LES COMMUNES EN GAMPANIE ET MARITIME
Ces exemples nous montrent à quel misérable état étaient réduites les propriétés et les seigneuries ecclésiastiques. On peut se figurer par là, ce qu'étaient devenues les communes. Dans un pays où les barons féodaux occupaient d'aussi fortes positions , les villes ne pouvaient pas étendre leur domination, heureuses quand elles réussissaient à maintenir leur propre indépendance. Aussi, nous ne trouvons pas enCampanie et Maritime, ces principautés municipales, cette féodalité communale que nous mentionnerons en Tuscie et en Ombrie; il n'y a aucune ville comme Viterbe, Orvieto ou Pérouse ; les communes ne sont que des bourgades; leur juridiction ne s'exerce guère que sur leur territoire. Ainsi, Terracine est enserrée entre les possessions des Caetani : à une distance d'environ dix kilomètres, vers le nord-ouest, commençaient les domaines de Saint-Félix, qui appartenaient aux ducs de Sermoneta ; à quatre ou cinq kilomètres, au sud-est, se dresse encore aujourd'hui, la porte qui servait de limite aux Etats pontificaux et au royaume napolitain, à la commune de Terracine et aux terres des Caetani de Fondi. Vers le nord , au delà de Monte Leano , qui domine la ville, on arrivait bientôt dans les dépendances de Fossanova et de Sonnino. Or, ainsi limitée, réduite à son propre territoire, Terracine était cependant l'une des communes les plus importantes de la province. Que l'on se représente ce que devaient être les autres!
Réduites à leur plus simple expresssion, elles avaient de la peine à se défendre contre les envahissements et la tyrannie des puissants seigneurs, leurs voisins. Les habitants de Terracine se plaignaient, en 1431, de vexations continuelles de la part de Conradin d'Antioche et de sa mère Perna, qui faisaient de vraies razzias dans leurs troupeaux ; par une bulle du 28 novembre 1431 , G. 6
Eugène IV charge le rectear de la province, Barthélémy de Spalato, de faire une enquête sur cette plainte (1). Deux actes des Archives Gaetani nous montrent les singuliers rapports de voisinages qui existaient, sous Eugène IV, entre la branche de cette famille qui possédait Sermoneta, et les habitants de Sezze. La tour et les terres de Zenneto étaient contestées entre Sezze et les Gaetani ; sans attendre que l'affaire fût définitivement jugée, Benoît Gaetani les avait affermées pour six ans à son familier Léonardo Rapono; dans la suite , Honorât Gaetani de Sermoneta en avait hérité, et comme la commune de Sezze affirmait toujours ses droits, en envoyant ses bêtes paître sur le territoire de Zenneto, Honorât lançait contre les gens de Sezze, ses sujets de Sermoneta, qui faisaient, sans cesse, des razzias sur les troupeaux de leurs voisins (2). Ges détails sont empruntés, il est vrai, à la plainte que la commune de Sezze envoya à Gioacchino de Joanninis de Narni, commissaire député par le camérier du pape pour juger le différend. Si nous avions le mémoire d'Honorat, les faits seraient sans doute tout autrement exposés; cependant, il est probable que les gens de Sezze étaient les victimes : le terrible seigneur de Sermoneta, qui faisait précipiter, du haut de sa tour de Ninfa, les prisonniers, fussent-ils diacres, qui tentaient de s'évader, avait plus de vocation pour le rôle de loup que pour celui d'agneau.
La ville de Velletri avait eu maille à partir, pendant le schisme, avec la famille des Gaetani, et nous avons vu plus haut qu'elle avait dû se réfugier sous le protectorat onéreux du peuple romain. En 1431 , elle était menacée, de deux côtés à la fois, par deux donjons féodaux, qui se dressaient sur les limites de son territoire : d'une part, par le château de Faggiola, l'une des résidences des Savelli ; de l'autre, par celui de Lariano, antique forteresse des Golonna. A chaque instant , dans les temps de troubles, ces enceintes seigneuriales envoyaient , sur les terres de Velletri, des bandes de pillards qui dévastaient les champs, s'emparaient des troupeaux et répandaient la terreur dans les campagnes (3). A maintes reprises, depuis le treizième siè-
(1) Arch. Vatican, reg. 370, fol. 44 v\
(2) Arch. Gaetani, XXXI, 68 : « Item quod, stante possessione dicte communitatis, non licuit domino, domino Honorato , venire ad tantam furoris audaciam quod prodare faceret bestias dicte communitatis de dicto campo Zenneti, territorii dicte communitatis... bestie de Setia per homines de Sermoneto fuerunt predate et ablate. »
(3) Borgia, Sloria di Velletri, p. 353.