démon s'entoure parfois, quand il cherche -^ se faire passer pour quelque ange ou quelque saint. En voyant ces apparitions, le premier mouvement peut être du trouble et de la frayeur; mais l'effroi passe vite et la paix, signe ordinaire de l'action divine, envahit l'âme.

261. Lis paroles de Notre-S.igneur, des Anges ou d^s Saints — auriculaires ou Imaginatives — se distinguent par plusieurs signes caractéristiques. Outre ceux que nous avons indiqués déjà, savoir : leur clarté et leur précision, l'imprévu de leur maniïtstation ou d s idées qu'elles énoncent, leur autorité qui force à les entendre, ne le voulût-on pas, elles sont encore très expressives, souvent d'une grande profondeur et surtout opérantes, Dieu agissant en même temps qu'il paile. L'âme reconnaît l'action divine en sentant qu'une grande paix est versée dans son âme, qu'elle est toute recueillie et toute portée à louer Ditu.

Souvent aussi, les paroles divines produisent ce qu'elles signifK nt. Si elles disent, par exemple : « C'est moi, ne crains point », aussilôl, toutes les inquiétudes s'évanouissent; si elles disent : « Sois en repos, tout réussira», une conviction forte s'impose à l'âme, qui ne doute nuJement de ce qui lui est promis. (Sainte Thérèse, Vie, xxv et xxvi; VP Demeure, m, p. 115.)

« Il me sembe, dit sainte Véronique JuJiani, que le Seigneur m'a fait connaître que les créations de l'imagination ne restent guère les mêmes (elles varient de forme et d'aspect); si, cependant, parfois, il en reste quelque chose, elles ne produisent que peu d'effet. Mais, quand ces visions ne viennent pas de l'imagination, tout reste profondément imprimé dans l'esprit, comme si la vision et la lumière continuaient d'être données à l'âme, et cel'e-ci en garde une. grâce si efficace que tout s'accomplit, sans même qu'elle s'en aperçoive. » {Diario, t. I, p. 304.)

Nous venons de dire que les paroles célestes portent avec elles la conviction; notons-le cependant : si le voyant, au moment où Dieu parle, ne doute pas, le doute peut lui venir ensuite, soit par l'effet d'une tentation, soit par l'influence de ceux qui ont peine à croire et qui lui communiquent leurs craintes. Sainte Véronique Juliani, sainte Marguerite-Marie avaient souvent la crainte d'être l'objet de fausses visions, mais,

au moment même où Notre-Seigneur leur parlait, elles ne songeaient pas à douter.

Si les paroles divines produisent des effets de grâce évidents, si elles sont paroles et œuvres, cependant, ces paroles « n'enlèvent pas toujours la répugnance et la difficulté que l'âme éprouve à exécuter les ordres qu'elle reçoit » {MonUe, II, xxviii, p. 259), comme le prouve l'exemple de Moïse, près du buisson ardent; elles respectent la liberté humaine, tout en lui donnant une forte et salutaire impulsion.

262. L'effet le plus* visible peut-être et certainement le plus sûr des paroles divines, car il n'est produit ni dans le cas d'une illusion imaginaire, ni dans le cas des interventions diaboliques, c'est l'humilité. Après avoir dit qu'elle reçut de Notre-Seigneur,, si souvent qu'elle ne pourrait en dire le nombre, des paroles de consolation, sainte Thérèse ajoute : « Souvent aussi. Il me faisait des réprimandes; Il m'en fait encore quand je commets quelque imperfection et mon âme en est tout anéantie. Mais ces reproches portent avec eux l'amendement, car sa Majesté donne à la fois l'avertissement et le remède. D'autres fois, Il rappelle à ma mémoire mes péchés passés, particulièrement quand II veut me faire quelque grâce signalée; alors, i. semble à l'âme que l'heure de son jugement est venue, car la vérité lui est manifestée avec tant de clarté qu'elle ne sait où se mettre. » {Vie, xxvi, p. 204.)

Quiconque a lu la vie de sainte Marguerite-Marie ' n'a pu manquer d'être frappé et de la rigoureuse sévérité avec laquelle Notre-Seigneur la traitait, ne lui laissant commettre aucune faute, aucune imperfection sans l'en reprendre, et des témoignages de l'affection la plus tendre qu'il lui prodiguait. On peut dire que tous ceux qui ont eu de fréquentes communications divines ont été de la sorte et sévèrement éclairés et très affectueusement encouragés. A première vue, sainte Gertrude semble faire exception : elle ne reçut guère que des paroles de tendresse; mais Notre-Seigneur ne la flattait pas. « J'accepte, lui dit-Il un jour, ton cœur débile offert avec une telle disposition,

^ Voir le petit opuscule si complet, si intéressant, si édifiant et qu'on ne saurait trop répandre, publié par la librairie Saint-Paul, Vie et rêvé' lations de la Bienheureuse Marguerite- Marie.

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