‹ L'état mystiqueChapitre 63 sur 99 · SE^. CAUSES : LES SORTILÈGES · texte numérisé non relu

SE^. CAUSES : LES SORTILÈGES

i.fois soldat cruel et inexorable, qui avait pillé une ville, idolescent, pour un crime infâme, etc. (Verdun, Ibid.)

« On cite quelques faits, mais très rares, de possessions qui semblent avoir été déterminées par de simples péchés véniels. » (Ribet, La Myst. dkine.)

« Nous voyons de saints religieux, dit l'abbé Serenus, dans Cassien, livrés corporellement au démon ou soumis à des maladies extraordinaires pour des fautes très légères, parce que la bonté divine, qui ne veut pas souffrir la moindre tache en eux au jour du jugement, purifie dès cette vie toutes les souillures de leur cœur et leur évite ainsi le purgatoire. » Comme l'a dit l'un des auteurs )es plus célèbr-'s de démonologie, Thyrée, de la Compagnie de Jésus, « les hommes ne peuvent se plaindre d'être injustement traités si, pour des fautes légères, il est permis aux démons de se faire leurs bourreaux, car, si ces fautes, comparées aux péchés mortels, sont légères, si on les compare à ce qu'on peut souffrir en ce monde, la peine, d'ordina'.re, est au-dessous du mal ».

283. S'il est rare que les péchés véniels des possédés aient été au début, la cause déterminante de leur possession, il est fréquent, peut-être devrait-on dire constant, que leurs fautes, même légères, augmentent le pouvoir nuisible du démon, comme leurs actes de vertu, au contraire, le gênent et, souvent, mettent des bornes à ses vexations. Un des diables de Loudun « se plaignait souvent de ce que sa malice était gênée par la douceur et la tendresse d'une fille ' ». Et ce fut en am-^nant les pauvres Ursulines à une haute vertu que les exorcistes de Loudun, surtout le P. Surin, achevèrent la défaite de ceux que des années d'exorcismes avaient affaiblis sans les réduire complètement. « Nous résistons bien, disaient-ils, aux exorcismes, mais non pas à la mortification. »

§ 4. — Les sortilèges, deuxième cause de possession

284. L'une des causes les plus fréquentes des vexations diaboliques est le maléfice. Les maléfices sont les sacrements du diable. Ce singe de Dieu a institué des signes sensibles auxquels

' Histoire abrégée de la possession des Ursulines de Loudun, II, 1.

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est attachée une sorte de vertu nuisible, produisant des maux variés, des maladies, des fléaux et parfois, semble-t-il, même 'a mort. Le rituel reconnaît refficacilé des charmes et ordonne de les détruire. Le démon, en effet, est obligé d'agir quand maléfice a été posé suivant le rituel diabolique; les sortilèges lui communiquent comme une puissance plus grande pour nuire à ses victimes. Un démon qui aura perdu une grande partie de ses forces, à la suite des adjurations et des pratiques saintes^ paraîtra parfois avoir retrouvé une nouvelle vigueur, et, interrogé par l'exorciste, il sera obJgé de reconnaître qu'il doit à des pratiques magiques les forces qu'il aura recouvrées. Les exor^' cistes de Marie des Vallées * avaient à ppine levé un sortilège au moyen des remèdes prescrits par l'Ég'ise qu'un autre lui succédait ». {Marie des ValUes, par l'abbé Adam, ii, 1.)

Presque toutes les possessions cé'èbres eurent pour cause des maléfices, par exemple, celle de Madeleine de la Palud et de Louise Capel, à Marseille, celle des UrsuJines de Loudun, celle des Sœurs hospitalières de Louviers.

Les maléfices sont loin d'avoir tous la même efiicacité; plus ils sont horribles, p'us le péché a eu de part dans leur confection, plus ils sont redoutables. C'est ce qui explique en partie les crimes épouvantables avoués par les sorciers dans nombre de procès, comme des meurtres d'enfanls, des péchés contre nature et surtout des sacrilèges. Dans les trois cas de possession que nous venons de nommer, possessions qui furent des plus affreuses, des plus difficiles à faire ce sser, les auteurs des maléfices étaient de malheureux prêtres et des hosties consacrées avaient été horriblement profanées pour composer des charmes.

II semble bien que tous les magiciens n'ont pas le pouvoir d'envoyer les démons supérieurs, que, seuls, les plus pervertis disposent des chefs de l'abîme et peuvent leur confier d'horribles missions.

§ 5. — Possession permise par Dieu sans cause connue

285. Quand il y a maléfice, il est évident qu'on ne peut en attribuer la cause à celui qui en est la victime. Mais ce n'est pas le seul cas où ce malheur atteint des innocents. La possession n'est pas un mal absolu; seul, le péché est un mal véritable; la

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possession est pour celui qui la subit une souffrance terrible, mais jui peut tourner au plus grand bien de son âme et dont il se éjouira et remerciera Dieu pendant toute l'éternité; elle est plus souvent une épreuve qu'un châtiment. Dieu a souvent permis que cette épreuve atteigne les âmes les plus innocentes sans que Tes hommes aient contribué en rien à la produire. Les cas de Stagyrius, l'ami de saint .Jean Chrysostome, qui lui adressa des lettres pour le consolef- et le réconforter dans son épreuve, du P. Surin sont connus. Nicole Aubry, de Vervins, dont la possession émut la France entière (1565), n'avait pas été maléficiée; les démons, dans les exorcismes, durent, bien malgré eux, déclarer que cette possession avait lieu par la volonté de Dieu,, afln d'offrir aux calvinistes un moyen de conversion; ils ajoutèrent qu'ils possédaient malgré eux cette femme, qu'ils souffraient beaucoup de parler contre eux-mêmes. Beaucoup de 8 calvinistes, en effet, se convertirent.

Quelle que soit la cause originelle d'une possession, le but des démons est toujours d'assouvir leur rage et de perdre les âmes, et la raison pour laquelle la Providence leur permet d'exercer leur malice est toujours, au contraire, un motif de miséricorde; Dieu veut que les âmes tirent un immense profit de ces terribles épreuves. En effet, bien supportées, ces épreuves sont des plus sanctifiantes, pour la victime surtout, mais aussi pour les exorcistes et même pour ceux qui en sont les témoins. Si Marie des Vallées, qui fut possédée à la suite da maléfices, n'avait pas eu à subir cette épreuve, qui devint poui elle un long et terrible martyre, elle ne se fût pas élevée a ce haut degré d'héroïsme qui la fit surnommer la Sainte de Coutances (1590- 1656).

286. Ces motifs providentiels qui ont rendu la possession possible empêchent parfois sa cessation. Dieu peut prolonger l'épreuve pendant des années, pendant toute la vie du possédé. L'épreuve du P. Surin dura trente et un ans. L?s démons empêchaient Marie des Vallées de faire la sainte communion : on l'exorcisa tous les jours pendant un an, devant le Saint Sacrement, dans le but de lui obtenir la faveur d > pouvoir communier, mais les démons continuèrent à l'en empêcher; ils furent forcés d'avouer dans les exorcismes qu'ils ne pouvaient obéir, qu'il y avait ordre exprès de Dieu et qu'ils n'en savaient pas les motifs.

Dans la vie d'Éasabeth df la Croix (2^ partie) Boudon racon que cette sainte âme fut possédée pendant dix ou onze ans. L exorcismes faits pendant ce temps furent grandement utiles, ne seulement parce qu'ils sanctifièrent les exorcistes, mais surtoi parce qu'ils soutinrent puissamment la victime et i'aidèrei à résister aux toiribles assa its de Sf s ennemis «^t à pratiqut d'héroïques vertus. Malgré les adjurations les démons partaient pas; ils se plaignaient d'êlre retenus par une fore secrète et divine dans le corps d'É.isabeth et d'y soufîr beaucoup. Elisabeth fut délivrée plus tard en faisant des pèlf rinages dans des sanctuaires consacrés à la Sainte Vierge.

La principale possédée de Marseille, Madeleine de la Paluc put bien être délivrée d'Asmodée et de deux autres démon (1611), mais Beelzébuth, par permission divine resta capt: dans son corps.

Quand les démons sont ainsi liés dans un corps où ils son entrés, l'exorciste peut bien resserrer leurs liens, diminuer leu force de nuir^, mais non les expulser; il soulage le possédé, lu rend possible l'acceptation de son épreuve, il lui en fait menu retirer de grands avantages spirituels, mais il ne le délivre pas Le démon reste dans le possédé comme une bête féroce dans sa cage; comme la bête féroce, furieuse dé sa captivité, cherche avec ses griffes, à démolir la cage, ainsi le démon, surtout s'L n'est pas entravé dans sa fureur par les ordres et les prières de l'exorciste, fait souffrir physiepaement et moralement sa vie tirae. Le possédé continue donc de souffrir, mais ses souffrance: sont très méritoires pour lui et extrêmement utiles à l'Église, le démon ne pouvant p us agir que sur une âme, qu'il sanctifie malgré lui; combien d'âm^ s faibles échappent à ses séductions I Bansia Vie du V.P.Eudes{T. I, p. 355). le P. Boulaydit :« De nos jours — nous le savons d ■ source autorisée — n'y a-t-il pas des ^mf s très élevées en grâce qui, à la prière de Marie, ont accepté cet humiliant et dou oureux état en expiation des crimes des hommes et pour le saiut de la France? » Un religieux, qui a sur ce point une grand'^ expérience, en connaîtrait, nous assure-t-on, près de trente à l'heuie actuelle — 1907 — et nous en savons plusieurs autres, dans divers diocèses, qui ne sont pas connues de lui ni comprises dans ce nombre.

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