PRÉFACE
naire, rcquiérant une vocaLion très particulière et peu fréquente, sont de moins en moins nombreux. Des livres remarquables, manifestement écrits par des hommes d'expérience et puisés aux vraies sources, ont contribué grandement à ramener les esprits à la doctrine traditionnelle. Citons entre autres La science de la prière, du P. Ludovic de Besse {épuisé); Les voies de Voraison mentale, du Révérendissime Père Dom Vital Lehodey, abbé de la Trappe de Bricquebec (Gabalda, Paris) ; La contemplation, manuel de théologie mystique du R. P. Lamballe ^ (Paris, Téqui) ; la brochure du P. Jean de la Croix Ascétique et mystique (Paris, Bloud); en Espagne, le livre si richement documenté du R. P. Juan Arintero O. P. Cuestiones misticas (Salamanque 1916 et nombre d'articles du même dans la Ciencia tomista /les articles remarquables du P. Vicentede Peralta, capucin, dans les Estudios franciscanos , et beaucoup d'autres.
L'histoire de la spiritualité en France pendant ces derniers siècles, racontée- avec autant de talent que de science par M. l'abbé Brémond, rend cet immense service de bien montrer quels furent les tenants très autorisés de l'ancienne mystique et comment s'est opéré un changement de doctrine de tout point regrettable. Enfin, faits nouveaux et de très grande importance, des chaires de spiritualité ont été élevées à Rome, qui donnent une grande impulsion aux études mystiques; des revues se sont fondées pour traiter ces matières, dont l'une La Vie spirituelle, a de suite pris nettement position, et à publié beaucoup
1 Le R. P. LambaJIe étant mort saintement le 3 mars 1914, il nous est aujourd'hui permis de dire qu'en traitant ces questions, il parlait d'expérience, car il était lui-même fort avancé dans les voies mystiques. Son autorité est par là même incomparablement plus grande que celle, par exemple, de Ribet (t 1909) lequel déclare n'avoir aucune expérience des états qu'il décrit. Nous sommes heureux de citer ici ce que nous écrivait le P. Lamballe, dans la première lettre que nous reçûmes de lui : « Je vous déclare d'abord que je ne suis pas proprement votre disciple. Je n'ai lu vos livres qu'en dernier lieu, après beaucoup de vieux manuels, après sainte Thérèse, saint Jean de la Croix et le bon saint François de Sales. Mes idées étaient donc à peu près faites. Vos livres m'ont procuré pourtant une joie immense; je voyais avec un très grand bonheur réalisée une œuvre dont je sentais l'immense nécessité. Il faut encore vous dire que j'avais commencé par lire le très réputé P. Poulain, dont la doctrine, à mon avis très erronée et très incohérente, avait fait la nuit dans ma tête. Sainte Thérèse avait dissipé les nuages.
d't^xcellents articles où est clairement exposée et fortement défendue la doctrine traditionnelle.
Nous avons maintenu, en le rejetant parmi les appendices, le chapitre où se trouve réfutée la théorie de certains auteurs contemporains, théorie qui, née tout au début du xx^* siècle, a eu pendant un certain temps une très grande vogue. Bien que depuis l'époque où nous la combattions dans la première édition des Faits extraordinaires, elle ait perdu un grand nombre de ses partisans, il reste encore des esprits sincères qui ne l'ont pas rejetée et auxquels il importe de montrer la vérité. Du reste cette opinion qui met à la base de tout état mystique une perception directe de Dieu, entraînerait en pratique des conséquences funestes; elle fausserait toute la mystique, comme l'erreiu" d- s ontologistes fausse toute la psychologie. Enfin de tout temps la réfutation des erreurs à servi à préciser la doctrine. Si nous sommes obligé de faire un peu longue cette réfutation, du moins les textes que nous donnerons, et, nous respéroas, les arguments que nous apporterons auront le grand avantage de jeter plus de lumière sur des questions importantes de la science mystique, et particulièrement sur la nature des grâces données aux âmes contemplatives.
A l'étude des états mystiques se trouve jointe dans ce livre l'étude des faits extraordinaires. Nous redirons à ce sujet ce que nous disions il y a douze ans dans notre première édition; ce qui était vrai alors l'est plus encore aujourd'hui : nous avons eu plus d'une fois l'occasion d'étudier des faits préternaturels d'ordre céleste et d'ordre diabolique; nous avons pu constater, d'autre part, comment l'imagination peut être cause d'erreur totale ou partielle. En cette matière l'expérience est d'un grand secours, elle rend, comme toujours, plus claire la théorie, elle fait mieux comprendre la sagesse des règles tracées par les docteurs, et elle aide à les exposer.
puis bien mieux encore saint Jean de la Croix et saint François de Sales ». C'est donc parce que nous l'avons puisée aux mêmes sources que nous avons l'un et l'autre la même doctrine. Le P. Ludovic de Besse (t 1910) était, lui aussi, un contemplatif (V. Sa Vie, parle P. Hilaire de Barenton Paris, 1913). De même encore le P. Jean de la Croix (mort à Angers en 1919).