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HUMILITÉ ET DISCRÉTION

téméraire ; il serait aussi dangereux, car celui qui a ce désir serait très porté à ajouter foi à des tromperies diaboliqups ou même aux fantômes de son imagination. « Lorsqu'on forme de tels -ouhaits, on est déjà trompé ou en grand danger de l'être, dit - linte Thérèse, parce que la plus petite porte ouverte suffit au

i.jinon pour nous tendre mille pièges. » (VI© Demeure, ix p. 167.)

L'âme à qui Dieu se communique peut-elle l'interroger et demander à savoir ce qu'il ne lui dit pas? Sainte Thérèse n'osait Il faire. « Je ne m'occupe jamais, écrivait-elle au P. Rodrigue Alvarez, de demander plus que le Seigneur ne me donne, je rraindrais trop que le démon me trompât. » On ne peut cependant tirer de cette conduite de la Sainte une règle absolue, le respect que l'on doit à Dieu n'étant pas blessé par cette demande si elle était faite, par ailleurs, pour un bon motif et avec entière soumission à sa volonté. Jeanne d'Ai-c disait :

« Les Saintes viennent souvent sans que je les appelle et, quand elles tardent à apparaître, je prie Notre-Seigneur de me les envoyer. Je n'ai jamais eu besoin d'elles qu'elles ne soient venues. » « Je ne leur ai rien demandé, déclare-t-elle ailleurs, si ce n'est pour mon expédition et que Dieu voulût bien assister lesFrançais et protéger leurs villes. » La Bienheureuse Anna- Maria Taïgi eut pendant quarante ans sous les yeux un soleil symbolique, dans lequel elle pouvait voiries propres faiblesses, le fond des consciences, l'état des divers peuples de la terre, les révolutions, les guerres, les projets des gouvernements, les intrigues des sociétés secrètes, les pièges tendus par les démons, les crimes, les fléaux par lesquels Dieu se préparait à châtier les péchés de son peuple. La Bienheureuse n'avait qu'à y jeter les yeux pour savoir les choses les plus secrètes dont la pensée se présentait à elle ou dont on lui parlait. Or, elle ne craignait pas de le faire quand la gloire de Dieu y était intéressée, ou par charité, en vue du bien spirituel du prochain, ou par obéissance à son directeur, ou par une impulsion divine, mais elle ne le faisait jamais par curiosité, ni par aucun motif humain. Ce parfait renoncement plaisait beaucoup à son divin Époux, qui lui en attesta plus d'une fois sa satisfaction. Cette règle paraît juste et sage ; il semble que certaines âmes saintes s'en sont écartées et ont été trompées. Ainsi on attribue à ses

demandes indiscrètes les erreurs où tomba sainte Elisabeth de Schoenau.

273. Si cette réserve s'impose aux voyants, elle est encore plus obligatoire pour ceux qui les approchent. Il est loujouirs louable d'avoir recours aux conseils de ces âmes privilégiées, qui, en dehors des révélations, grâce à leur prudence, à leur connaissance des voies de Dieu, possèdent de précieuses lumières; mais il est beaucoup plus délicat — sans pourtant qu'aucun précepte le détende — de chercher à profiter de leurs révélations; celui-là serait irrespectueux envers Dieu et téméraire qui voudrait, par curiosité ou par des vues humaines, provoquer des communications divines. Si, au 'contraire, pareille demande était faite avec respect, discrétion et. uniquement pour la gloire de Dieu, elle ne serait pas condamnable.

« Mgr de Belzunce recourait aux lumières de la Vénérable Anne-Madeleine Rémuzat dans les circonstances difficiles et importantes de sonyiinistère. La biographie de 1760 mentionne, en particulier, un Voyage auquel le prélat avait quelque peine à se résoudre, parce qu'il en appréhendait les conséquences. Cependant, les intérêts de la religion se trouvant engagés dans cette affaire, il demeurait anxieux et il chargea sa sainte fille de consulter Dieu à ce sujet. Elle obéit et, après avoir prié, déclara que le Ciel voulait ce voyage, que les grâces seraient proportionnées aux difficultés et que les succès dépasseraient toute attente, ce qui se vérifia de point en point. » {Vie de la Vénérable, d'après les documents de l'Ordre, ch. xvi.) « Combien de fois, dit le cardinal Pedicini, témoignant au procès apostolique de la Bienheureuse Anna-Maria Taïgi, ne l'ai-je pas consultée sur les affaires des charges que j'ai occupées dans le gouvernement et quels sages conseils, quelles lumières ne m'a-t-elle pas données?... Elle me révélait des choses bien supérieures à l'intelligence humaine. » « Lorsque j'étais le secrétaire de Mgr le Maître de chambre de Léon XII, dit un autre témoin, le marquis Bandini, je me laissais conduire en tout par la Servante de Dieu. Le soir, je lui lisais la liste des personnes qui avaient demandé audience pour le lendemain; après avoir regardé le soleil, elle me disait de prendre garde à certains étrangers. . . ; il se présenta, entre autres, un sectaire qui avait de mauvaises intentions et que j'écartai. » {Vie, par le P. Bouffier, v, 4, 16.)

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