CHAPITRE IV
Les Conti étaient en rapports fréquents avec les Caetani; les Relations
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relations dataient de loin. C'est de la même région qu étaient sor- caetam ties les deux familles, les Caetani d'Anagni , les Conti de Segni, pour se développer, l'une, celle des Conti, en Campanie, l'autre, celle des Caetani, en Maritime. Cependant, leurs fiefs étaient restés limitrophes, les Conti occupant une grande partie des diocèses de Velletri et de Segni, et se rencontrant avec les Caetani, établis aussi dans le diocèse de Velletri et dans les diocèses voisins de Piperno et de Terracine. Tantôt ce rapprochement avait amené des alliances entre les deux familles, comme le mariage dePerna Caetani avec Nicolas Conti, et des négociations amicales dont les actes nons été conservés (1); tantôt, au contraire, des conflits avaient éclaté, comme celui qui amena, en 1425, une guerre entre Christophe Caetani et Ildebrandino Conti (2).
De même, les Conti furent en relations continuelles avec les Colonna; pendant la période du schisme, éclatèrent entre les deux familles des rivalités qui tournèrent, sous Martin V, au désavantage des Conti. Boniface IX avait conféré à Adinulfo et à Ildebrandino Conti les châteaux de Paliano et de Serrone , puis à Louis et Nicolas Conti ceux de Belvédère et de Montenuovo. Ces possessions leur avaient été confirmées par Jean XXIII, et s'ajoutant aux autres domaines, que la famille possédait depuis longtemps en Campanie, elles constituaient aux Conti une puissante principauté, au cœur de cette province. Tout cela changea sous
(1) Arch. Caetani, XXXV, 33.
(2) « Coramunitatibus et hominibus civitatis Velletrensis et terre Chore committitur per pontificera (Martinum V) ut neutrales sint in discordiis ortis inter Ildebrandum de Comité et Christophorum Caetanum. » (Bibl. de Naples, IX, D. 5, p. 163.) Voir Sloria di Vellelri, par Borgia, p. 367.
Martin V, qui enleva aux Conti Paliano, Serrone, Belvédère, pour les donner h ses parents (1). Aussi n'est-il pas étonnant qu'en 1431, nous trouvions Ildebrandino Conti parmi les ennemis des Golonna. Loin de prendre part à leur révolte , il garda une telle fidélité au Saint-Sicge que ses domaines eurent à souffrir des bandes rebelles du prince de Salerne (2) ; d'ailleurs, il en fut récompensé; car, le 29 mars 1432, le pape ordonnait au cardinal de Saint-Clément, camérier de l'Eglise, de vendre à bas prix à Ildebrandino la moitié de Supino, que l'on avait enlevé aux Colonna.
A l'avènement d'Eugène IV, la famille des Conti se composait de plusieurs brancbes.
Alto Conti. Alto Conti était le chef de la branche aînée; aucun document
ne nous le dit, mais, ce qui le fait croire, c'est qu'il portait le titre de magister sacri hospitii, qui était héréditaire dans la famille, et devait se transmettre par droit d'aînesse. En qualité de haut dignitaire de la cour pontificale, il devait avoir une résidence à Rome. Il avait aussi des fiefs en Campanie; un acte du 12 novembre 1444, conservé aux archives Caetani, le désigne par ces mots (3) : magnificus et poteus dominus Allus de Comité, sacri hos- 'pitii magisier, dominus castri Volmontonis , Montislanici et incolarum dicti castri Montislariici. Etagée sur le tuf noirâtre d'une montagne volcanique , la ville de Valmontone occupait une forte position ; non loin de là, en effet, se trouvait le carrefour (ad bivium) où la voie Latine , qui descendait des monts Albains , venaient, près du Sacco , se confondre avec la Lavicane (4) ; enfin, c'est au pied de Valmontone qu'aboutissait la voie de Velletri, qui allait rejoindre, non loin de Lavinium, la voie Appienne; de son château de Valmontone, qui était une de ses résidences (5), Alto commandait un croisement de routes des plus importants, puisque là, se rencontraient les voies du Latium, de la
(1) Bibl. Naples, IX, D. 5, 163 et 164.
(2) « Pro compétent! precio sive etiam minori, cum eodem Ildebrandino propter comprobatam sue devocionis integritatem, et ob damna quamplurima que tempore guerre predicte, pro nostro et ecclesie prefate statu passus est, ex gratitudine sedis apostolice, quod plus valeret, pro aliquali recompensatione damnorum predictorum, remittere et concedere intendamus... » (Arch. du Vat., reg. 371, fol. 277.)
(3) Arch. Caetani, XXXV, n" 36.
(4) Nibby, Analisi, III, p. 630.
(5) L'accord qui fut signé le 12 novembre 1444 entre Alto Conti et Honorât Caetani, fut rédigé « in castro Valmontonis, iû caméra inferiori domorum prefati domini magnifici Alti. » (Arch. Caetani, XXXV, 36.)
Campanie et de la Maritime. Du côté de Velletri, il possédait le château de Torrechia, entoui-é d'un grand domaine qui s'étendait vers Giuliano et vers Cisterna (1). Son frère, LucidoGonti, cardinal diacre de S. Marie in Cosmedin, devait avoir quelques droits sur ce fief; Blondus semble le dire dans un passage, d'ailleurs peu précis, de son Italia illustrata (2). Enfin, si l'on en croit le livre des comptes da Saint-Siège, Alto accrut l'étendue de ses domaines en achetant, en 1431, à Eugène IV, la moitié de Supino, qui avait été confisqué par le pape aux Golonna, pour leur rébellion. A la date du 3 décembre 1432, Daniel, évêque de Parenzo et trésorier de la Ghamibre apostolique , déclare avoir reçu d'Alto Conti, par l'entremise du banquier François de Boscolis, la somme de 700 florins d'or, pro residuo pecuniarum per ipsiim debitarum pro Castro Sopini (3). Evidemment, cela signifie que le Saint-Siège avait vendu le château de Supino, et, comme nous le verrons bientôt, en vendre la moitié à Ildebrandino , ce n'était qu'une moitié qui avait été achetée par Alto ; enfin , comme cette possession avait été prise aux Golonna, la vente n'avait pu se faire qu'après la mort de leur grand protecteur, Martfii V: l'acquisition de cette propriété par Alto ne peut donc se placer qu'entre le 4 mars 1431, date de l'avènement d'Eugène IV, et le 3 décembre 1432 , date à laquelle il en est question dans les Introitus et exitus.
Le fief de Valmontone et de Montelanico , qu'Alto possédait, avait été formé par un démembrement du domaine que depuis Innocent III la famille des Gonti possédait en Gampanie; ce qui le fait soupçonner, c'est que tout à côté d'Alto, et de son frère Lucido, étaient établis d'autres membres de la famille des Gonti.
Ildebrandino était à Segni ; mais les pontificats qui s'étaient ildebrandino succédé depuis le commencement du schisme, avaient, à plusieurs reprises, bouleversé ses domaines. Sous Urbain VI, de concert avec son frère Adinulfo , il s'était emparé d'Alatri, de Guarcino et de Gollepardo (4), bientôt, il avait ajouté à ces premières con-
(1) Borgia, Isloria di Velletri, p. 367. - Nibby, III, p. 251.
(2) Blondus, Italia illust., p. 104 : « Valmontone, e signoreggiata da la fameglia di Conti e poco fa, c'ha per uno suc grande ornamento che era il cardinale Lucido, studiosissimo de le buone lettere. ma le è restato non solamente per ornamento de la terra, ma di quelli anco che li sono soggetti, il suo fratello Aldo, dotta e savia persona, insieme col figlio di Aldo, chiamato Giovanni. »
(3) Arch. du Vatic, Introitus et exitus, n* 390 (comptes d'octobre 1431 à mai 1433.) p. 29.
(4) Theiner, II, 652. Bulle d'Urbain VI du 11 juin 1389.
Conti.
'Les Conti
quêtes Paliano, Serrone et Gavignano (1), pour constituer ainsi à son profit, la principauté que, plus tard, Martin V devait créer pour les Colonna (2). Sous le pontificat suivant, il avait réussi à obtenir du pape la reconnaissance de ses conquêtes ; car Boniface IX lui avait conféré en vicariat Segni, Paliano et Serrone, et ces concessions avaient été confirmées par Jean XXIII (3) et par Martin V lui-même (4). Mais désireux d'accroître la puissance de ses neveux, Martin V avait dépouillé Ildebrandino de Paliano, de Serrone, de Belvédère (5); celui qui avait été maître de la Campanie, sous Urbain VI, n'y conservait plus, en 1431, que la ville de Segni. Il est vrai que Martin Y lai avait donné des biens 'en Tuscie et qu'Eugène IV lui vendait, en 1432, comme nous l'avons vu plus haut, la moitié de Supino. Une autre branche des Conti était établie à Montefortino et même de Montefortino. ^n tirait SOU uom « Montefortino, » dit Blondus, « appartient à notre ami Etienne, de la noble famille qui tire son nom de cette terre paternelle.!» (6) En 1431, le chef des Conti dcMontefortino était Cola, fils de François Conti et mari de Perna Gaetani. A l'article Montis forlini casLi'iim, in provincia Campanie sub EugenioIV, l Index vicariatiium de Michel Lonigo portait ces mots : « Le pape fait remise aux communes et aux habitants de Montefortino et de Colleferro des gabelles du sel et du fouage, à la prière de Nicolas Conti leur seigneur. (1). Le 31 mars 1436, un accord était signé entre Nicolas Conti, et François Gaetani au nom de ses pupilles, Honorât et Béatrix, à la suite de guerres réciproquesque s'étaient faites leurs sujets et leurs vassaux respectifs ;. l'acte qui est conservé aux archives Gaetani (8) donne à Nicolas Conti le titre de dominas caslrorum Montis for tint, Rocce Maxime et Collisferri ; et il a été dresbé in Castro Rocce Maxime, in curia dicti castrii videlicet in caméra cubicularii dicti magnifici domini Nicolai^ ce qui
(1) Arch. Vatic, Arm. XIII, 'n» 5, p. 4.
(2) Voyez plus haut.
(3) Arch. Vatic, Arm. XIII, n" 5, p. 4.
(4) Bibl. de Naples, IX, D. 5, p. 163.
(5) Nibby, III, p. 90.
^6) Blondus, Italia illust., p. 104.
(7) « In indice quoque Michaelis Lunighi, olim custodis dicti archivi (S. Angeli), p. 2, fol. 57, leguntur hec verba: Montisfortini castrum, in provincia Campanie, sub Eugenio IV : « Universitatibus et hominibus castrorum « Montisfortini et Collisferri, provincie Campanie, remittuntur per summum (( pontificem gabelle salis et focatici ad instantiam Nicolai, eorum domini. » (Arch. du Vatic, XIII, 5, 4.)
(8) Arch. Gaetani, XXXV, n» 33.
prouve que Nicolas Conti faisait sa résidence à Rocca Massima, et qu'outre ce château, il possédait Montefortiuo et Golleferro. Ce domaine touchait à celui qu'Alto Conti possédait à Yalmontone et Montelanico, à la ville de Segni qui appartenait à Ildebrandino, enfin aux terres des Caetani, de Norma et de Bassiano. Il était au cœur des Monti Lepini, puisque Rocca Massima, l'ancienne Arx Caventana, se dresse au-dessus de Cori et de Segni, à une altitude de plus de 750 mètres.
Il ne faut pas confondre Cola Conti de Rocca Massima avec ^,^^^.^^65^^^.^ Nicolas Conti de Poli. Un sauf-conduit, délivré par Eugène lV,le 20 juin 1431, nous fait connaître cette nouvelle branche de la famille de Conti. C'était l'été ; les sujets de Nicolas de Poli avaient besoin de sortir de leurs villages fortifiés pour descendre dans les campagnes moissonner l'orge, le blé et les autres céréales qu'ils y cultivaient. Mais le pays n'était pas sûr : il était sans cesse parcouru par les troupes pontificales et les bandes des seigneurs révoltés; pour se garantir au moins d'un côté, ils demandèrent au pape un sauf-conduit, pour le temps des moissons, et le 20 juin 1431, Eugène IV l'accorda aux habitants de Poli, de Monte S. Maria, de Corbolo, de Guadagnolo et du casale Collis Jovis, vassaux de Nicolas Conti (1). Une autre concession analogue, du 23 juillet 1431, nous montre que Nicolas Conti avait des terres sur le territoire de Tivoli (2). Placées entre les domaines des Colonnade Palestrina et Olevano, et d'autre part, la ville de Tivoli, ces terres formaient un petit fief montagneux qui surveillait la communication de la voie Prénestine avec la voie Tiburtine. Cette branche des Conti tirait son nom de Poli. En effet, dans les notes de Suarès, sur les grandes familles romaines, nous avons relevé le résumé d'un acte qui concerne un Nicolas Conti de Poli (peut-être le nôtre), qui donne, en 1386, à l'église deSainte- Marie-la-Neuve, le lemple de Rome, situé derrière l'abside de l'église ; or la famille de ce Conti est appelé Conti de Polo (3).
Telles sont les principales familles féodales qui occupaient les meilleures positions de la Campanie et de la Maritime ; mais
(1) Arch. du Vatic, Cameralia 16, fol. 45.
(2) Ibid., fol. 68 v° : « Pro hominibus Tiburtinis vassallis Cole de Comité. »
(3) « Nicolaus, natus Stephani Nicolai de Comité de Polo, anno 1386, donat S. Marie Nove omnia in templo rétro S. Mariam Novam, in quo est arbor dactylonura. »
Acte notarié, résumé par Suarès qui n'en indique pas la provenance (sans doute des archives de S. Maric-la-Xouvc). Bib. Barberini, XXXVIII, n" 98.
plusieurs autres moins importantesy avaient élevé leurs châteaux et fondé leur tyrannie.
Les saTeiii. A environ deux kilomètres d'Albano, au-dessus d'un monticule,
se profilent encore aujourd'hui sur l'horizon, les ruines pittoresques d'un vieux château féodal, abandonné depuis longtemps aux corbeaux et aux chauve-souris; c'est la tour des Savelli. La famille romaine des Savelli, qui en était sortie à la fin du douzième siècle, et qui, d'après Pie II, en tirait son nom (1), la possédait en 1431; elle se dressait toujours comme une menace perpétuelle pour l'autorité pontificale (2) ; de là, les Savelli gouvernaient leurs domaines des Monts Albains.
Non loin de là, en effet, ils possédaient la ville d'Albano (3) et l'Ariccia. Gastel Gandolfo tirait son nom d'un certain Gandolfo Savelli qui y avait élevé une forteresse, dans une heureuse position, sur le lac d'Albano; depuis, la famille des Savelli en avait la seigneurie (4). Sur le lac de Némi, elle possédait dans un très beau site, le château de Genzano. Ces trois positions étaient fort importantes au point de vue stratégique : placées surla voie Appienne, au point où elle débouche dans la plaine de Rome, elles commandaient l'entrée de Vagro romano du côté de la Gampanie. Rocca Priora, qu'avaient les Savelli de l'autre côté du massif des Monts Albains, jouait le même rôle sur la voie Latine. Son château se dressait sur une cime de 500 mètres d'altitude, dominant une riche plaine couverte de prairies, de bois et de vignes. En 1431, les Savelli venaient de l'acheter à la famille romaine en décadence des Annibaldi (5) ; et ils affirmaient leur seigneurie par les blasons que l'on voyait encore en grand nombre, au dix-septième siècle, sur les portes et sur les murs de la forteresse (6). Selon toute probalité, ce domaine des Monts Albains appartenait à Nicolas Savelli; dans l'acte de vente de l'une de ses propriétés à Antoine Colonna, il est appelé seigneur de Rocca priora ; or nous venons de voir que cette place était la plus importante peut-être
(1) Pie II, Commentaires^ liv. X : « Castellum quod Sabellum vocant, unde Sabellae familiae nomen. »
(2) Le patriarche Vitelleschi la fit démanteler en 1436 parce que ce château « ecclesiae Romanae erat infensum. » (Piazza, Gerarchia cardinalizia, p. 300.)
(3) Nibby, I, 86.
(4) Piazza, Gerarchia, p. 276.
(5) Tomasetti, Campagna romana. Archivio délia Società roma'ia, 1887, p. 409.
(6) Piazza, Gerarchia, p. 276.
de celles qu'occupait la famille Savelli dans les Ca5^e//î Romani {\).
La famille des Stefaneschi, si influente jadis dans le quartier Les stefaneschi. du Transtevère, conservait toujours sa petite principauté de Porto; par une bulle du 25 janvier 1399 (2), Boniface IX lui en avait confirmé la possession. De la sorte, les Stefaneschi avaient la garde de l'entrée du Tibre et des relations fluviales entre Rome et la mer; aussi percevaient-ils des taxes sur les marchandises qui passaient par Porto; ils avaient, en particulier, le droit de prélever VampuUa S. Hippolyti (3), c'est-à-dire une certaine quantité de vin sur tout navire qui en apportait à Rome.
(1) Actes concernant les Colonna et qui étaient conservés au dix-septième siècle au Capitole. (Bibl. Vatic, Lat. 8"263, Miscell.)
(2) Index vicariatuum de Fiesque, (Arch. du Vatican, Arm. 35, 5, vie. 64.)
(3) Bibl. Naples, IX, D. 5 : « Gabella ampulle S. Hippolyti quae consistit in recipiendo unum barile vini, de quolibet navigio onerato, intrante fauces Tiberis. »