LES ÉCRITS DE DENYS LE MYSTIQUE
Non, il y a entre le néoplatonisme et Denys des différences fondamentales; notons-en quelques unes :
Pour les néoplatoniciens la Divinité n'est que la source de la puissance qui va se développant; leur Dieu n'est pas un être personnel, mais un être général, commun à tous les êtres, sans consistance, sans vie, ne prenant conscience de lui-même que dans les êtres qui sont produits par son activité aveugle. Tout autre est le Dieu de Denys, essentiellement vivant, essentiellement intelligent, essentiellement actif, bien que demeurant toujours le même dans une paix inaltérable, d'une bonté infinie, possédant toutes les perfections, qui en Lui n'en font qu'une.
Les néoplatoniciens visaient à élever l'homme A un état supérieur, mais par ses propres forces; ils n'admettaient nullement que la Divinité dût intervenir dans ce travail de perfectionnement, l'homme d'après eux, ne doit compter que «ur lui-même. Au contraire, Denys montre» et avec insi'^tance, que l'action de la grâcp est indispensable; c'est Dieu qui attire l'âme, qui verse sur elle ses dons, qui l'éclairé et l'embrase,, qui l'élève jusqu'à Lui, qui la transforme en Lui.
A la base de leur système les néoplatoniciens mettaient le mépris des autres hommes, la luite du monde, l'abstention de toute activité visible; ils poussaient l'individualisme, la complaisance en soi-même plus loin encore que les stoïciens. L'homme ainsi sottement élevé à ses propres yeux dédaigne même de se prosterner devant la Divinité; les actes ne comptent pas, dit Porphyre, ce qui importe, ce sont des connaissances vraies et des sentiments religieux; les dieux inférieurs, on peut les invoquer, pais le Dieu le plus élevé, on l'honore mieux, avec ses pensées et une religion silencieuse. Toute cette doctrine reposait donc" sur un sot orgueil et le mépris d'autrui- elle avait é!é celle de Simon le IMagicien avant de devenir celle des néopjatoniciens. Parce qu'il y est question de religion silencieuse, Koch veut voir là le principe de l'état contemplatif décrit par Denys. Mais très différente est la doctrine de ce dernier; il attribue à Dieu .seul l'opération mystique qui amène l'âme à la contemplation silencieuse et à l'union d'amour, et il enseigne qu'on ne l'obtient que par la prière.
Toutes ces différences fondamentales et vraiment énormes, Koch les néglige. Ailleurs il prétend que la vision de Carpus, racontée dans la lettre à Démophile, vision si belle et qui contient un si pur enseignement, tout empreint de l'esprit évangélique ',aélé inspirée par un mythe — certes différent du tout au tout — que l'on trouve dans Platon, le mythe de Er l'arménien {République, x).
Et Koch ne dit pas que l'on trouve la même vision racontée par saint Nil, moine du Sinaï, ^«30, qui attribue celte vision à un contemporain des apôtres.
Qu'il y ait quelques points de ressemblance entre Denys et les néoplatoniciens, certains termes communs, cela s'explique par le fait que
Nous l'avons insérée dans les Divines Paroles, v, 15.