LES FAITS EXTRAORDINAIRES DE LA VIE SPIRITUELLE
§ l^'". — Descriptions trop rares Sainte Marguerite-Marie, Vénérable Marie de Vlncarnation
" 1. Avant d'expliquer ce qu'est l'état mystique, il ne sera pas inutile de le dépeindre : quelques exemples qui en donneront une première idée, rendront plus faciles à comprendre les explications psychologiques, qui viendront ensuite. Malheureusement les exemples ne sont pas faciles à trouver, surtout si l'on veut les prendre, comme il nous semble meilleur de le faire, parmi les faits historiques connus et acceptés. L'état mystique est fréquent, mais très rares en sont les descriptions. Les personnes qui sont dans cet état, selon la remarque de saint Jean de la Croix, « éprouvent une grande répugnance 4 en parler et ne savent comment le faire. Dans cet état, on se borne à affirmer que le cœur est satisfait, tranquille, que l'on sent Dieu et qu'il semble que tout va bien. {Nuit, u, 17, t. III, p. 107.) fà 2. On trouve cependant des descriptions intéressantes d'états mystiques dans les écrits des Saints. Ainsi sainte Marguerite-Marie : « J'aurais cru être la plus heureuse- du monde si j'avais pu... passer des nuits, seule devant le Saint
i6 l'état mystique
Sacrement, car je me sentais là une telle assurance, qu'encore que je fusse extrêmement heureuse, je n'y pensaisplus dès que j'étais en ce lieu de mes plus chères délices. Et les veilles de communions, je me sentais abimée dans un si profond silence, que je ne pouvais parler qu'avec violence, pour la grandeur de l'action que je devais faire; et lorsque je l'avais faite, je n'aurais voulu ni boire, ni manger, ni voir, ni parler, tant la consolation et la paix que je sentais étaient grandes. Et je me cachais autant que je pouvais, pour apprendre à aimer mon souverain Bien, qui me pressait» si fort de Lui rendre amour pour amour. {Autobiographie, p. 50.)
« Comme il me semblait de perdre le temps à l'oraison, parce que je demeurais souvent sans me pouvoir appliquer à mon point d'oraison et dans une impuissance si 'grande que je sei^tais mon cœur comme saisi de la présence de Dieu, sans autres mouvements ni affections que d'aimer mon Dieu et un désir bien grap.d de souffrir pour ce même am.our, j'ai fait mon oraison (de deux ou trois paroles comme celles-ci : « Non, mon « Dieu, jamais je ne vous résisterai! ») Et, d'autres fois, je l'ai faite en répétant ces paroles : « Jl me suffit que je sois comme « vous le voulez, ô mon Bien-Aimé (en votre présence). » Et, une fois, je disais : « Oh ! qu'il est beau le Bien-Aimé de mon « âme 1 pourquoi ne le peux-je pas aimer (parfaitement)? » [Ibid., p. 127.)
« Je priais quelquefois mon bon ange qu'il m'éveillât. Je sentais mon cœur tout rempli de Dieu, dont l'entretien m'était si doux que, souvent, j'y passais dès trois heures, sans autres mouvements ni sentiments que d'amour, sans qu'il fût à mon pouvoir de me rendormir. » {Ibid., p. 129.)
p. La Vénérable Mère Marie de l'Incarnation, fondatrice des Crsulines de Québec « qu'on appelle, disait Bossuet {Inst. sur les États d'or., 1. II) la Thérèse de nos jours et du Nouveau- Monde » a raconté ce qu'était son oraison alors qu'elle était 3ncore dans le monde :
« Dès que je me mettais à genoux devant mon crucifix, mon 2Sprit et mon cœur étaient tout transportés et je ne pouvais qiie dire et répéter à mon doux Sauveur : c'est l'amour qui vous a réduit en cet état. Si vous n'étiez pas amour, vous n'auriezpas souffert de la sorte. Et toujours sous l'impression si forte