SLS CAUSES : LES FAUTES DU POSSÉDÉ
281. Les phénomènes de la possession varient beaucoup selon if caractère et surtout selon la puissance des diables possesseurs. Les démons en effet sont loin de se ressembler : le grand thaumaturge des Gaules, saint Martin, en faisait déjà la remarque, cumme l'ont faite les exorcistes de tous les siècles. Son historien, Sulpice Sévère, nous dit que Mercure surtout se montrait acharné contre lui; quant à Jupiter, saint Martin disait qu'il était ]ii ute et obtus : Jovem brutum atque hebetem esse dicebat. « Tous ks démons, dit l'abbé Serenus dans Cassien {Coll. vu, 19) n'ont pas la même cruauté, la même rage, comme ils n'ont pas la même force ni la même malice. » Ils ne portent pas aux mêmes utes : les uns, plus volontiers et plus facilement, en raison
leur caractère propre, portent à l'orgueil, d'autres à la luxure, ., l'intempérance, à la paresse, au blasphème. Leur manière de procéder varie aussi : les uns ■ — et ce cas est plus fréquent — enlèvent à leur victime toute connaissance quand ils parlent par sa bouche, d'autres la laissent pleinement éveillée et lui font dire malgré elle des paroles dont elle ne sait pas la raison.
La division en neuf chœurs se retrouve dans l'enfer comme dans le ciel ; les anges rebelles ayant gardé leur nature, des différences dont nous ne nous faisons pas l'idée, sous le rapport de la portée de l'intelligence, de l'intensité de la volonté, de la ténacité dans la résistance, de la puissance d'action, existent parmi eux. Dans les possessions célèbres qui durèrent longtemps et exigèrent de la part des exorcistes une lutte opiniâtre, la guerre était soutenue par des princes de l'enfer. Quand les vexations sont produites par des démons de dernier ordre, quelques prières ou pratiques pieuses, quelques adjurations suffisent, d'ordinaire, pour les faire cess-^r.
§ 3. — Causes de la possession — Les jautes du possédé
282. Les démons sont loin de faire à leurs victimes tout le mal qu'ils voudraient. Si libre cours était laissé à leur infernale malice, ils traiteraient les hommes comme en enfer ils traitent les damnés; ils entreraient en maîtres chez tous les serviteurs de Dieu, les réduiraient à l'impuissance, les blesseraient, les tueraient; ce serait un carnage effroyable. Leur action est sans
cesse entravée par la Providence divine, ils ne peuvent déployer^i qu'une toute petite partie de leurs forces. 1
Ainsi faut-il une permission toute particulière de Dieu poui^ qu'ils puissent exercer leurs vexations, qu'il s'agisse de l'infes-' tation, de l'obsession ou de la possession. Quand et pourquoi cette liberté leur est-elle laissée ? Mystère insondable ! Parfois, la possession diabolique a été la suite et la punition de certaines fautes. Grégoire de Tours rapporte que les soldats de Théodoric, ayant commis des abominations dans la basilique de Saint- Julien, en Auvergne, furent tous possédés du démon. Saint Gilles de Portugal avait, pendant sa jeunesse, pratiqué la magie ; grâce à un pacte avec le démon, il était devenu capable de guérir un grand nombre de maladies. A la suite d'une vision, il se convertit et entra dans l'ordre de saint Dominique, mais, en punition de ses fautr-s, surtout du pacte qu'il avait fait avec eux, les démons le tourmentèrent cruellement l'espace de sept ans; il vécut dans une grande pénitence et, après sa mort, il fut honoré comme un saint..
Parmi les possédés qui furent délivrés au tombeau de saint Jean Gualbert, à la suite d'exorcismes, quatre frères d'Arezzo étaient devenus les victimes de Satan pour s'être emparés par fraude et par ruse du bien d'un autre homme ; un prêtre avait été saisi par le démon pour une raison analogue ; un autre pour s'être rendu coupable d'homicide et de sacrilège; une femme âgée était devenue possédée parce qu'elle portait sur elle un écrit magique. (P. Verdun, Le diable dans la vie des Saints.) Nous savons le cas contemporain — peut-être dure-t-il encore — d'une personne à qui semblable malheur arriva à la suite d'une prière à Mercure ' qu'elle a\^ait récitée sur les conseils d'une vieille femme, qui se donnait pour une guérisseuse.
« Parmi les victimes du démon que saint Bernardin de Sienne délivra par les prières et le signe de la croix, on cite : Orlando,
1 On a souvent trouvé dans les exorcismes, des démons qui, forcés de se nommer, déclinèrent les noms des faux dieux du paganisme : Bel, Jupiter, Cerbère, les Parques, etc. C'étaient donc des diables qui se faisaient adorer sous ces noms, comme les Pères l'ont souvent afTirmé. Quand des païens font des sacrifices à leurs dieux, dit saint Paul, c'est aux démons qu'ils les font : quae immolant gentes, dsemoniis immolant. I, Cor., X, 20.