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LES ÉCRITS DE DENYS LE MYSTIQUE

Denys s'est souvent inspiré de la philosophie platonicienne, comme d'autres Pères l'ont fait, comme saint Thomas s'est servi de la philosophie d'Aristote. La psychologie de ces philosophes néoplatoniciens ..lait remarquable; saint Augustin s'en est souvent heureusement inspiré et Denys a pu lui aussi, s'il est venu après eux, la mettre à profit. Si les ressemblances vont plus loin, s'il y a eu sur d'autres points entre les deux doctrines, la doctrine catholique, dont Denys est l'interprète l't le néoplatonisme une certaine influence, ce sont, il n'en faut pas douter, les néoplatoniciens qui ont fait des emprunts plus ou moins iiibiies aux catholiques, prenant les mots et altérant la doctrine. Saint Augustin (Confes. vu, 20, 21) dénonce ces procédés perfides des païens; c- furent les néoplatoniciens surtout qui les employèrent, désireux qu'ils étaient de redonner vie au paganisme mourant, en dérobant au christianisme quelques-uns de ses enseignements.

310. Quant à la questioa de l'époque où furent composés les écrits dionysiaques, il faudrait pour la traiter à fond une science qui me manque. La critique moderne a bien démontré que dans leur état actuel ces livres ne peuvent remonter au premier sif'cle, puisqu'on y trouve décrits des ri'es qui ne furent en usage que plus tard : ainsi la récitation du Credo h la messe., Mais ces livres ont pu recevoir des addi fions, subir des changements, d'autant plus que ne s'adressant pas aux fidèles, mais seulement à leurs chefs spirituels, ils n'étaient pas fort répandus. Ils avaient été altérés par les monophysites sévériens quand ceux-ci les alléguèrent en leur faveur au colloque" de Constantinople en 532. Et Hypatius dut y faire entendre des protestations.

Ceux qui admettent l'authenticité du fond, réserve faite des altérations survenues, présentent entre autres ces arguments • :

Dès que l'histoire les signale, on les voit attribués à Denys par les catholiques et par les hérétiques. Ainsi Léonce de Byzance, reconnu de tous comme le plus savant et le plus sage théologien de son temps, qui connaissait à fond les Pères et savait à merveille, dit Fessler-Jungman, discerner leurs œuvres authentiques des œuvres apocryphes, et qui était présent au colloque de Constantinople, continua de croire à l'authenticité des livres de Denys, quoiqu'il ait connu la fraude des sévériens. A la même époque Serge de Resaina, f 536, traduisit en syriaque les écrits de Denys sans élever le moindre doute sur leur authenticité. Avant cette époque, vers le milieu du m'" siècle, saint Denys d'Alexandrie les avait commentés, saint Maxime l'affirme et cite un passage de ces scholies du saint patriarche; et Georges de Skytopolis, vers 530, parle d'une lettre de ce même Denys au pape Sixte II, f 258 où est affirmée l'authenticité des écrits dionysiaques. Origène cite Denys et en fait l'éloge. D'après Nicéphore Callixte, Juvénal, évèque de .Jérusalem, racontait vers 450 à l'empereur Marcien que l'aréopagite assistait à la sépulture de la Sainte Vierge, et l'historien rapporte les propres paroles de Denys.

' Voir les articles publiés, notamment en 1902 par le R. P. Josept de Léonissa dans le Jahrbuch du D'' Gommer.

Les preuves intrinsèques ne semblent pas inoins fortes. Denys traite

à fond les questions débattues au premier siècle : ainsi celle des anges, et sa doctrine réfute les théories étranges des hérétiques de cette époque; . f de même celle du mal, qui était le point de départ des erreurs gnostiques. Il combat Simon et Elymas le magicien, et jamais il ne dit un mot des hérétiques venus plus tard; Origène lui-même n'est pas nommé, jamais î; n'est redressée aucune des erreurs qu'on lui attribuait, bien que souvent s'en fût présentée l'occasion. Les apôtres sont cités et des auteurs maintenant oubliés; jamais aucun des Pères venus après le premier siècle. Denys se rattache encore au premier siècle en ce qu'il ne recourt jamais }' au sens allégorique des Écritures, comme le firent tous les Pères à partir d'Origène. On signale de frappantes ressemblances entre la première clémentine et les lettres de Denys, des expressions similaires, tombées ensuite en désuétude,. Enfin on affirme que l'on savait dans l'antiquité que les apolloninaristes à la fin du iv? siècle avaiejit altéré les livres de Denys.

Je laisse à de plus compétents que moi de discuter la valeur de ces arguments; j'ai pensé devoir les résumer, parce que généralement on ne les donne pas : on dirait que de nos jours un certain respect humain P empêche et de faire l'éloge des écrits dionysiaques et d'admettre qu'ils ^ peuvent avoir été composés à l'époque apostolique. Mais quel que soit le temps de leur composition, il faut tenir fermement qu'ils contiennent une très belle et très solide doctrine, qu'ils sont l'œuvre d'un auteur très méritant, et enfin que cet auteur a puisé sa doctrine, et particulièrement sa doctrine mystique, non pas dans les élucubrations incohérentes des néoplatoniciens, mais dans l'Écriture et la tradition.

L'Etat mystique ne comporte nullement la perception de l'Être divin

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