PRENDRE CE QUI EST SUR ET BON
probale : quod bonum est tenete? « Ne méprisez pas les prophéties, mais éprouvez tout et retenez ce qui est bon. » (I Thess. V, 20.) Ce bon qu'il faut retenir, ce qu'elles contiennent de substantiel et de sûr, ce sont les leçons qu'elles donnent, les conseils qu'elles énoncent et qui sont conformes aux principes de l'Évangile et aux règles de la sagesse. Alors — et même, déclare saint Jean de la Croix, si l'on ne rencontre pas de directeur avec qui on puisse prudemment s'en ouvrir — on a tout à gagner à leur obéir et on risquerait de perdre beaucoup en ne les suivant pas.
268. Une révélation doit donc toujours être contrôlée; si, en dehors d'elle, on ne voit aucun motif plausible de faire ce qui est demandé, sauf des preuves manifestes et miraculeuses de la volonté divine, ordinairement, on ne doit pas en tenir compte. Un religieux de la Compagnie de Jésus, le P. Gaspard de Saiazar, avait pensé à quitter son ordre pour entrer dans celui des Carmes ; son provincial, le P. Jean Suarez, s'étant imaginé ou ayant entendu dire qu'il avait été poussé par sainte Thérèse, sur la foi d'une révélation, à cette démarche déraisonnable, s'en plaignit vivement à celle-ci. Elle lui répondit : « Pour ce qui est de la révélation à laquelle votre Paternité fait allusion, comme le Père (de Saiazar) ne m'a point écrit et que je ne savais rien doson projet, j'ignore s'il en a eu quelqu'une à ce sujet. Quand j'aurais eu moi-même ce rêve, comme votre Paternité l'appelle, je ne suis pas si inconsidérée que de conseiller un changement de cette importance sur un pareil fondement et nvême je ne le lui aurais pas fait savoir. Grâce à Dieu, j'ai appris de beaucoup de personnes l'estime et le crédit que l'on doit accorder à ces sortes de choses et je ne crois pas que le P. de Saiazar en eût fait cas, s'il n'avait rien eu de plus pour le décider en cette affaire, car il est très prudent. » La Sainte estime donc, à juste titre, que ce serait faire preuve d'imprudence que de se décider dans une affaire importante sur une simple révélation, quand on ne voit pas d'autres motifs raisonnables d'agir.
269. II y a des exceptions, sans doute; Dieu, dont les desseins sont insondables, peut exiger ou conseiller des actes qui semblent en opposition avec les lois de la prudence, mais alors II multiplie les signes et ne laisse pas de doute sur sa volonté. Ce qui était
demandé à sainte Jeanne d'Arc n'était pas raisonnable en apparence, mais, pendant plus de quatre ans — Jeanne eut ses premières apparitions à l'âge de 13 ans — les manifestations divines se multiplièrent et ses visiteurs célestes lui donnèrent tant de preuves de leur sagesse et de leur sainteté qu'elle ne "pouvait plus douter. Sainte Colette, ayant appris la mort d'une de ses religieuses du couvent de Poligny, défendit de l'inhumer avant son arrivée. On attendit quatre jours. Certes, il n'y avait à ce retard aucun motif raisonnable en dehors de la confiance que l'on avait dans les lumières que la Sainte recevait de Dieu, et elle-même n'avait pas d'autre motif de se transporter à Poligny que- la révélation qui lui avait été faite. Grâce à cet acte d'obéissance à Dieu, la pauvre religieuse, qui était morte après une confession sacrilège, ressuscitée par sainte Colette, avoua sa faute et mourut de nouveau, assurée de son salut. Saint Jean de la Croix, pourtant si prudent en matière de révélalion, se mit en devoir de s'évader de sa prison de Tolède sur l'ordre que lui en donna la Sainte Vierge; c'était, cependant, une entreprise humainement impossible et déraisonnable.
Abraham, quand il se prépara au sacrifice d'Isaac, obéit à un ordre en apparence insensé, mais une impulsion intime d'une grande puissance et des lumières extraordinaires de l'Esprit-Saint le portaient à obéir; ainsi sainte ApoUonie, martyre, quand, d'elle-même, elle se jeta dans les flammes du bûcher. Déplus, à l'époque d'Abraham, l'autorité à laquelle Jésus a dit : « Qui vous écoute m'écoute » n'existait pas encore ; aujourd'hui, elle est là, ayant reçu mission de conduire les hommes et ne pouvant approuver sur des révélations douteuses ce qui serait contraire à la saine raison et aux règles de la sagesse.
270. La sainte Église contrôle toujours les révélations qui lui sont soumises; ordinairement, elle commence par prendre des informations sur le voyant; s'il mérite crédit, elle ne méprise pas les communications qu'il déclare avoir reçues, mais elle examine avec soin si l'objet de la demande attribuée à Notre- Seigneur ou à quelque Saint est juste et sage. Alors, si, en faisant abstraction de la révélation, la demande lui semble opportune, s'appuyant sur les motifs surnaturels qui militent en faveur de la mesure proposée et non sur la révélation elle-même, elle prend sa décision. Ainsi procéda particulièrement Léon XIII, à