DIRECTION SPIRITUELLE DU POSSÉDÉ
Nous avons dit que les fautes du patient étaient pour son bourreau comme autant de points d'appui, comme des forts où il se retranche et d'où il peut beaucoup p'us facilement braver l.'S attaques de l'exorciste et leur opposer une résistance tenace. Tant que le possédé p-rsiste opiniâtrement dans des dispositions dr péché, tant qu'il refuse avec obstination de pratiquer certains at les de vertu qui sont, pour lui, des devoirs impérieux, alors nitine qu'il n'y a,. de sa part, que faute vénielle d'agir de la sorte, l'<xorciste se voit comme impuissant, ses prières et ses adjuiii ions ne semblent guère faire souffrir le démon. Elles peuvent, il I st vrai, diminuer la violence de la tentation, attirer des gi aces sur le démoniaque et l'amener à des dispositions meil- I 'iirt's; mais s'il est possible en agissant "directement sur sa volonté, surtout en lui faisant faire une bonne confession, de changer ses sentiments, il sera beaucoup plus facil*^ ensuite de dompter l'ennemi et de briser ses forces.
Le possédé doit avoir une pleine ouverture de cœur pour son confesseur et exorciste, lui faire connaître sans réticence les tentations, les visions diaboliques, tout ce que son ennemi met en œuvre pour le perdre : Moneatur obsessus, dit le rituel^ ut tentationes suas omnes exorcistse patefaciat. En effet, nous le répétons, le maudit veut nuire plus encore à son âme qu'à son corps, et les phénomènes extérieurs sont beaucoup moins redoutables que les attaques intimes, les suggestions menteuses; quand le démon ne peut plus rien sur l'âme devenue plus forte et plus sainte, sa puissance extérieure est considérablement diminuée.
La pratique des vertus solides, un recueillement profond, une mortification très généreuse, une humilité à toute épreuve, des •communions très fréquentes, quotidiennes, s'il est possible, voilà ce qu'il faut à tout prix exiger de ceux qui subissent cette rude persécution de l'enfer. « Nous perdons tous nos droits par ces trois choses : l'oraison, l'humilité et la pénitence » ■di.saient les diables à Loudun. {Hist. abr., i, 5.) Les démons font des efforts inouïs pour empêcher les possédés de pratiquer ces A'ertus et les écarter de la table sainte; l'exorciste doit être plus ardent qu'eux-mêmes pour obtenir ce qu'ils tiennent si fort à empêcher. Nous ne craignons pas de dire que le principal travail de l'exorciste doit être un travail de direction, de formation
de l'âme à la vraie perfection, et que l'emploi des adjurations et prières rituelles, malgré ses grands avantages, ne doit venir qu'au second rang.
§ 5. — Pratiques pieuses qui protègent contre les vexations diaboliques
301. Comme nous l'avons dit déjà, de bons moyens de se défendre contre le démon sont le port des objets bénits, des reliques, des médailles, des Agnus Dei, les pèlerinages au tombeau des Saints, aux sanctuaires de Marie*; aucun de ces moyens ne doit être négligé. Dans une guerre contre un ennemi redoutable un bon général emploie tous les engins que l'art militaire lui fournit, i' fait marcher les troupes de toutes armes, il use de toutes les ressources de la stratégie. Ainsi faut-il faire contre les ennemis infernaux; l'enjeu de cette guerre terrible en vaut bien ia peine.
Le démon souffre de toutes ces pratiques. Or ce n'est qu'à force de le faire souffrir qu'on l'oblige à cesser ses vexations. Par un phénomène inexplicable mais absolument certain, le contact des objets saints le brûle et le torture. Il souffre encore non seulement moralement, mais aussi physiquement, quand on résiste à ses tentations, surtout quand on les repousse à l'aide de la mortification ^ et de l'humilité , il souffre quand celui qu'il possède reçoit le Dieu de l'Eucharistie, il souffre quand on récite contre lui des prières, quand on invoque contre lui les anges et les saints, quand on les prie dt- le flageller, de l'écraser.
Satan reconnaît que les exorcismes le font souffrir plus que les peines qu'il subit ordinairement dans l'enfer, et il en donne Ja preuve, quand, lié par le commandement de l'exorciste, il
1 Nombre de possédés ont été soulagés ou complètement délivrés au tombeau des Saints. Parmi les sanctuaires de Marie, celui de Pellevoisin paraît particulièrement redoutable aux démons possesseurs.
* Bien qu'ils n'avouent pas facilement ce qui tourne à leur confusion, les démons ont maintes fois déclaré dans les exorcismes, à Loudun par exemple — et aussi ailleurs — « que quand on se défend par la pénitence des tentations infâmes, les coups retombent sur eux par ordre de la justice divine ». Hist. abr.. Il, i, 9. '