MARQUES DIVINES
avec plus de plaisir que je ne ferais du cœur fort d'un autre. Ainsi préfère-t-on à un animal domestique une bête sauvage longtemps poursuivie par les chasseurs, parce qu'elle est plus tiiidre et plus délicate. » {Ré\,'élations, m, 58.) Surtout par les laces intimes qu'il lui donnait, Il lui inspirait l'humilité la lus profonde, comme il est facile de s'en convaincre en lisant Sf s œuvres.
Les faveurs divines deviendraient un très grand danger si ceux à qui elles sont accordées ne recevaient en même temps des grâces puissantes d'humilité, des lumières qui, en leur découvrant leur néant et tout l'odieux de leurs moindres fautes, les préservent de vaine complaisance. Aussi peut-on remarquer que les tentations de vaine gloire ont moins de prise sur eux et qu'ils y sont moins sujets qu'aux autres tentations. « Quant à la vaine gloire, écrivait sainte Thérèse à saint Pierre d'Alcantara, je n'ai, grâce à Dieu, aucun sujet d'en avoir. » Et, rendant compte de ses extases au P. Rodrigue Alvarez, elle dit, parlant d'elle à la troisième personne : a On remarquait en elle un grand progrès dans la perfection, sans que ce progrès fût accompagné de vaine gioire, ni de la moindre tentation qui y eût rapport; au contraire, elle était toute honteuse que cela fût su. . . La vue de tant de péchés qu'elle a commis et du peu qu'elle fait pour Dieu est sans doute ce qui l'empêche d'être tentée de vaine gloire. » Notre-Seigneur dit à sainte Véronique Juliani qu'il voulait qu'elle fît voir à plusieurs personnes la blessure qu'il lui avait faite au cœur, qu'elle soit, sur ce point, morte à sa volonté et tout abandonnée à celle de celui qui Le représentait et qu'en tout cela elle n'aurait pas de tentation de vaine gloire, ni autre. {Diario, 16 marzo 1697, t. III, p. 579.)
263. Plus les communications célestes sont fréquentes, plus les fruits qu'elles produisent sont visibles; si elles soutiennent puissamment l'âme dans ses épreuves — car les âmes qui les reçoivent sont, d'ordinaire, fort éprouvées — si elles l'éclairent sur ses devoirs et lui en facilitent la pratique, si elles la font avancer notablement dans la vertu, si elles produisent de semblables effets de grâce sûr ceux à qui elles doivent être communiquées, ce sont des marques excellentes de leur origine céleste. Somme toute, la meilleure marque est bien celle qui nous a été enseignée par Notre-Seigneur pour distinguer les prophètes
inspirés de Dieu de ceux qui sont conduits par l'esprit de mensonge : A fructibus eorum cognoscetis eos : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. »
§ 3. — Signes donnés par Dieu pour preuve de son intervention
2'64. Malgré toutes ces marques, si les communications divines sont fréquentes, si les visions se succèdent, le directeur fera sagement de demander un signe qui le rassure dans ses doutes ou le confirme dans sa foi. Ainsi Abraham demanda un signe (Gen., XV, 8) et le Seigneur fit un prodige (c. 17), ainsi Gédéon sollicita et obtint aussi un signe (Jud., vi, 17, seq.). Moïse, au nom du Seigneur, promit aux Hébreux qu'il leur serait envoyé des prophètes pour les éclairer et leur manifester les volontés divines, et parlant toujours au nom de Jéhovah, il ajouta : « Que si tu dis dans ton cœur : Comment reconnaîtrons-nous la parole que' Jéhovah n'aura pas dite? Quand un prophète t'aura parlé au nom de Jéhovah, si ce qu'il a dit n'arrive pas et ne se réalise pas, c'est là une parole que Jéhovah n'a pas dite. » (Deuter., xvw, 21, 22.) Dieu indiquait donc un critère à l'aide duquel on pourrait reconnaître les vraies révélations, et ce critère est la réalisation des prédictions faites par le voyant.
Le bienheureux Raymond de Capoue raconte dans la Vie de sainte Catherine de Sienne qu'ayant eu, quand il entra en rapports familiers avec elle, des doutes sur les faveurs accordées à la Sainte, il lui vint subitement à l'esprit cette pensée : si je pouvais constater sûrement que les prières de la Sainte m'obtinssent du Seigneur une contrition extraordinaire de mes péchés, plus grande que la contrition commune qui m'est habituelle, j'aurais un signe irrécusable que toutes les œuvres de cette vierge viennent de l'Esprit-Saint. Il lui demanda donc de lui obtenir le pardon complet de ses péchés et comme signe de pardon une très grande contrition de ses péchés. Catherine le lui promit. Le lendemain, ne pensant plus à sa demande ni à la promesse de la vierge, il fut saisi de la pensée de ses péchés, il en conçut une vive douleur, il poussa de t^ls sanglots et versa tant de larmes qu'il craignit de voir sa poitrine et son cœur se briser. {Vie de sainte Catherine, l^ partie, ch. ix.)
En 1674, la Mère de Saumaise demanda la guérison de sainte
Signes donnés comme preuves 257
Marguerite-Marie : « On me dit, raconte la Sainte, que l'on connaîtrait bien si tout ce qui se passait en moi venait de l'Esprit de Dieu par le rétablissement de ma santé, après quoi l'on me permettrait ce qu'il m'avait commandé, tant au sujet de la communion des premiers vendredis que pour veiller l'heure qu'il souhaitait, la nuit du jeudi au vendredi, » Aussitôt, Marguerite- Marie fut guérie par la Sainte Vierge. Six ans plus tard, la Mère Greyfié demanda, pour preuve que tout ce qui se passait en la Sainte était de l'Esprit de Dieu, qu'il la mît dans une parfaite santé pendant cinq mois. Elle l'obtint et Notre-Seigneur dit à Marguerite-Marie : « Je te promets que, pour preuve du bon Esprit qui te conduit, je lui aurais bien accordé autant d'années de santé qu'elle m'a demandé de mois, et même toutes les autres assurances qu'elle m'aurait voulu demander. » Une des religieuses, voyant sa sœur retomber malade dès que les cinq mois furent écoulés, dit à la supérieure : « Vous devriez commander à ma sœur de ne point rentrer à l'infirmerie de deux ans, puisque vous avez si bien ré jssi pour cinq mois. » Mais la Mère "répondit sagement : « Ce temps me suffit pour me prouver que la voie que tient cette fille est de Dieu ^ » S'il est, en effet, très sage de demander à Dieu des signes, il serait irrespectueux et téméraire, quand II a suffisamment rendu manifeste sonjntervention, de Lui poser indiscrètement des conditions nouvelles et de vouloir mettre sans cesse à l'épreuve sa puissance et sa bonté. C'est Dieu, au contraire, qui a le droit d'être obéi quand II a déjà donné quelques marques frappantes, souvent, alors, Il attend, pour en donner de plus convaincantes encore, que ses créatures ne se montrent pas revêches, mais fassent preuve de confiance et de soumission. Les premiers signes de la mission de Jeanne d'Arc furent son affirmation des voix qu'elle entendait, affirmation que rendaient très probable sa grande vertu et son bon jugement, la prophétie, très connue alors, qui annonçait que la France serait sauvée par une jeune fille des Marches de Lorraine, enfin la révélation qu'elle fit à Charles VII d'un secret connu de lui seul. Ces motifs décidèrent les examinateurs de Poitiers à se prononcer en sa faveur; mais Jeanne
' Voir la très intéressante et très documentée Vie de la Bienheureuse Marguerite- Marie, par A. Hanion, Paris, Beauchesne, 1907.
d'Arc déclara toujours que le grand signe viendrait quand on aurait fait preuve de confiance et que ce grand signe serait la délivrance d'Orléans.
265. Il semble, en règle ordinaire, plus convenable et plus respectueux de laisser à Dieu le choix du signe qu'il Lui plaira de donner. La Vierge n'accorda pas au curé de Lourdes le signe qu'il lui fit demander par Bernadette; elle accorda plus et mieux.
Voici ce que raconte sainte . Marguerite-Marie : « Dans la crainte que j'ai toujours eue qu'il n'y eût quelque illusion dans les grâces que je recevais de Dieu, mon souverain Maître a bien voulu me donner certaines marques par lesquelles je pourrais aisément distinguer ce qui vient de Lui d'avec ce qui vient du démon, de l'amour-propre ou de quelque autre mouvement naturel. Il m'apprit, premièrement, que ses grâces particulières seraient toujours accompagnées en moi de quelques humiliations, contradictions et mépris de la part des créatures; secondement, qu'après avoir reçu quelques-unes de ces communications divines dont mon âme est si indigne, je me sentirais plongée dans un abîme d'anéantissement et de confusion intérieure, qui me" ferait sentir autant de douleur dans la vue de mon indignité que j'aurais eu de consolation par les libéralités de mon divin Sauveur, étouffant ainsi toute complaisance et tout sentiment de propre estime; que les autres grâces et communications, soit pour moi, soit pour les autres, ne produiraient jamais le moindre mouvement de mépris pour qui que ce soit et que, quelque connaissance qu'il me donnerait de l'intérieur ^es autres, je ne les estimerais pas moins, quelque grandes que me paraissent leurs misères, mais que tout cela ne me porterait qu'à des sentiments de compassion et à prier plus instamment pour eux; que toutes ers grâces, quelque extraordinaires qu'elles soient, ne m'empêcheraient jamais d'observer mes règles et d'obéir aveuglément, mon divin Sauveur m'ayant fait connaître qu'il les avait tellement soumises à l'obéissance, que, si je venais à m'en éloigner tant soit peu. Il s'éloignerait de moi avec toutes ses faveurs; enfin que cet esprit, qui me conduit et qui règne en moi avec tant d'empire, me porterait à cinq choses : 1° à aimer d'un amour extrême mon Sauveur Jésus-Christ; 2° à obéir parfaitement à l'exemple de mon Seigneur Jésus-Christ; 3° à souffrir sans cesse