‹ L'état pontifical après le grand schisme;Chapitre 19 sur 50 · LA PROVINCE DU PATRIMOINE DE SAINT-PIERRE EN TUSGIE · texte numérisé non relu

LA PROVINCE DU PATRIMOINE DE SAINT-PIERRE EN TUSGIE

Au delà de Rome, sur l'autre rive du Tibre, l'Etat pontifical °^""ît^„^i;°^.

' ' ^ de la province

s'étendait le long de la mer Méditerranée, occupant jusqu'aux de Tuscie. limites de la République Siennoise, le bassin du Tibre et de ses affluents. Dans son Italia illnstrata, Blondus en détermine assez exactement les limites, du côté de Sienne. « Au sud du Monte Argentaro, » dit-il, « non loin de la mer, setrouveun château appelé Capo d'Alveo, dont le territoire est coupé par un faible cours d'eau nommé Pescia. Ce petit fleuve sert de limite à la Toscane et aux possessions de l'Eglise, appelées le Patrimoine, qui lui furent donnés par la comtesse Mathilde; la Pescia fut choisie comme limite (1). » Cette frontière conventionnelle a persisté jusqu'à nos jours entre la Toscane et les Etats du Saint-Siège : au nord-ouest du petit fleuve, se trouve le village de Pescia. F iorentina , au sudest, celui de Pescia Romana. Pénétrant par la Pescia dans l'intérieur des terres, la ligne de démarcation passait à Test des montagnes et des terres de Castro ; car Blondus place encore ce village dans les Etats pontificaux ; puis, elle se dirigeait vers le Monte Amiata, laissant d'un côté, les villages siennois de Pitigliano, San Quirico, Pian Castagnano ; de l'autre, les villages romains de Proceno, Aquapendente et Grotta San Lorenzo, étages sur les montagnes qui bordent, au nord-ouest, le lac de Bolsène, vraies places fortes qui, de leurs postes d'observation, défendaient, comme des sentinelles d'avant-garde, les Etats pontificaux (2). L'on arrivait ainsi à l'Amiata , l'un des plus hauts sommets de l'Apennin central, qui se dressait, à une altitude de plus de mille

(1) Blondus, Italia illust., p. 77.

(2) Blondus, Italia illust., p. 89 : « Presso a questi monti (monte Amiata), ira il lago di Bolsenna ed il fiume Paglia, sono Porceno, Acquapendente e Grotta San Lorenzo, terre de la Chissa. »

mètres, comme une borne gigantesque, entre la république dô Sienne et les possessions de l'Eglise. Au pied de ce massif montagneux, commandant l'entrée de la via Cassia en Toscane, la ville de Radicofani avait appartenu tantôt à Sienne, tantôt au pape. En 1431 , elle était conférée en vicariat aux Siennois, qui payaient, en signe de vassalité, une redevance à la Chambre apostolique. Le livre des Introitus et exitiis de 1433 marque, au mois de mars 1432/1433, le payement par la commune de Sienne, du cens qu'elle devait à l'Eglise, pour la possession de Radicofani (1). Après le territoire mixte de ce casirum, la frontière longeait la cité de Chiusi, qu'elle laissait cependant dans l'Etat siennois, et elle allait se confondre avec les limites du comté de Pérouse, que nous décrirons plus loin. Entre cette ligne de frontière et la province de Campanie et Maritime, s'étendaient un très grand nombre de pays, qui formaient trois groupes principaux :

Le Patrimoine de Saint-Pierre en Tuscie ;

La ville de Pérouse et l'Ombrie ;

Le duché de Spolète.

Le Patrimoine « Lo Patrimoine, » dit M. Calisse, dans son intéressante étude proprement dit. ^^^ j^^ préfets de Vico , « si on lui ajoute Orvieto et quelques autres lieux, correspond aux arrondissements de Givita-Vecchia et de Viterbe dans la province romaine. Cependant, le recteur du Patrimoine exerçait encore sa juridiction sur le comté de Sabine et la terra Aniulforum {'2). » Cette définition a besoin d'être pré- [ cisée par des textes; car, entre toutes les provinces de l'Etat pon-

tifical, celle qui a le plus varié, dont les frontières se sont le plus élargies et rétrécies, selon les vicissitudes des temps, c'est celle du Patrimoine de Saint-Pieric en Tuscie. Les textes qu'a publiés M. Paul Fabre (3), dans les Mélanges de VEcole française de Rome, confirment pleinement la définition de M. Calisse, et conduisent Ses dépendances. Icur éditeur à la méuie conclusion : « Trois provinces étaient placées sous la juridiction du recior Palrimonii b. Pétri in Tuscia : le Patrimoine proprement dit, la terra Arnulplwrum et le comté

(1) Arch, Vatic, Introitus et exitus, n* 390, p. 36 : « Pro censu Radicofani, pro anno preterito sumendo a festo Resurrectionis, por manus Francisci de Scnis, libras 40 Cortonienses, valentes florenos auri de caméra 7 et solidos 25, moneto Romane.

(2) Calisse, / prefetti di Vico^ Archivio delta Società Romansi di st. patria, 1887, p. 1.

(3) Paul Fabre, Un registre caméral du cardinal AlbornoZf en i36i. (extrait des Mélanges d'archéologie et d'histoire, publiés par TEcoie française de Rome, t. VII, p. 4).

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de Sabine. » En effet, ce registre caméral d'Albornoz nous dit formellement que la terra Arnulphorum est sous la juridiction du recteur du Patrimoine qui, par commission spéciale, en est le recteur, et y nomme un vicaire général; de même, le trésorier du Patrimoine place dans ces terres un vice-trésorier qui en fait rentrer les revenus (l). Notre document fait exactement la même remarque pour le comté de Sabine ; par spéciale commission , il est placé sous la juridiction administrative du recteur et du trésorier de la Tuscie (1). Enfin , les diocèses de Narni , de Terni et d'Amelia qui , dans le haut moyen âge , faisaient partie de l'ancien duché de Spolète, sont rattachés aa Patrimoine de Saint- Pierre en Tuscie (3).

Il en était de même sous Eugène lY; car, le 16 juillet 1434, il nommait rector Patrimonii et terrarum speciatis commission l's Àr~ nulforum ac Sabine, Nicolas, évêque de Tropea (4), et plus tard, le 17 mars 1435, il donnait au Florentin Nicolas Cavalcanti le titre et les fonctions de trésorier in provincia nostra Patrimonii^ terrarum specialis commissiùnis Arnulforum , ac Sabine (5). Les diocèses de Terni , de Narni et d'Amelia étaient toujours rattachés au Patrimoine ; c'est ,■ en effet , en sa qualité de commissaire général in provincia Patrimonii b. Pétri in Tuscia terrisque speeialis commissionis et Arnulforum que le patriarche Yitelleschi écrivait, le 9 septembre 1435, une lettre circulaire aux viEes de Yiterbe, Narni, Terni, Amelia, Sutri et aux villages de G^Uescipione , Calvi, Stroncone et Otricoli (6), et qu'il exerçait sur toutes ces villes, la juridiction dont les registres municipaux nous ont conservé de nombreux actes. Lorsque le pape convoqua le concile de Bàle, il imposa des subventions extraordinaires sur les biens d'église : le 28 février 1433, il chargeait révêtjue d'Ancône, recteur du Patrimoine, de faire ces levées d'argent en Tuscie, dans les terres dites de spéciale commission, et dans les cités de Narni et de Terni (7).

(t) ïbid., p. 39 : «r Rector Patrimonu, ex spécial! commissione, est rector dicte proTÏncie, et ponitnr per rectorem predictum vicarius generalis in dicta provincia... Et per thesaurarium dicti Patrimonii, ponitnr vicethesanrarioa m dictis terris, qni recipit omnes introitus. u

(2) JWd., p. 42.

(3) Ihid,, p. 23, 24, 25, 26.

(4) Arch. Vatic, reg. 373, fol. 6.

(5) Arch, Vatic, rcg. 373, fol. 132 y».

(6) Arcli. comm. de Terni, RifQrma.nze, vol. 1435-1440, fol. 33. (!) Arch. Vatic, rcg. 372, fol. 154.

Il est plus difficile de déterminer à quelle province se rattachait la ville d'Orvieto. Certains actes relevés dans les Riformanze de la commune, semblent indiquer qu'en 1431, elle dépendait du Patrimoine. Le 11 juillet, le recteur de cette province, B. de Altopassu, écrivait, de sa résidence de Monteflascone, aux conservateurs d'Orvieto, pour leur envoyer des nouvelles de la curie et leur demander le payement de subsides extraordinaires (1). Le 25 novembre de la môme année, le Florentin Albizzi, trésorier du Patrimoine, ordonnait à la commune de payer au condottiere Ranuce Farnèse, les arriérés qu'elle devait à la Chambre apostolique (2). Ces documei>ts et plusieurs autres que nous fournissent les registres communaux d'Orvieto, semblent prouver que cette ville se rattachait au Patrimoine, tant au point de vue administratif qu'au point de vue financier. Mais alors, comment expliquer la lettre du 28 février 1433? A cette date, le pape avait ordonné des levées de subsides extraordinaires pour la tenue du concile de Baie, et le trésorier de la Tuscie avait été chargé de les faire dans les limites de sa juridiction; or, dans cette circonstance, le diocèse d'Orvieto est dans le ressort de la trésorerie de rOmbrie. Jacques de Recanati, trésorier de Pérouse, devra faire lever ce condecens subsidium dans le duché de Spolète et dans les diocèses de Pérouse, Todi et Orvieto (3). Nous devons donc constater que ce territoire était disputé entre la Tuscie et rOmbrio, et que dans cette contrée, la délimitation entre les deux juridictions était indécise. Les divisions administratives étaient donc les mêmes sous Eugène IV qu'au temps d'Albornoz, et le recteur du Patrimoine exerçait son autorité sur la Tuscie proprement dite, la terra Arnulforum et la Sabine.

(1) Arch. comm. d'Orvioto, Riformanze, 1431, p. 25 v°.

(2) Ibid., p. 103 V.

(3) Arch. Vatic, reg. 372, fol. 154.

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