HUMILITÉ ET DISCRÉTION
la suite des communications faites à la Mère Marie du Divin- Cœur, supérieure du Bon-Pasteur de Porto i.
On ne peut mieux faire que d'imiter une si sage conduite. Le directeur qui agit de la sorte et le voyant qui lui obéit font un acte de prudence très méritoire; ils ont, de plus, tout le mérite de la foi en la parole de Dieu et de l'obéissance à ses ordres, puisqu'ils se montrent sincèrement disposés à exécuter ses volontés, dès que, suivant les lois posées par Dieu lui-même, il leur sera permis de le faire.
§ 0. — Discrétion et humilité nécessaires
271. Le directeur qui a sous sa conduite des âmes à qui Dieu se communique doit leur recommander le secret et se montrer lui-même très discret. « La prieure, dit sainte Thérèse, doit bien veiller à ce que l'on ne fasse point savoir aux personnes du dehors des choses de ce genre, fût-on certain qu'elles viennent de Dieu et que ce sont des grâces toutes miraculeuses; il n'en faudrait même pas parler aux confesseurs ^ qui n'auraient pas la réserve nécessaire pour garder le secret; ceci est beaucoup plus important qu'on ne peut le penser; les religieuses non plus ne doivent point s'en entretenir les unes avec les autres. » {Fond., VIII, p. 69.)
Le directeur a aussi le devoir de maintenir le voyant dans l'humilité, dans le détachement de ces voies extraordinaires, de lui apprendre à préférer l'union mystique, qui s'opère dans l'obscurité de la foi et l'amour, qui se prouve par les œuvres. L'humilité, ici comme toujours, est la meilleure et la plus sûre sauvegarde. « Si à la pensée que ses visions viennent de Dieu, l'âme s'humilie et reconnaît qu'elle n'a pas mérité une si grande grâce. . ., si elle se fait humble et petite, si eUe redouble d'ardeur pour la pénitence et l'oraison, si elle veille sur elle-même avec plus de soin pour ne point offenser un Dieu qui se montre si bon et si plein d'am-our, si elle s'applique à obéir plus parfaite-
i Voir le livre si intéressant de notre cher et regretté confrère, M. l'abbé Chasle, 1906 : Sœur Marie du Divin Cœur, Paris, Beauchesne.
* Sainte Thérèse vise ici les confesseurs de passage; c'est d'eux surtout qu'elle-même avait tant eu à souffrir.
ment que jamais, je l'affirme sans crainte, le démon fùt-il l'auteur de ses visions, il ne lui causera aucun dommage et ce qu'il aura fait tournera à sa contusion. » {Fond., viii, p. Çy).)
Nous avons démontré comment ces faveurs, tout en étant des secours précieux qu'il faut bien se garder de mépriser et dont on doit se montrer fort reconnaissant, ne contribuent qu'indirectement à la sanctification. Que le directeur le fasse bien remarquer, qu'il rappelle « qu'une seule action, un seul acte de volonté fait par amour a plus de valeur devant Dieu que toutes les visions ou révélations célestes » {Montée, II, 20, p. 221); si bien que, saint Jean de la Croix le remarque avec tous les Saints, « beaucoup d'âmes, sans avoir reçu de semblables faveurs, sont, sans contredit, beaucoup plus avancées que d'autres qui les ont reçues à profusion ». Il arrive parfois que des personnes qui ont reçu d'abord des grâces de cette sorte cessent, ensuite, d'en être favorisées sans être nullement déchues de leur premier état, quelquefois même — nous en connaissons quelques exemples — après avoir fait de notables progrès.
Si l'on doit se détacher de ces faveurs, il ne semble pas qu'on doive les refuser. La Bienheureuse Anna-Maria Taïgi, ayant reçu l'étonnante faveur du soieil symbolique, par lequel le Seigneur voulait, comme II le lui déclara, lui faire connaître le bien et le mal, s'en ouvrit à son confesseur. Celui-ci lui ordonna de demander à Dieu de lui retirer ce don et de le communiquer à des vierges vivant dans un monastère plutôt qu'à une femme mariée. Il lui fut surnalurellement répondu que « Dieu est librp de faire ce qui Lui plait et que personne ne doit avoir la témérité de pénétrer ses secrets, que le confesseur doit se borner à faire son devoir et rien de plus ».
Veiller à tenir dans l'humilité est autre chose que de rebuter et réprimander. Saint Jean de la Croix recommande au directeur de « procéder avec beaucoup de douceur, de bonté et de paix et d'encourager les âmes en leur donnant la facilité de s'exprimer ouvertement; au besoin même, il devra le leur enjoindre. Parfois, en effet, elles éprouvent une difficulté si grande à faire ces déclarations qu'il ne faut rien négliger pour les y amener ». {Montée, 20, p. 221.)
272. Celui à qui Dieu ne s'est jamais manifesté ne doit pas aspirer à l'honneur de ses communications; les désirer serait