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CHAPITRE II

§ 1. — LesColonna de Genazzano.

La famille des Golonna était, âbi 1431, au comble de la prospérité; pendant quatorze ans, sous le pontificat de Martin V, l'un de ses membres, elle avait eu une part prépondérante au gouverment de l'Eglise et de l'Etat pontifical ; des achats ou des libéralités du pape avaient accru ses domaines. Elle se divisait en trois rameaux principaux : les Golonna de Genazzano, ceux de Riofreddo et ceux de Palestrina.

La branche de Genazzano était la plus importante ; Martin V, qui s'y rattachait, l'avait mise en évidence par son exaltation et enrichie par ses largesses. Pour faciliter la suite du récit, nous en donnons la généalogie d'après les recherches du bénédictin Galletti et du savant évêque de Vaison, Suarès. Ges deux érudits l'ont établie en fouillant non seulement les archives du Vatican et les archives Golonna, mais encore des dépôts aujourd'hui disparus ou dispersés, tels que les archives de Sainte-Marie-la-Neuve. Nous réunissons en une seule généalogie celle de Suarès, qui se trouve à la bibliothèque Barberini (XXXVIII, 98) et celle de Galletti, que contient le Vaticanus latin 1911.

Laurent Golonna,

Jourdain,

Cardinal Odo

comte d'Albe,

prince de Salerne.

élu pape

épouse Sveva Caetani.

en 1417,

Baptiste,

sous le non

prince de Salerne, f 1428.

de Martin \ (1417-1431)

Catherine.

Antoine Golonna,

prince

de Salerne,

t 26 mars 1470,

épouse en 1426

Joanella,

fille du marquis

de Gotrone,

Nicolas Rufo ,

puis Impériale

Golonna.

Prosper Golonna,

cardinal

de S. -Georges.

t 24 mars 1463.

Victoria Golonna,

épouse

Charles Malatesta,

de Fossombrone.

(Arch. du Vatic,

Anna Golonna, épouse

Charles Fortebraccio.

(Arch. de S.-

Marie-la-

Neuve.)

Edouard Golonna,

duc des Marses,

duc de Cave,

comte de Gelano

et d'Albe,

était mort

en 1464.

Eli 1428, tous les biens de la famille revenaient à Laurent Golonna et à ses fils ; car la branche de Jourdain, prince de Salerne, venait de s'éteindre dans la personne de Baptiste Golonna ; or, Martin V était de plus en plus enclin au népotisme; pour assurer à jamais à sa famille une position importante en Gampanie, pour éviter aussi des discussions entre ses neveux, il divisa entre eux, par un acte solennel du 1*"'' juin 1428, les possessions des Golonna de Genazzano; c'est le fameux partage de 1428, qui devait être plus tard confirmé par le pape Nicolas V.

Les filles étaient écartées : elles avaient dû emporter chacune sa dot ; peut-être les avait-on désintéressées par une compensation pécuniaire. Quoi qu'il en soit, on ne leur fait pas de part; les biens de la famille ne sont et ne seront divisés à l'avenir qu'entre les fils légitimes ; les filles ne pourront pi'étendre qu'à une dot qui ne devra, en aucun cas, dépasser 6,000 florins d'or. Le partage se fait donc entre les trois fils de Laurent : Antoine, prince de Salerne, Prosper, cardinal de Saint-Georges au Vélabre et Edouard, comte de Gelano et d'Albe.

D'abord, le pape établit un domaine qui sera commun à toute la Biens indivis. famille, et ne pourra jamais être partagé. 11 se compose des pays de Genazzano, Gave, Olevano, Rocca di Gave, Gapranica, San Vito, Pisciano, Girigliano, Paliano et Serrone (1). G'est une sorte de majorât que fonde Martin V en faveur de toute sa famille. Quelles raisons ont pu lui en inspirer le dessein ? Tout d'abord, il semble qu'il ait voulu éviter l'émiettement des biens de sa maison ; elle était divisée en plusieurs branches qui avaient leurs propriétés séparées ; déjà, la branche de Genazzano se partageait elle-même en plusieurs rameaux ; l'on risquait d'avoir ainsi des subdivisions à l'infini qui auraient eu pour conséquence forcée l'émiettement à l'infini des domaines héréditaires. En créant ce groupe de biens inaliénables et indivisibles, Martin V a fondé pour les siens ce que les économistes de l'Ecole de Le Play appelleraient des biens- souches. D'autre part, la faveur qu'il avait témoignée à ses neveux pendant son pontificat avait accumulé contre eux des jalousies et des rancunes ; leurs ennemis héréditaires, les

(l) « Mandamus et ordinamus quod Antonius princeps Salernitanus, Prosper et Adoardus de Colurana comités Celani et Albae, suique legitimi et naturales filii et nepotes in perpetuum et communiter habere debeant pro indiviso castra :

» Genezzani, Cavarum, Olibani, Rocchae Cavarum, Grapanicse , S. Viti, Pisciani, Cirigliani, Palliani, Seronis. » (Arch. Vatic, 49, n° 46, p. 286. Copie authentique de Gonteiori, 1633.)

52 L ÉTAT POxNTlFlGAL APKÈS LE GRAND SCHISME.

Orsini , étaient bien puissants. Une réaction contre les Colonna était donc à craindre; c'est en effet contre eux que devait diriger tous ses efforts le successeur immédiat de Martin V, Eugène IV. Contre les assauts que réservait l'avenir, la famille devait s'organiser en bataillon carré ; elle devait rester bien unie ; or quel moyen plus efiO-cace de maintenir l'union, que de déclarer indivis certains biens qui seraient ainsi un lien puissant entre leurs co-seigneurs? De plus, considérons la position géographique de ce majorât; il occupe un pays montagneux et boisé, difficilement praticable, puisque aujourd'hui môme il n'est sillonné que par des sentiers et par l'unique route fort tortueuse, qui va de Genazzano k Subiaco par Olevano. Cette région était prospère alors , comme elle semble l'être aujourd'hui. Blondus vante le village fortifié de Genazzano, qui lui paraît une petite cité, la densité de sa population, la richesse de ses produits, la beauté de son site, qui en faisait, en été, un séjour de prédilection pour le pape Martin V, les cardinaux et les grands personnages de la cour pontificale (1). Or, ce pays si plein de ressources, occupait en Campanie une situation stratégique fort importante ; vers le nord, il dominait la haute vallée de l'Anio et, par suite, commandait la voie de Subiaco ; vers le sud, il était longé par la voie Prénestine qui , parallèlement à la voie Latine, se dirigeait de Rome vers le royaume de Naples en suivant le cours du Sacco ; les châteaux de Cave, de Genazzano et de Paliano la commandaient, et, par là, les Colonna avaient la clef des relations de Rome avec l'Italie méridionale. Leur patrimoine commun de Genazzano était donc une position privilégiée en Campanie ; ils y pouvaient trouver, en cas de danger, un refuge peu accessible à l'ennemi et bien approvisionné. De plus, les domaines particuliers de chaque branche rayonnaient autour de ce centre -commun, communiquaient facilement avec lui, étaient sous sa protection. C'était donc au centre de la Campanie, au milieu des autres possessions des Colonna, la forteresse de la famille. Dans les premières années du règne d'Eugène IV, ces biens se trouvaient toujours indivis. En effet, dans une lettre dont le registre ne donne pas la date, mais qui semble être postérieure à 1433, Eugène IV s'adresse aux habitants des villages et

(1) (( Zinzano che e un castello simil a una piccola Citta, si per le belle cose che vi ha, corne per la frequentia de popolo, d'abondantia de facoltà e per l'araenità de la contrada, spesso suole da papa Martino V e damolti cardinal! et altii principali de la corte di Roma essere di estate halitata. » (Blondus, Italia illustrata^ p. 102.)

des terres qui appartiennent au cardinal Prosper Golonua et à ses frères, et il cite, en particulier, Genazzano, Cave et Olevano (1) : c'est le fief indivis créé par Martin V. Le 14 mars 1433, Eugène IV accorde un sauf conduit à Victoria Golonna, femme de Gharles Malatesta de Fossombrone qui , avec une suite de vingt personnes, se rend à Rome, sans doute au palais des Golonna aux Saints-Apôtres, et qui, de là, doit aller à Genazzano et dans les terres voisines (2). A Olevano, habitait Sveva Gaetani, comtesse des Marses, veuve de Laurent Golonna et mère des trois frères qui possédaient en commun ce pays (3).

Les autres domaines furent divisés.

Antoine Golonna hérita de son cousin Baptiste du titre de Antoine coionna

Drincô

prince de Salerne et des fiefs qui en dépendaient; il eut donc des desaieme. terres fort importantes dans le royaume de Sicile. Aussi, dans le partage, Martin V lui assigne-t-il la région de la Gampanie qui longe la frontière napolitaine. On lui donne S. Stefano, Morolo, la moitié de Supino, Trivigliano, Monte S. Giovanni, Strangolagalli, Garpino, Vico Guarcino, Gollepardo, Ripi, Fumone, dans les diocèses d'Anagni , Ferentino, Alatii, Veroli , de plus, Mugnano dans le diocèse de Narni ; enfin , Nettuno et Astura , dans la Maritime , sur les bords de la mer (4). Il est facile de voir la raison de cette distribution : si l'on excepte les possessions du diocèse de Narni, ces domaines du prince de Salerne en Gampanie et Maritime, se divisent en deux groupes.

Le plus important se compose des châteaux et des pays mentionnés plus haut, qui sont répartis dans les diocèses d'Anagni, Alatri, Ferentino, Veroli et Segni. Par là, passe le Sacco, qui coule vers la Terre de Labour, longé de chaque côté par une chaîne de sommets que dominent des villages. Ainsi délimitée, celte vallée forme un long couloir qu'utilise la grande voie de Rome à Naples, et que commandent les positions élevées de ces anciennes places fortes. Or, ce sont là les châteaux des Golonna; en les donnant au prince do Salerne, Martin V l'avait rendu maître de la voie de Rome à Naples ; il l'avait constitué le gardien de

(Il « Universis et singulis communitatibns et domibus terrarum, castrorum et locorum qviorumcnmque, ad dilectum filium nostrum Prosperum, S. Georgii ad Vélum aurPAim diaconum cardinalem, ejusque germanos pertinentium.etspecialiter Genezani, Cavarum,01ibaiii.)) (x\rch.Vatic.,Reg. 366, fol. 173.)

(2) Arch. Vatic, Reg. 372, fol. 164.

(3) Blondus, )talia illustrata , p. 106. ^4) Partage de Martin V, Coppi, Memorie Colonnesi.

54 l'état pontifical apbès le grand schisme.

la frontière sud-est de l'Etat pontifical. De plus, par le Sacco et et cette dépression longitudinale qui, entre les chaînes parallèles de l'Apennin» arrive vers les campagnes napolitaines, Antoine Colonna pouvait communiquer facilement avec sa principauté de Salerne. Enfin , non loin de Geprano , se trouve le confluent du Sacco et du Liris, qui vient des environs du lac Fucin. Par cette vallée convergente que dominaient les châteaux de Strangolagalli, de Ripi et de Monte San Giovanni, Antoine Colonna pouvait rejoindre facilement le comté de Celano et d'Albe, qui appartenait à sou troisième frère, Edouai-d Colonna , tandis que par la vallée supérieure de Sacco il rejoignait le pays de Paliano , de Genazzano et d'Olevano, l'acropole de la famille.

Un deuxième groupe de possessions se composait des ports d'Astura et de Ncltuno; c'étaient des positions fort importantes dans la Maritime; uni à son frère, le cardinal Colonna, qui avait Ardée en partage, Antoine Colonna était aussi puissant en Maritime qu'en Campanie.

Le cardinal Prosper Colouna, cardinal diacre de Saint-Georges au Yélabre,

Colonna. xr ' o i

tenait sous sa domination les monts Albains, et commandait ainsi toute la campagne romaine qui s'étend h leurs pieds jusqu'aux murs de Rome. Martin Y lui avait assigné en partage Ardée, Marino, Rocca di Papa, Molara, Monte Compatri et Frascati (1). Ces positions étaient d'une importance militaire de premier ordre; car, échelonnés sur les pentes des monts Albains, les châteaux de Frascati, de Marino, de Monte Compatri et de Molara formaient une série de points stratégiques qui, bien reliés entre eux et dominés par la forteresse (2) de Rocca di Papa, fermaient les passages des voies Latine et Lavicane (3); et ainsi, du côté de Rome, le cardinal de Saint-Georges commandait l'accès de la Campanie, comme le faisait, vers la frontière napolitaine, le prince de Salerne. Enfin , par son château d'Ardée et sa terre de Lavinium (4), il était solidement établi en Maritime, surtout en marchant d'accord avec son frère Antoine.

(1) Partage de Martin V. Ibidem.

(2) Roca di Papa était bien fortifié; le 27 décembre 1426, les Colonna l'achètent pour 10,000 florins d"or à Annibaldo Annibaldeschi : « Cum suo toto fovtellitio, domibus ac casamentis et griptis et cisterna existente in dicto forlellitio et cum omnibus et singulis vaxallis. (Tomasetti, La Campagna romana : Arch. délia Soc. Romana di st. patria, 1887, p. 387.)

(3) Tomasetti, La Campagna romana {Arch. délia Soc. Romana di st. patria, 18S7, p. 403).

(4) Blondus, Italia illuslrata, p. 95 : « Laviuio e hora terra del cardinale Prospero Colonna. »

LES rOLONNA 55

Edouard Colonna avait ses fiefs dans la région de la Gampaiiie Eduuard coionna qui confine aux Abbruzzes. C'est là, en efi'et, que se trouvait le domaine paternel. Laurent Colonna avait porté les titres de comte d'Albe et de Celano; leur mère, Sveva Caetani, conservait toujours celui de comtesse des Marses (1). Ce fief d'Albe était revenu à Antoine Colonna; mais en héritant de son oncle du titre et de la principauté de Salerne, il l'avait abandonné à son frère cadet, Edouard, qui était déjà comte de Celano et avait obtenu, en compensation, cette partie de la Campanie limitrophe de la terre de Labour, dont nous avons montré plus haut l'importance (2).

Les comtés d'Albe et de Celano occupaient, au coeur de l'Apennin, l'ancien pays des Marses; contrée sillonnée de hauts sommets difficilement accessibles, s'ouvrant seulement vers le sud par la vallée du Liris. Composée de rudes montagnards, sa population était aguerrie et solide (3). Les villages qui s'étendaient sur les rives du lac Fucin, étaient dominés par des châteaux forts, dont les ruines pittoresques s'étagent sur les pentes des montagnes. L'ancienne capitale des Marses, Albe, sur son rocher escarpé, le château de Celano sur sa colline, surveillaient le bassin du lac qui formait le domaine d'Edouard Colonna. Blondus comprend en effet, dans le comté de Celano, les pays qui sont autour du lac Fucin, les châteaux de S. Apetito et de San Jona, les terres de Paterno, de Transaco, de Gaiano, d'Avezzano et de Magliano (4). Pour arrondir ces domaines, Martin V, dans son partage, leur ajouta Fragiano , Civitella, Montisguardia et Monterano (5). Ainsi, Edouard Colonna était solidement établi dans les montagnes des Abruzzes ; mais il n'était pas isolé, car par la vallée du Liris, il pouvait communiquer facilement avec les terres de son frère, le prince de Salerne; d'autre part, en franchissant les monts qui séparent de l'Anio, le bassin de Fucin, il pouvait donner la main à une autre branche de sa famille, les Colonna de Riofreddo.

Nous avons trouvé, dans le Vaticanus lat. 7977, une généalogie §2.-LesCoionna de la branche des Colonna de Riofreddo, dressée par Galletti. de Rioffredo.

(1) a La savia e illustre contessa de Marsi madré de! cardinale Prospero Colonna e di fratelli. » (Blondus, Italia illustr., p. 106.)

(T) « Antonio, principi Salernitano, pro recompensatione comitatus Albae quem Odoardo fratri gerraano ccsserat, assignavit castra... » (Contelori, Part, de Martin V, Arch. Vatic, 49, n" 46, p. 286).

(3) Blondus, Italia illust., p. 105 : « Ben ricca terra. »

(4) Blondus, Italia illust., p. 105.

(5) Partage de Martin V.

Nous la transcrivons en y ajoutant les détails fournis parles Registres d'Eugène lY, et YIndex virarialuum de la bibliothèque de Naples.

N. Colonna de- Riofreddo.

Jean Colonna,

chapelain de Jean XXII,

en 1318.

François Colonna,

épouse ftiéodora Nicolai Johannis de Polo.

Landulfe Colonna.

raenlionûé comme seigneur de Riofreddo,

Monteagliano et Roviano il)

sous Boniface IX, en 1399.

Ferma.

Marguerite.

Agnès

François Colonna.

Antoine (Colonna (2"!.

Jacques Landulfi,

seigneur de Riofreddo.

épouse Âloysia,

fille de Ildebrandi'ûo Orsini,

comte de Soana

et de Pitigliano.

t 8 octobre Uo9 (4\

Gaspard Colonna,

archevêque de Reggio,

transféré à Bénévent

par Martin V ,

le 26 décembre H29.

Emprisonné par Eugène IV,

remis en liberté.

revient à Bénévent,

t juillet 1435.

Catherine,

épouse

Jean de Fiesque.

Jean-André Colonna,

prend part à la révolte

de 1431 (3),

épouse Ambrosina,

fille de Pierre de Astalli?

fait son testament

le 14 mai 1446,

était mort en 1459.

Nous avons peu de renseignements sur ce rameau de la famille de Colonna ; c'est apparemment que les Riofreddo ont joué un rôle plus effacé que leurs parents de Genazzano. Ils étaient établis sur les confins de la Campanie, de la Sabine et des Abbruzzes, dans le diocèse de Tivoli. D'après une bulle de 1399, ils possédaient Riofreddo, Yallinfredda , Montagliano et Roviano (5). En 1431, Antoine Colonna prit part à la révolte de toute sa famille contre Eugène lY; le pape dut mettre ses biens sous séquestre; caria bulle du 10 juillet 1432, qui confie cà Rosello de Rosellis la garde et le gouvernement de biens que possède la maison de Colonna dans le diocèse de Tivoli, mentionne les terres de Riofreddo, Ro-

(1) Bibl. de Naples, IX, D. 5, p. 160.

{1) T/existence de ce personnage nous est mentionnée par la lettre d'Eugène IV, qui le met sous la protection de l'abbé de Subiaco, et qui se trouve dans le Reg. Vatic. 371. fol. 154 v°.

(3) Arch. Vatic, Rog. 371, fol. 9S V.

(4) Galletti fait de Jacques Landulfi un fils d'Antoine; le non» de Landulfi semblerait lui donner pour père Landulfus Colonna ou un troisième fils de Landulfe, frère de François et d'Antoine, qui aurait porté lo même nom que son père.

(5) Bibl. Naples, IX, D. 5, p. 160.

viano et Valliiifredda, les mêmes qui sont nommées dans la lettre de Boniface IX (1). Ainsi, le pontificat de Martin V n'avait pas été aussi heureux pour la branche de Riofreddo que pour celle de Genazzano : cette partie de la famille semble éclipsée par ses puissants parents. Blondus, qui parle sans cesse du grand cardinal de Saint-Georges et du prince de Salerne, ne les mentionne même pas. Cependant, aux confins de l'Etat pontifical et des Abbruzzes napolitains, de la Campanie et de la Sabine, la position géographique du domaine de Riofreddo n'était pas à dédaigner. Après Tivoli, la voie Tiburtine se continue le long de l'Anio par la via Valeria (2). Celle-ci se bifurque à Roviano; d'une part, la via Sublacensis remonte l'Anio jusqu'à Subiaco; d'autre part, la via Valeria traverse les montagnes des Marses pour gagner Arsoli, Carsoli , Alba Fucentia et le versant de l'Adriatique. Oj', établis à Roviano, les Colonna de Riofreddo occupaient cet embranchement de routes; de leurs châteaux de Riofreddo et de Yallinfredda, ils commandaient la voie Valei'ia et le passage dans les Abbruzzes; ils occupaient donc, dans les Etats de l'Eglise, un poini stratégique qu'ils pouvaient d'ailleurs relier facilement aux autres fiefs de Colonna : par la Valeria aux comtés de Celano et d'Alba; par la Sublacensis, aux terres de Genazzano et de Palestrina.

Sans avoir l'importance qu'avait value à la branche de Ge- §3 -LesCoionna

^ ^ .de Palestrina.

nazzano la bonne fortune d'avoir donné le jour au pape Martin V, la famille des Colonna do Palestrina était plus en vue que celle de Riofreddo; elle semble avoir été plus riche et avoir joué un rôle plus considérable. Le savant bénédictin Galletti en a dressé une gonoalogie, (jui se trouve dans le manuscrit latin 7977 de la bibliothèque du Vatican ; nous la complétons d'après la généalogie de Nicolas Colonna, que nous avons trouvée dans les archives du Saint-Siège (arm. 49, vol. 46, fol. 5.) (3).

(1) Arch. Vatic, reg. 370, fol. 95 V.

(2) Sur les voies Valeria et Sublacensis, voir Nibby, Analisi storico-iopografica anliquaria délia carta dei dinlorni di fioma, 2' éd., 1849, II, p. 643-645.

(3) Voir, sur cette généalogie : Bibl. Vatic. ms. lat. 7977; Arch. Vatic, arm. 49, vol. 46, fol. 5. L'arni. 49 des Archives du Vatican contient deux volumes (45 et 46) intitulés De Columnensibus, et qui renferment une collection de documents sur les Colonna et en particulier sur Marc-Antoine Colonna.

l'état POiNTIFICAL APRÈS LE GRAND SCHISME.

Etienne de Palestiina.

épouse Sveva Orsini,

tué à Genazzano le 7 avril 1433.

Nicolas Coloona, f 1443.

1 épouse

Jacoma Conti.

Jacomo Colonna.

Nicolas Colonna. Laurent Colonna.

Clarina Conti.

Etienne Colonna.

Etienne Colonna.

fils posthume.

Etienne Colonna (indiqué ici par Galletli.

Nous n'avons pu trouver aucun renseignement sur ce personnage. Serait-ce une erreur de généalogie? une confusion avec Etienne Colonna, second fils de Nicolas?)

Cette branche des Colonna était établie à Palestrina et dans les environs. Outre Palestrina, elle possédait Corcollo , Zagarolo, Gallicane, Colonna, S. Vittorino et S. Cesario. Ce sont là les biens que se partageaient, le 11 juin 1448 (1), Nicolas, Laurent et Etienne Colonna, petit-fils de Nicolas et qui, en 1431, devaient être réunis entre les mains de leur bisaïeul, Etienne Colonna. Ce domaine occupait en Campanie une situation géographique importante ; car, à cheval sur les voies Lavicane et Prénestine, qui allaient à Anagni se joindre à la voie Latine, il se trouvait sur le chemin de Rome à Naples. Au sortir de la campagne romaine, les communications entre la capitale des Etats pontificaux et le royaume napolitain étaient donc commandées au nord parles terres des Colonna de Palestrina, comme elles l'étaient au sud, au pied des monts Albains par les forteresses du cardinal Prosper Colonna. Sur la voie Lavicane, s'élevait le château de Colonna par lequel les Colonna de Palestrina donnaient la main à ceux de Genazzano ; sur la voie Prénestine, se dressait la forteresse de Palestrina, position si redoutable, que lorsque Nicolas V la rendit aux Colonna, le 24 avril 1447, il leur défendit de la jamais fortifier (2). Ces deux voies antiques étaient reliées par une traverse partant de la Lavicane, à S. Cesario, et défendue, elle-même, par la colline et le château de Zagarolo (3). Dominant la vallée d'un petit affluent de l'Anio, Zagarolo, Gallicane, Corcollo et Passerano formaient une série de positions qui allaient rejoindre Tivoli, et par la via Valeria, les Colonna de Rioffredo. Enfin, derrière les montagnes qui entourent Palestrina, s'étendait le fief indivis de la branche de Genazzano avec lequel l'on pouvait facilement communiquer, et ainsi, la vieille

(1) Arch. Vatic, arm. 49, vol. 46, fol. 5.

(2) Arch. Vatic. Curial. Nicol. V, fol. 7.

(3) Nibby, Analisi, III, p. 116.

forteresse de Saint-Pierre, dont les ruines majestueuses dominent toujours Palestrina, semblait être le trait d'union qui coordonnait en une redoutable puissance féodale les terres de tous les Colonna. Martin V avait donc pleinement réussi : avec leurs châteaux forts commandant les grandes routes de Rome à Naples ; avec leurs positions inexpugnables au milieu des montagnes inaccessibles ou des maquis inextricables ; avec leurs positions stratégiques, reliées à merveille [)ar des vallées ou des routes transversales, les Colonna dominaient cette province depuis la frontière napolitaine jusqu'aux pentes qui descendent des monts Albains vers Rome, depuis les cimes qui entourent d'une couronne neigeuse le bassin du lac Fucin jusqu'aux marais et aux broussailles qui bordent la mer. A eux seuls, les Colonna pouvaient tenir en échec la puissance pontificale; quelle devait être leur force, quand ils s'unissaient aux autres familles féodales qui s'étaient taillé, elles aussi, de vraies principautés en Campanie!

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