PROPHÉTIES CONTEMPORAINES
274. L'âme qui a eu des visions et des révélations doit-elle nsuite s'elTorcer de les oublier? Saint Jean de la Croix dit que
si l'âme adhère volontiers aux visions, il en résulte six iconvénients » (Montée, II, 10, p. 140), qu'il énumère et qui se ) mènent à ceci : par là, l'âme s'écarte du vrai renoncement et iu parfait abandon. Ce conseil convient surtout aux âmes qui seraient exposées à s'y complaire. Du reste, on peut se les rappeler sans y adhérer, sans y puiser une vaine complaisance. Sainte Gertrude, ayant eu la visite de Notre-Seigneur et reçu de Lui toutes sortes de caresses, dit et répète qu'elle veut à tout prix garder le souvenir de cette faveur, qu'elle serait insensée si elle l'oubliait et qu'elle l'écrit pour s'en souvenir. {Révélations, 11,22.)
§ 6. — Un mot sur les révélations actuelles
275. De tout ce que nous avons dit il ressort clairement qu'une extrême prudence est nécessaire lorsqu'on se trouve en présence de grâces extraordinaires. La prudence est plus nécessaire et la défiance même s'impose quand on entend parler de ces révélations qui courent dansMe public, dont on ne connaît pas la source et qui annoncent des événements invi'aisemblables. L'histoire nous apprend qu'aux époques de troubles les fausses prophéties abondent ; elles n'ont point fait défaut de nos jours. « Si encore, a écrit le P. Poulain, ces prophéties, quoique sans valeur surnaturelle, eussent été utiles! Si elles avaient poussé les catholiques à lutter, à se concerter savamment pour l'assaut, à user de tous les moyens légaux, à s'initier aux lois et aux affaires pour amener la réalisation des promesses de restauration monarchique et chrétienne 1 Malheureusement (et c'est là qu'on découvre la queue du serpent, suivant le mot de saint Ignace), ces belles prophéties n'étaient pas inspirées par un esprit aussi pratique; tout au contraire. On y apprenait que « le grand monarque que Dieu nous garde » arriverait un beau jour, malgré les méchants, et avec une poignée, toute petite, de gens fidèles. Soudain, le vice serait puni et la vertu récompensée. Les méchants se laisseraient supprimer avec une lacilité dont ils ne sont pas coutumiers.
« C'était fort consolant pour les conservateurs, qui pouvaient attendre, les pieds sur les chenets, que l'Ange exterminateur
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remît tout en place. Plus la tempête augmentait, plus on prenait joyeusement confiance, sans quitter le coin du feu. Car les prophéties disaient que, « lorsque tout paraîtrait perdu, « tout serait sauvé ». Tant mieux donc si la perte était imminente 1 Que de chrétiens ont été, à leur insu, désarmés par ces promesses décevantes 1 On semblait leur verser un cordial : c'était un narcotique. M La Mystique de saint Jean de la Croix, p. 48.)
Ces fausses prédictions n'étaient-elles pas une ruse de l'ennemi, pour en faire jjublier d'autres qui eurent un tout autncaractère? Quand Marie, sur la montagne de la Salette, chargea Maxim.in et Mélanie de faire passer un message à son peuple, son langage était bien différent. Faisant le tableau des péchés qui irritaient la justice de Dieu, elle annonçait que tant d'iniquités amèneraient de redoutables châtiments; mais elle ajoutait que, si son peuple se convertissait, les fléaux qui le menaçaient se changeraient en bénédictions. N'était-ce pas pour rappeler ces graves avertissements que, onze ans plus tard, à Lourdes, elle disait avec une insistance touchante : « Pénitence, pénitence, pénitence ?»
276. Ces avis du Ciel devraient suffire; mais — pourquoi ne le dirions-nous pas? — sur divers points de notre cher pays, des communications surnaturelles, offrant des garanties très sérieuses, ont fait écho à ces paroles de Marie et prédit de même des châtiments ou des bénédictions, selon que le peuple chrétien mériterait l'un ou l'autre. Hélas ! les événements n'ont que trop réalisé, jusqu'ici, les prédictions et nous voyons les ruines annoncées jadis, à une époque où elles ne paraissaient pas vraisemblables.. Aujourd'hui, il n'est plus besoin d'être prophète pour prévoir un cataclysme que tout prépare, une révo'ution déjà commencée et qui ne peut que s'accentuer : il suffit du simple bon sens pour annoncer à celui qui coupe la branche sur laquelle il est assis qu'il va faire une chute. Comment échapper à une catastrophe quand on sape tous les fondements de l'édifice social, comment échapper à la colère divine quand on fait tout pour la provoquer?
Si, de toutes ces prédictions, on sait, selon la règle que nous avons donnée après saint Paul : Quod bonum est tenete, prendre le substantiel et le sûr, on arrive à ces conclusions : l'oubli des