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LES BIENS DU CLERGÉ EN CAMPANIE ET MARITIME

mais il est probable qu'ils ne devaient être ni nombreux ni importants. D'abord, au quinzième siècle, cette abbaye n'a joué qu'un rôle insignifiant dans l'histoire des Etats pontificaux; sa seule gloire (gloire, il est vrai, qu'ont dû lui envier beaucoup de couvents), a été d'avoir pour abbé commendataire le célèbre cardinal Bessarion, mais elle n'a été ni riche ni puissante. Nous en trouvons la preuve dans ces livres de la Chambre apostolique, où l'on inscrivait les taxes payées au Saint-Siège par les abbayes qui étaient sous sa protection ; or le liber taxarum, qui est conservé aujourd'hui à Rome, à la bibliothèque Victor-Emmanuel, fixe à 400 florins la redevance que devait à la Chambre apostolique le couvent de Grottaferrata (1); comme ces taxes représentaient le tiers du i-evenu (2), le revenu approximatif du couvent était donc de 1,200 florins, somme bien modeste si on le compare aux revenus de certains évêchés ou certaines abbayes de France (3).

Plus importante était l'abbaye bénédictine de Subiaco. Avant L'abbaye les désordres du schisme, elle possédait une vraie principauté sur les confins de la Sabine; elle exerçait sa juridiction sur Subiaco, et encore aujourd'hui, les habitations de la ville s'étagent sur les flancs d'une montagne conique dont le sommet est couronné par un château fort pittoresque ; c'est la rocca abbatiale ; à ses pieds, s'étaient pressées les maisons des vassaux pour lui demander protection et lui promettre obéissance. En sortant de la ville, on prend la via Sublacensis qui longe l'Anio ; sur la route, du côté de Tivoli, l'on trouve le village d'Agosta; il dépendait jadis de l'abbaye; de chaque côté de la vallée, les montagnes qui la bordent, sont couronnées de villages, occupant des positions aussi belles que fortes, à des hauteurs d'environ 1,100 mètres : à droite,

(1) Bibl. Victor-Emm., fonds Sessorien, 37.

(2) On lit, en effet, à propos du monastère romain de S. Anastase : « Unita fuit ecclesia S. Marie Secundicerii de Urbe valoris XV augetur taxas in florenos V.

A propos de S. Laurent-hors-les-Murs : « Unita fuit ecclesia parrochialis S. Benedicti Tiburtini valoris LX; augetur taxa in florenos XX. »

A propos de S. Grégoire du Celius : « Unitus fuit prioratus S. Andrée Tiburtini valoris XXIIII; augetur taxa in florenos VJII, etc. »

On voit toujours la même proportion de 1 à 3 entre la taxe et le revenu.

(3) Exemples de fortes taxes :

Diocèse d'Amiens (Ambianensis), 4,200 flor., rev. 12,600.

Abbaye de Corbie (O. S. B.), 6,000 flor., rev. 18,000.

Abbaye de Saint-Riquier (O. S. B.), 4,000 flor., rev. 12,000.

Dioc. d'Auxerre (Autissiodorensis). 4,400 flor., rev. 13,200.

Dioc. d'Auch (Auxitana in Wasconia metropolis), 10,000 flor., rev. 30,000.

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c'est Gerbara, d'où l'on peut voir, s'étendant vers le pays des Marses et le bassin du Fucin, les terres escarpées de Gamerala; à gauche, ce sont fiocca Ganterano , Rocca di Mezzo, Rocca San Stefano, dont les noms guerriers évoquent à notre imagination <!es époques tourmentées, où la plaine était abandonnée aux ravages des partisans, et où les paysans cherchaient un abri sur les sommets les plus inaccessibles, aux pieds d'un château fort. De leurs tours crénelées, l'on devait apercevoir les collines ondu- ]('^es, qui courent vers les sources du Sacco, avec leur cortège de villages, Gerano, Givitella, Affile, Roiate. Enfin, en remontant l'Anio au delà de Subiaco, on arrive aux pieds de la Sainte Montagne où saint Benoît a vécu dans l'ascétisme et la contem- [)lation ; sur ses flancs, au-dessus des Thermes de Néron, s'étagent, dans un site sauvage, les monastères de Sainte-Scholastique et du Sacro Speco. A leur pied, la voie abandonne la vallée de TAnio pour se diriger vers Olevano. Si, au lieu de la suivre, on continue à remonter l'Anio par des sentiers de plus en plus difficiles, on voit la vallée se resserrer de plus en plus; bientôt, ce sont des gorges profondes et sauvages ; aux sources de l'Anio, Ton est dans une impasse, dans un bout du monde ; c'était la frontière de l'Etat pontifical, vers les Abbruzzes de Naples. Ge cul-de-sac est commandé par les positions de Icnne et de Trevi. Voilà les domaines féodaux de l'abbaye qui avaient pour centre la rocca de Subiaco et pour ligne médiane, la via Sublacensis et le cours de l'Anio ; domaines formant entre les terres des Golonna de Genazzano et celles de Golonna de RiofFreddo, un tout bien compacte, bien délimité et bien défendu (1).

Malheureusement, en 1431 , à l'avènement de l'abbé Antoine, le monastère était réduit à la plus grande pauvreté (2). La plupart de ses possessions étaient détenues injustement par des nobles et par des chefs de bandes. Les abbés qui vont se succéder, jusqu'en 1455, poursuivront tous le même but : faire rentrer sous la dépendance du monastère tous ces biens aliénés ou usurpés, jusqu'au jour où le pape Gallixte III, venant couronner leurs efforts, annulera les ventes ou aliénations faites dans les domaines de l'abbaye et en particulier à Subiaco , à Gamerata , Gerbara , Agosta, Marano, Rocca di Mezzo, Rocca Ganterano, Gerano, Rocca San Stefano, Givitella, Roiate, Affile, Ponza et Monte Porcario (3).

(1) Voir Jannuccelli, Memorie di Subiaco e sua badia, p. 180-218, pass.

(2) Ibid., p. 211.

(3) Bibl. Naples, Index vicariatuum, IX, D. G, 39.

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