ELLE EST INSUFFISANTE
ant lumières et amour do Dieu, les descriptions que les Saints font de .| i ôta^ mystique lui conviennent, et les règles qu'ils tracent pour la voie contemplative, abandon des méthodes de méditation, acceptation douce et paisible des impulsions mystiques, s'imposent à elles.
L'hypothèse de la perception divine est donc, atout le moins, superflue.
4. U hypothèse de la perception de Dieu est insuffusante, ne pouvant s'appliquer à dies états qui sont mystiques, de l'aveu de tous.
372. Aux preuves que nous avons apportées (n° 78 et suiv.) qu'il se rencontre des états mystiques ne comportant pas le sentiment de la présence de Dieu, il n'a jamais été répondu. Ajoutons encore d'autres exemples non moins frappants.
Décrivant l'union demi-extatique (V« Dem., ch. i"), sainte Thérèse dépeint l'âme comme tellement saisie par l'opération divine qu'elle se livre tout entière à l'amour. EUe ne sent pas du tout la prétendue < étreinte divine », le soi-disant : >'. envahissement divin »; elle est si éloignée de percevoir Dieu présent qu'elle ne comprend pas s'il est présent ou non ; elle se contente de se livrer à l'amour. Quand ceci est passé, quand cette première opération mystique a cessé, une certitude, telle que seul Dieu a pu l'in-spirer, lui vient et lui reste : c'est Dieu qui a produit en moi ces effets; Il est en moi et moi en Lui. C'est évidemment TEsprit-Saint qui par le don d'intelligence lui donne cette conviction, mais elle ne sent pas, elle ne perçoit pas Dieu. Nous sommes fort étonné que ce passage soit l'un des plus souvent cités par les partisans de la perception de Dieu, aloi-s qu'il la condamne si clairement.
Sainte Marguerite-Marie [Vie et Œuvre, i, p. .360) a écrit : « Les grâces de mon Dieu me tiennent dans des confusions et vues de moi-même si effroyables et qui me font tant d'horreur que je ne puis comprendre comment on me peut souffrir. . . il me semble quelquefois que la sainteté de mon Dieu me va exterminer ». Certes, elle n'était pas dans l'état ascétique; elle avait des lumières mystiques fort élevées sur la sainteté de Dieu, et un amour infus qui la crucifiait et la purifiait, bien supérieur à celui qu'elle aurait pu acquérir par ses efforts en méditant sur la sainteté divine. Et elle n'avait pas alors le sentiment de la présence de Dieu; elle-même dit dans un autre passage : < Le Seigneur me cachait sa présence sensible pour me plonger dans les douleurs trèsrigoureuses de sa sainteté de justice. »
Ailleurs i la sainte visitandine fait une description de son oraison mystique : nous l'avons citée plus haut (n» 99). Après avoir raconté comment parfois son esprit semblait, malgré elle, lui échapper pour se perdre dans l'immense grandeur de Dieu, elle-même n'ayant d'autre impression ni mouvement que celui de l'aimer d'un amour qui épuisait ses forces, elle dépeint l'opposition qu'il y avait entre la partie inférieure
'Voir sa Vie, par M. Hamon, ch. iv, p. 111,
et la partie supérieure, la première ne participant en rien à ce qui se passait dans l'autre et celle-ci, brûlée du désir de s'unir et se perdre dans son Dieu souffrant. Après cette description, sainte Marguerite- Marie ajoute : « Et d'autres fois à l'oraison, mon Dieu me faisant sentir sa divine présence, découvrant à mon âme ses bontés et son amour, liant en même temps toutes mes puissances, je demeure sans Lui pouvoir rien dire pour Lui témoigner mon amour, ce qui m'est un si rude tourment. » Qui donc oserait prétendre que le premier état où la sainte n'éprouvait pas le sentiment de la présence de Dieu, mais un besoin torturant de se jeter et de se perdre en Lui, était un état ascétique, c'est-à-dire par définition un état que l'âme peut se procurer, et le second seul un état mystique?
373. Personne n'osera nier que Dieu puisse ainsi éclairer l'âme, Técraser de ses lumières, l'affliger d'autant plus qu'il augmente son amour sans le satisfaire, le tout sans faire percevoir sa présence. C'est précisément ce qui se passe dans les épreuves mystiques si souvent décrites par les Saints. Qu'on lise, par exemple, la description de la nuit passive de l'esprit par saint Jean de la Croix {]Suit, 1. II) : à qui fera-t-on croire que la présence sentie de Dieu, la possession de Dieu soit le fond essentiel de cet état?
Il y a donc des états mystiques où l'on n'a en aucune manière le sentiment de la présence de Dieu. D'un autre côté il y a des états non mystiques où l'on a ce sentiment. Dès lors que la présence de Dieu se manifeste par les effets, comme Dieu produit même dans l'oraison affective certains effets sensibles, on peut, dans cette oraison, être fort touché de la pensée de la présence de Dieu. Sainte Thérèse le déclare formellement : «' Il y a ime autre oraison qui précède la première dont j'ai parlé (le recueillement surnaturel, premier indice de Vétat mystique) c'est une présence de Dieu qui n'est en aucune manière une vision, mais par laquelle chaque fois qu'on veut prier Dieu même vocalement, on Le trouve ». [Relacion V al P. Rodr. Alv., p. 38.)
.j. La théorie de la perception de VÊlre divin est contraire à renseignement des théologiens en tant qu'elle suppose que Pâme, dans la contemplation mystique, opère à la manière des purs esprits.
374. Quand on enseigne que- les mystiques perçoivent l'Etre divin, il est très légitime et conforme à une saine logique de conclure que cette connaissance se fait par des facultés purement spirituelles et qu'on peut l'appeler un « mode angélique de connaître » {Grâces d'or., iv, 1, 3, 4; IX, 1). Mais il résulte de là que toute contemplation mystique est angélique.
Pour appuyer sa théorie l'auteur que nous citons en appelle à Suarez {Grâces rf'or.,' ix,5) et il renvoie au chapitre xiv du livre De Oratione du grand mystique et théologien. Or Suarez, dont nous avons résumé la doctrine ( Vie d'union, n» 370), reconnaît bien comme possible ce genre d'oraison, comme nous-mème nous l'avons établi plus haut, mais il affirme que cette oraison angélique est exceptionnelle, que ce serait une témérité de la désirer; et il dit, au contraire, -que la contemplation, qui