QUELQUES EXEMPLES IT
que je recevais, je ne pouvais que dire et répéter : non, si vous n'étiez pas amour, vous n'auriez pas fait de si grandes choses' pourmon amour. J'éprouvais alors un battement de cœur si étrange, que j'en étais comme anéantie. Je soupirais sans cesse vers la possession de l'esprit de Jésus. Rien ne me paraissait aussi beau, aussi bon et désirable que cet esprit d'amour. Je m'élançais à sa poursuite en disant avec l'épouse des Cantiques : attirez-moi à votre suite, nous courons à l'odeur de vos parfums.
«Mon âme, dit-elle encore, ne cessait de se porter vers Dieu d'une manière constante et toute spirituelle. J'étais tourmentée du désir de Le posséder d'une manière nouvelle que j'ignorais encore et n'aurais pu définir. Je Le voyais dans toutes les créatures; je comprenais pour quelles fins elles avaient été créées, et cette connaissance était si spirituelle, elle était en mon esprit comme un rayon de contemplation si épurée de la matière, que ces créatures ne me causaient aucune distraction... Je m'adressais aussi à la suprême majesté de Dieu, et je Lui disais cette parole de nos saints livres : Vous êtes digne, Seigneur, de recevoir toute, gloire et tout honneur, car vous avez tout créé, et c'est par votre volonté que tous les êtres subsistent. Mon âme se fondait alors en actions de grâces, et bien qu'elle s'esLimât basse* et vile aux yeux de Dieu, elle se sentait néanmoins attirée vers Lui par je ne sais quel attrait puissant. » (Vie, par l'abbé Chapof, 1^^ partie, ch. iv.)
« Dans les rues, dit-elle aiUeurs, dans l'oraison, en quelque lieu que je fusse, je languissais d'amour et pourtant je jouissais de l'amour. Je ne sais comment m'exprimer sur ce qui arrive en cet. état : on souffre, on languit, on jouit. » {Ibid., ch. viii.)
§ 2. — Le paysan cl'Ars, la Vénérable Mère Pelletier, Sainte Jeanne de Chantai
4. Tout le monde connaît le trait de ce brave paysan que le Curé d'Ars voyait chaque jour passer dans l'église de longs moments en adoration. Étonné de le voir demeurer silencieux, sans même remuer les lè^Tes, le saint Curé lui demanda un jource qu'il dfsait à Notre-Seigneur pendant ces heures d'adoration :-
« Oh je ne lui dis rien, répondit le paysan, je L'avise, et II m'avise. »
5. Les sœurs qui ont connu la Vénérable Mère Marie de Sainte- Euphrasie Pelletier, nous disent que, lorsqu'elle était à l'oraison, ■elle semblait un séraphin : son attitude, son visage tout illuminé €t fixé sur le tabernacle, tout son extérieur indiquait à n? pas s'y méprendre combien était ardente sa prière, combien était étroite son union avec Dieu. Son recueillement au chœur était si profond que, lorsqu'il était nécessaire de l'en faire sortir, souvent il ne sufTisait pas de l'appeler doucement, il fallait la tirer par son vêtement pour attirer son attention. Elle se reposait volontiers dans la pensée des plus hauts mystères de notre foi, et elle disait à ses filles que le mystère de la Sainte Trinité suffisait à l'occuper à l'oraison parfois pendant une semaine entière.
6. Sainte Jeanne de Chantai, nous dit la Mère de Chaugy {Vie de la Sainte, ch. xxiv), « fut pendant sept années dans le" train ordinaire des considérations et méditations; mais, après ces sept ans de fidèles et pénibles services, son cœur fut marié à la belle Rachel de la sainte contemplation ». Il y avait donc longtemps qu'elle était dans l'état contemplatif quand, en 1621 (29 juin), elle faisait, dans une lettre fameuse à saint François de Sales, la description suivante de ce qui se passait en elle : « Mon très cher Père, je ne sens plus cet abandonnement et cette douce confiance, et je n'en saurais faire aucun acte : il me semble bien toutefois que ces vertus sont plus solides et plus fermes que jamais. Mon esprit, en sa fine pointe, est en une très simple unité (c'est-à-dire union avec Dit'u); il ne s'unit pas, car quand il veut faire des actes d'union, ce qu'il ne veut que trop souvent essayer de faire, en certaines occasions il sent de l'effort et voit clairement qu'il ne peut s'unir, mais seulement demeurer uni. L'âme ne voudrait bouger de là : elle n'y pense pas", et elle ne fait autre chose que de former au fond d'elle-même un certain désir presque imperceptible que Dieu fasse d'elle et de toutes les créatures et en toutes choses tout ce qui Lui plaira. Elle ne voudrait faire que cela pour l'cx rcice du matin, pour celui de la sainte messe, pour la préparation à la sainte communion, pour action de grâces de tous les bienfaits de Dieu; enfin pour toutes choses; elle voudrait seulement demeurer en cette très simple unité d'esprit avec Dieu, sans étendre sa vue ailleurs; et en elle